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Les algies

Beaucoup de psychasthéniques présentent, en apparence comme les hystériques, sur certains points du corps, des régions douloureuses où ils ne peuvent supporter aucun contact, ni aucun mouvement. Quand on cllleure ces parties, ou quand ils doivent faire fonctionner ces organes, les malades semblent éprouver des douleurs et des troubles tout à fait énormes et, bien entendu, tout à fait disproportionnés avec la modification opérée ; ils ont des troubles de la circulation et de la respiration, ils sont couverts de sueur, ils se contorsionnent, reculent avec des gestes d’épouvante et poussent des cris de souffrance. Ces douleurs disproportionnées, ces émotions inopportunes se produisent dans deux circonstances légèrement différentes. Tantôt elles sont à peu près continuelles, à propos d’une partie déterminée du corps, même quand cette partie reste immobile : ce sont les algies proprement dites. Tantôt elles ne se développent qu’au moment où l'organe doit entrer naturellement en fonction, ce sont les phobies des fonctions. 11 est évident d’ailleurs que dans bien des cas ces deux troubles se rapprochent et se confondent.

Nous considérons d abord le phénomène des algies. Leuret 1 * signalait déjà une jeune fille « qui se croit frappée gravement et qui pousse de hauts cris quand on la touche seulement du bout du doigt ». Legrand du Saullc rapportait 1 observation d une femme qui avait 1 obsession d un cancer au sein et qui y souffrait constamment . Les observations de ce genre devinrent bientôt très nombreuses dans les ouvrages de Beard, de Charcot, de Huchard, de Bouvci et, de Y erneuil . J e rappellerai seulement 1 article i n té ressaut de M. Galippe sur les obsessions dentaires3. Cet auteurdécrit toutes les soull lances terribles qui se développent chez certaines personnes a piopos de dents absolument saines, les angoisses d une malade « qui sent un amoindrissement de sa personnalité » parce que 1 on veut lui faire porter de lausscs dents; il insiste sur les cas de cancer imaginaires de la bouche et de la langue. A la même

i. Leuret, Fragments psychologique sur la folie. i8io. p. 80.

a. Legrand du Saulle, Folie du doute, p. 28.

3. Ualippo, les obsessions dentaires. Archives de neurologie, 1891, I, p. 1

époque M. Paul Blocq réunit justement tous les phénomènes de ce genre sous le nom de topoalgies. « Je propose, dit-il ', de désigner sous le nom de topoalgie une variété importante de neurasthénie monosymptomatique dans laquelle on constate seulement une douleur fixe, localisée dans une région variable, mais non en rapport avec un district anatomiquement ou physiologiquement délimité... C’est la manifestation clinique de la persistance d’une image sensitive fixe, analogue dans le domaine de la sensibilité a ce qu’est 1 idée fixe dans le domaine de l’intellicrence.»

On trouve de telles algies sur tous les points du corps. L’obsession de Mer... (fil), semblable à celle recueillie par Legrand du Saulle, nous montre une telle douleur siégeant au sein. Cette lemmede 38 ans, toujours très impressionnable, s’effraye à propos d’une grossesse ; elle éprouve au cours de celle-ci une petite gène au sein, s’en inquiète, le regarde et le tâte constamment. Elle consulte sottement des livres de médecine et finit par ressentir des douleurs très pénibles et angoissantes au moindre contact de ce sein. Mc...1 2, qui a 1 obsession de la phtisie présente deux régions de la poitrine : l’une en avant sous la clavicule, l’autre en arrière sous 1 omoplate a droite où elle souffre un mal bizarre, « si quelque chose touche ces régions, même légèrement, je me sens prête à défaillir et à étouffer ». Fik... (i58) femme de 5y ans, épouvantée par un diagnostic absurde d’angine de poitrine conserve une terrible algie de la poitrine au niveau du cœur.

Ja... (5o), qui a eu de telles souffrances pendant longtemps à l’utérus, les a maintenant « sous la peau du visage où doit circuler un sang corrompu qui procure des raideurs et des tiraillements horribles ». Diverses sensations cutanées peuvent, en effet, devenir le point de départ de ces algies : M. Brocq signalait, sous le nom d acarophobie, une dysesthésie cutanée avec prurit intense qu il rattachait à une vésanie par idée fixe3 et M. Thibierge réunissait sous le nom de dennalophobie des symptômes variés tels que la peladophobie, les phobies engendrées par l’herpès génital, la syphiliphobie, l’acarophobie de Brocq4, etc. Quelquefois ces

1. Paul Blocq. Sur un syndrome caractérisé par de la topoalgie, neurasthénie monosymptomalique à forme douloureuse. Gazelle hebd. de méd. et de cliir., mai 1891.

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