‹ Les obsessions et la psychasthénieChapitre 100 sur 352 · Névroses et Idées fixes, II, p · texte numérisé non relu

Névroses et Idées fixes, II, p

3. Brocq, Journal de médecine et de chirurgie prali/jucs, i8y5, p. go.

4- Ihibierge, Dermatophobie. Presse médicale, g juillet i8y8.

LES OHSESSIO.NS.

LES AGITATIONS FORCÉES

douleurs sont interprétées par les malades qui disent éprouver toutes sortes de sensations bizarres. Une malade de M. Ilirschberg, tout en se rendant compte de son état et en trouvant « ses sensations ineptes » ne peut s’empêcher de sentir des « grenouilles qui se promènent dans son dos, des langues d’animaux dégoûtants qui la lèchent, des vers, des intestins pourris qui glissent le long de son dos1. »

Les algies de la tête forment un groupe intéressant, elles se rattachent naturellement aux céphalées qui existent si fréquemment chez tous ces malades. Mais elles ajoutent à ces céphalées ordinaires une énorme exagération de la douleur et des troubles émotionnels répartis dans tout l’organisme. Ct. (5y), femme de 28 ans, se frotte constamment le vertex au point qu’elle a usé les cheveux à cet endroit et que le sommet de la tète est dénudé : son algie de la tête est presque constante. Au contraire l’algie de la tête chez Box... (58), femme de 5o ans, se présente par crises qui ne durent que quelques heures ou quelques jours. Elle porte alors attaché sur la tète un énorme paquet d’ouate, destiné à calmer la douleur et à éviter les plus légers attouchements. En outre elle se tient constamment debout la tête appuyée en arrière contre un mur destiné à la soutenir « sans quoi elle tomberait avec une énorme douleur » il y a tic et torticolis mental en même temps que algie.

J’ai déjà décrit dans le second volume des névroses 2 le cas de Bi..., femme de 35 ans, qui s’est cogné le coude et quia ressenti brusquement la douleur classique au petit doigt par l’irritation du cubital, cette douleur l’a impressionnée vivement et dorénavant pendant des années elle ne peut ressentir un contact au petit doigt sans éprouver une angoisse. Le cas de 5 an..., femme de 72 ans, est analogue : elle s’est fait il va 18 mois une coupure au petit doigt, et depuis ce moment elle se plaint perpétuellement de ce doigt qui ne présente aucune lésion. « S’il fait chaud ce doigt a une température insupportable, s’il fait froid il refroidit tout son corps. » Elle crie toute la nuit comme si ce petit doigt la torturait, pendant la journée elle se cache dans un coin pour pleurer sur

i . R. Hirschberg, Névrose paresthésique chez une dégénérée. Revue neurologique.

■x. Névroses et Idées fixes, II, p. 3of».

son petit doigt. A table elle prend un couteau et fait semblant de vouloir se couper ce petit doigt ; puis elle va au travers de l’appartement comme une folle et menace de se jeter par la fenêtre pour ne plus sentir son petit doigt. Une autre femme de 34 ans, impressionnée parce qu’elle a appris qu’une cousine avait de l’enflure aux jambes, conserve une douleur angoissante à la jambe droite et ne veut plus marcher sans envelopper cette jambe d’énormes couches de coton.

On devine que les organes génitaux vont devenir le siège de prédilection de pareilles douleurs angoissantes. J’ai publié avec M. Raymond une observation remarquable à ce sujet1, il s agit d’un prêtre qui après avoir entendu parler d’un adultère surprenant reste obsédé par la pensée des rapports génitaux. 11 avait constamment dans l’esprit la pensée et même l’image de ces deux amants dans les bras 1 un de l’autre. Au bout d’une année,

1 image se simplifia, mais pour devenir plus bizarre et plus gênante encore. Il ne pensait et ne voyait plus que les organes génitaux féminins, il ne pouvait voir une femme, parler à une femme, n’importe laquelle, sans qu’il fût convaincu de voir scs organes génitaux sous ses vêtements. Au bout de bien des années, il constata un nouveau changement dans la forme de la maladie. « A force de raisonner la chose, j’ai commencé à penser à mes propres organes sexuels et non plus à ceux de la femme. Mais cette préoccupation amena un autre désagrément, elle produisit bientôt une irritation physique et développa une hypersensibilité du pénis et du scrotum très désagréable. » Le même malade en arriva quinze ans après le début à une dernière forme. 11 pense constamment que ses organes génitaux sont appendus à son corps comme un corps étranger et ne lui appartiennent pas ; il ne sait plus si c’est lui qui a conscience des impressions faites sur eux. Mais il n’en ressent pas moins une angoisse horrible au moindre contact.

Les algies jouent un rôle important dans l’histoire de Jean : il a des fluides qui lui courent dans le dos quand il tourne le dos au pays où se trouve Charlotte. Il a des « plaques d’hyperesthésies » sur les régions des jambes qui dans le tramway ont été Irôlées par la robe d’une dame. Mais surtout, il a abominablement soullert pendant six ans d’une maladie invraisemblable

i. Névroses et Idées fixes, II, obs. 48, p. 162.

LES AGITATIONS FORGÉES

du gland et des testicules. A la suite des masturbations et des terreurs qu’elles engendrèrent il se mit à souffrir du gland, surtout quand celui-ci étant à découvert pouvait frotter contre les vêtements ou avait simplement « un frottement psychique » contre la robe d’une dame. Cet organe servait de point rie départ à des angoisses épouvantables : pour le guérir il usa de tous les onguents, puis il voulut le maintenir constamment couvert par le prépuce qui malheureusement reculait ; pour faire descendre le prépuce sans y toucher, ce qui eût été dangereux, il imagina de le faire descendre par une secousse du ventre. Cette secousse perpétuellement répétée irrita les testicules qui devinrent à leur tour le point de départ d’angoisses et le pauvre garçon fut horriblement malheureux.

Chez les femmes, ces algies des organes génitaux sont encore plus importantes que chez les hommes, car elles donnent lieu, bien trop souvent encore aujourd’hui, à de dangereuses opérations chirurgicales. Vr... (55), après avoir trompé son mari, a de grands remords et de grandes craintes ; son inquiétude mêlée à l’idée d’une maladie qu’elle a d’abord prétextée pour refuser de s’enfuir avec son amant, détermine cette douleur aux parties génitales et aux ovaires : elle reste huit mois sur son lit sans consentir à faire le moindre mouvement des jambes ou du tronc. Il faut la chloroformer pour pouvoir palper son ventre et on se décide à une opération chirurgicale qui permet simplement de constater des organes parfaitement sains.

Il faut placer à côté de ces algies génitales les algies de la vessie et de l’urètre si fréquentes surtout chez l'homme et causées le plus souvent par les craintes des maladies vénériennes. Cpt... (56), par exemple, un homme de 4 S ans, souffre depuis vingt ans de son urètre, quoique d’innombrables examens qui ont été faits n’aient jamais pu découvrir aucune lésion : il croit avoir des pertes séminales que l’on n’a jamais pu constater. « Il y a là une fuite par laquelle toute mon énergie s’en va. » Beaucoup d’autres ont « des brûlures et des épuisements dans le canal. » J’ai observé bien souvent, surtout chez des hommes, de terribles algies de la vessie, presque toujours accompagnées du tic de la pollakiurie. « Ils souffrent constamment comme des damnés » et ne sont soulagés un instant qu’en urinant ou eu essayant d’uriner toutes les cinq minutes. Ils vont se faire sonder par tous les spécialistes, « pour

que l’on trouve le calcul », bien heureux quand ils n’ajoutent pas ainsi une cystite infectieuse a leur algie.

Enfin, on est étonné d’apprendre que les algies de l’anus occupent constamment certains esprits. Lf. .. (9^), une femme de 40 ans, nous avoue que « depuis bien des années son anus a joué le principal rôle dans son existence ». De petites hémorroïdes sont d’ordinaire le point de départ de ces préoccupations et de ces algies. Quelquefois elles s’accompagnent de tics comme chez Bhu . . . (54), femme de 43 ans, qui depuis des années « ne consentait à s’asseoir que sur une seule lessc » et qui depuis six mois ne veut plus s’asseoir du tout.

Comme j'ai souvent essayé de le démontrer, par 1 étude des phénomènes hystériques, le corps humain se divise en régions psychologiques aussi bien qu’en régions anatomiques, ce sont des régions constituées dans la conscience par l’association fonctionnelle des diverses sensations qui proviennent de ce point du corps ou qui s’y rattachent, qu’une certaine unité anatomique dans un centre cortical spécial corresponde ou non à cette unité psychologique qui fait la région psychologique ; chacune de ces régions, du bras, du cœur, des parties génitales, etc., est susceptible de devenir le point de départ d’une de ces algies.

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