‹ Les obsessions et la psychasthénie (volume 2)Chapitre 97 sur 201 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

LES AGITATIONS MENTALES

Il nous paraît utile d’examiner à part un groupe de malades très nombreux chez qui l’agitation ne prend pas la forme motrice ni la forme viscérale, mais chez lesquels elle reste presque exclusivement intellectuelle.

PREMIÈRE SECTION l’agitation mentale diffuse

Observation 117. — La rêverie forcée, le mentisme. — Insomnie, aboulie, aprosexie, entérite maco- membraneuse.

Voici un trouble mental fort curieux dont on néglige d’ordinaire l'étude ; il nous paraît fournir cependant la clef d’un grand nombre de troubles mentaux plus compliqués et plus graves qui prennent leur origine dans ce phénomène élémentaire. Cette femme de 44 ans, Lib..., se plaint de ne pouvoir ni travailler, ni s’amuser, ni dormir, mais elle donne tout de suite ce qu’elle considère comme la raison de cette impuissance : « C’est, dit-elle, que je suis obligée, bien malgré moi, de penser trop, c’est la pensée involontaire qui m’épuise et qui m’empêche de faire ce que je voudrais faire. »

En effet, sans être endormie, elle rêve continuellement pendant le jour et surtout pendant la nuit : cette rêverie continuelle semble absorber toutes ses forces et l’empêcher de faire aucune autre chose. Veut-elle lire, la rêverie se met en travers, elle a dans la tête une foule de pensées en opposition avec ce qu’elle lit et elle ne parvient plus à comprendre sa lecture ; veut-elle regarder un

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spectacle, il lui semble qu’en même temps elle regarde une autre chose à laquelle elle rêve et elle sent qu’elle a deux images dans l’esprit: cela la trouble, cela l’empêche d’apprécier et même de comprendre le spectacle. Le trouble est surtout grave quand elle essaye de s’endormir, à ce moment sa tète est remplie d'idées de toutes sortes, d’images, de conversations, et il lui est impossible de prendre l'idée de dormir, elle ne sent pas du tout le besoin de dormir, elle ne fait aucun effort pour s’endormir et elle reste plongée dans cette rêverie vague. Xon seulement toutes les actions sont ainsi troublées, mais la malade se sent épuisée de fatigue par ce travail continuel et stérile de la pensée et par cette absence de sommeil.

Quelle est donc la nature de cette rêverie obsédante, de cette rêverie forcée ? Un caractère singulier qui mérite d être relevé, c’est qu’il ne s’agit pas d’une obsession proprement dite ; il n v a dans ces discours intérieurs aucune pensée précise qui revienne régulièrement toujours la même. Les pensées sont très variables en rapport avec les petits événements qui ont intéressé la malade : ces pensées ne contiennent ni accusation, ni remords, ni honte de soi, elles ne sont pas précisément désagréables et si elles n'empêchaient pas le sommeil et la vie normale, Lib... s’y laisserait aller assez volontiers. On ne peut pas non plus dire qu il s’agit de manies mentales comme nous allons en voir de nombreux exemples : ces rêveries ne prennent pas une forme régulière toujours la même comme dans les manies d’interrogation, de recherche ou de calcul. Le processus psychologique qui remplit ces rêveries change souvent et facilement : tantôt la malade semble se complaire h évoquer des souvenirs et des spectacles visuels, tantôt il lui semble qu elle suit une longue conversation dont elle fait ellemême les demandes et les réponses, tantôt elle discute au dedans d’elle- même un projet, une proposition dont elle calcule les avantages ou les inconvénients.

Il n’y a de pathologique dans cette pensée que son exagération, sa continuité le jour et la nuit et surtout ce grand caractère que la malade ne se sent pas libre dans ses méditations. Elle ne sent pas l'effort volontaire pour les commencer, la pensée se développe toute seule, spontanément : « Il me semble que je n'y suis pour rien, ce n’est pas moi qui pense, qui choisis les sujets de ces pensées, c’est quelque chose qui pense en moi et je me borne à sentir ce que l’on pense dans ma tète. » En outre, la malade

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