‹ Les obsessions et la psychasthénieChapitre 108 sur 352 · JO · texte numérisé non relu

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La pensée d’ètre abandonné dans le vide le glace d'effroi et la conviction d’une assistance quelle qu’elle soit l’apaise sans effort. Point de peur sans le vide, point de calme sans l’apparence d’un semblant de protection \ »

Voici quelques exemples de ces phobies du vide empruntés aux observations de nos malades. Lise a peur de la solitude qui est, en effet, plutôt mauvaise pour elle' parce qu’elle favorise le développement de ses rêveries et de sa manie des pactes. Deb... (i 65), Bor..., etc. ont peur des ponts, des grandes places, Por..., femme de 23 ans « étouffe de terreur dans les rues où il n’y a personne ». Hnu... (87) ne peut plus marcher seule ; elle a peur de tomber, d’être paralysée, de devenir folle : « je vois le vide de chaque côté... quand je vois des maisons cela ne me fait plus le même effet. «Léo.,. (173) redoute les grandes places ouïes grandes agglomérations de monde... elle est plus tranquille quand elle est avec un petit nombre de personnes en qui elle a confiance. L agoraphobie de Sc...1 2 présente quelque intérêt, parce qu’elle simule des vertiges ; comme le malade a eu antérieurement des écoulements d’oreilles, on a diagnostiqué son état « vertige de Ménière ». En réalité, il n’a aucun des symptômes de ce vertige, l’angoisse qu’il ressent dans la rue est identique à celle qu il éprouve quand il touche des cartes ou quand il pense au nombre treize. Bu... (85), un homme de 4o ans, après s’être d’abord fait accompagner au dehors, 11e peut plus faire un pas seul même dans son appartement; un malade célèbre de M. Azam3 exigeait que sa femme l’accompagnât jusqu’à la porte des cabinets d’aisances et en lui parlant de loin, lui fit constamment comprendre qu elle restait près de lui ; Bu... 11e peut se satisfaire par cet expédient et il exige que sa femme entre toujours avec lui.

On voit bien d’après ces exemples que ce n’est pas précisément la grande place qui provoque la phobie, c’est l’impression de se trouver seul sans appui physique ou moral dans un endroit qui 11c leur estpas familier. Dès que cette impression est dissipée, l’agoraphobie disparait. Lep.., (88), femme de 49 ans, estagrophobe depuis que son fils est parti au service militaire, clic se sent seule, et alors elle redoute de sortir, ne peut traverser les places et a besoin

1. Legrand du Saullo, Agoraphobie, Cf. Magnan, Leçons, p. 179.

•x. Névroses et Liées fixes, II. p. 83.

3. Azam, Entre la raison et la folie, les toqués. liante scientifique. 1891, 1. G 1 5 .

de « longer les murs des petites rues» mais cette angoisse disparaît dès qu’elle donne la main à un enfant. Oz..., femme de 3i ans, se contente à moins de frais, il lui suffit de porter à son bras un panier, c'est pour elle un point d’appui habituel « mais il faut qu’il soit lourd, je sens alors que je tiens quelque chose de lerme, quand il est vide je ne peux pas avancer ». Bo... se borne à transporter avec elle un petit banc pour s’asseoir dessus s’il le (allait et cette perspective le rassure. Une autre femme de 35 ans, Fie..., a besoin de s appuyer sur son parapluie « avec mon parapluie j irai n importe où, sans mon parapluie je n’ai plus d’équilibre, il n’y a que l’épicier du coin chez qui je peux aller sans parapluie ».

Tous ces détails se trouvent bien précisés par l’observation de Jean. II a constamment besoin d’avoir un appui matériel du côté gauche et se tient toujours la main gauche lortement accrochée à quelque meuble ou quelque objet. Si ce point d’appui lui manque dans les salles de cours par exemple il sent un creux, un vide à gauche qui peut devenir eflroyable. Il n’a pas précisément la peur d’une grande place quelconque, mais il a des phobies terribles quand il est dans un quartier éloigné, loin de sa maison et surtout loin de son médecin. C’est pour la même raison que le séjour à la campagne lui fait horreur : « Les médecins de la campagne ne connaissent pas ces affections-là, il faudrait des heures et des jours pour leur expliquer ma maladie et je ne pourrais pas le taire. C est horrible d’avoir le fou rire labourant les nerfs, le fantôme de la mort, le cœur excité loin de tout médecin compétent. » A Paris le parc Monceau a le privilège de déterminer la même impression parce qu’il ressemble à la campagne. Jean a encore les mêmes phobies quand il se sent tourné vers telle ou telle direction, quand il est dans un chemin de fer en marche, quand il est dans une chambre trop petite, dans une salle de conférences, etc. Dans les lieux découverts, il a besoin de sentir toujours une protection; dans les lieux fermés, il faut qu’il voie toujours une sortie lacile : il ne consent jamais à avancer dans une salle de conférences, car il faut qu’il se tienne toujours très près de la porte.

Je n’ajouterai plus que l’observation de Dob... (85) sur laquelle il faudra revenir à propos de l’angoisse. Cette jeune femme de 33 ans a des accès d angoisse qui la prennent dès qu’elle est seule dans la rue; ces accès ont commencé à l’âge de i'j. ans et

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vont toujours en aggravant. Ce qu’elle redoute c est en somme un accès de folie « qui la ferait courir comme une folle, la ferait causer du scandale en public ». Elle a moins peur la nuit, parce qu’on ne la verrait pas si elle était folle, on voit ici 1 obsession de honte ; elle préfère les rues où il y a des boutiques afin de pouvoir s’y réfugier, c’est maintenant le sentiment du besoin de protection.

A l’agoraphobie doit se rattacher une autre phobie, celle des endroits clos, la claustrophobie, signalée par Beard de New-ùoïk. par Raggi de Bologne et décrite par Bail en 1879'. « C est, dit Cullerre, une angoisse constrictive comparable a celle qu'on pourrait ressentir en rampant à travers un passage de plus en plus étroiti. 2. » On peut y rattacher bien des faits du même genre, la phobie d’être dans un théâtre, la phobie d être dans un chemin de fer que l’on ne peut pas faire arrêter, etc., dans une voiture, l’amaxophobie(àp.aÇa, voiture) si on veutconserver ce mot de Bail3.

C’est ainsi que Rt... (93) « a une peur terrible d’étouffer dans les voitures cjui sont des petites boites fermées, dans les wagons de chemin de fer qui passent dans les tunnels ». Xo... n a pas peur d’étouffer en chemin de fer, mais il craint d être indisposé dans le wagon sans pouvoir sortir et il 11e peut plus laire aucun voyage sans de terribles angoisses. Nae... (g4) fait des scènes épouvantables quand il faut la mettre dans une voiture ou dans un wagon : elle veut que la porte reste ouverte et elle menace à chaque instant de s’élancer au dehors. Tantôt la voiture ne \a pas assez vite, tantôt elle va trop vite, ou bien une autre voiture s’approche trop près ; elle prie qu’on la retienne pour qu elle 11e s’élance pas au dehors et quand on la retient elle étoufle et il faut lui faire respirer de l’éther. Les scènes les plus curieuses ont lieu quand elle est dans sa chambre et qu il pleut fortement au dehors, elle regarde la rue, s’effraye de l’eau qui tombe, pense qu’elle 11c pourra plus sortir parce qu'il y a trop d’eau, que l’eau va monter au premier étage puis au quatrième où elle est, qu elle sera noyée contre le plafond ; la respiration lui manque, elle

i. Bail, Claustrophobie. Ann. méd. psycli.. novembre 1S79.

a. Cullerre, Les frontières de la folie, 1 888 , p. 6t.

3. E. Doyen, Quelques considérations sur les terreurs morbides et le délire c motif en général. Thèse de Paris, 1 885 .

rougit et pâlit et finalement elle tombe évanouie. Nous reviendrons sur ces évanouissements; pour le moment nous notons seulement les formes diverses que prennent ces phobies.

Les malades de ce premier groupe ont besoin, comme on 1 a vu, de l’appui, du secours des autres hommes, ils redoutent d être seuls, séparés des hommes, et par ce côté on peut dire qu il y a déjà dans ces phobies un sentiment social. Mais s ils demandent à être secourus par des hommes, c’est parce qu ils redoutent certains dangers physiques, c’est la situation physique qu ils redoutent, le vide, la hauteur, le resserrement, etc. Au contraire, dans d’autres cas, l’émotion angoissante est essentiellement déterminée par la perception d’une situation morale et surtout d’une situation sociale. On peut considérer comme type de ce second groupe l’angoisse causée par la rougeur du visage, l’éreutophobie. Cette localisation particulière de la phobie a été signalée en i «S 4 0 dans un mémoire de Casper (Berlin). Nous devons remercier MM. Pitres et Régis d’avoir publié une traduction de cette observation remarquable et difficile a se procurer1. Le malade décrit très bien les troubles de la volonté et de l’attention, le doute, la timidité, qui ont préparé la phobie et qui, à mon avis, jouent un grand rôle dans son explication.

MM. Piéron et Yaschide viennent obligeamment de me communiquer une observation également assez ancienne et peu connue du même phénomène publiée par le Dr Duboux en x 8 7 4 2 • « Parmi les causes de la rougeur, dit cet auteur, il me semble que le grand naturaliste (Darwin) en a oublié une très intéressante : cette cause de rougeur est la crainte de rougir. Supposez qu un individu rougisse une première fois sous 1 une des influences indiquées. par Darwin (telle que la honte ou la pudeur). Le sentiment qu’il éprouve en sentantsa lace s empourprer est pénible et humiliant : il cherche à refouler cette bouffée sanguine ; ses efforts sont inutiles et vont même directement contre leur but; la rougeur n’en devient que plus intense. 11 redoute d’être exposé de nouveau a une confusion pareille: le fait de l’apparition et de la résistance amène une rougeur plus intense que celle de la honte. Il sait

1. Casper, Biographie d’une idée fixe, traduite par le D1' Lalannc, publiée par MM. Pitres et Régis. Arch. de neurol., 1902, I, p. 270.

2. Duhoux, à propos de la rougeur, Bull, de la Soc. méd. de la Suisse Romande, septembre 187Y p. 317.

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maintenant qu’il suffit de craindre de rougir pour rougir; il ne pourra s’empêcher de craindre et de rougir.

Lorsqu’il se sentira exposé aux regards, particulièrement à ceux de l’autre sexe, la crainte de rougir viendra l’assaillir et la honte anticipée empourprera son visage, toute lutte est inutile: sous l’influence de la volonté, la face peut présenter d’abord une pâleur légère, remplacée bientôt par la rougeur redoutée. Il pourra même arriver que seul, à l’abri de tout regard, l’individu rougisse, s’il craint, pour son cerveau par exemple, l’jnfluence de la congestion. Cette crainte constante à chaque instant réalisée devient pour l’individu un supplice de Tantale renversé ; du naturel peutêtre le plus hardi et le plus sociable, il deviendra d'une timidité et d’une sauvagerie ridicules ; il évitera toutes les occasions de se produire, il recherchera la solitude ; les devoirs de société et quelquefois les devoirs professionnels lui deviendront horriblement pénibles ; sa vie sera littéralement brisée par une niaiserie.

Cette sorte de névrose ou de psychose, moins rare qu’on ne pourrait le croire, est surtout fréquente chez les femmes. Parmi les individus affectes, je connais un certain nombre de personnages éminents dans les sciences ou la politique, et entre autres un physiologiste célèbre que toute science ne préserve pas et dont la timidité est proverbiale. » Cette observation intéressante surtout par sa date relève déjà le caractère pathologique du phénomène, le rattache aux névroses et aux psychoses sans bien indiquer cependant l’analogie avec les autres phobies.

Westphal, en 1877, dans un mémoire sur les obsessions, cite un cas semblable. M. Boucher (de Rouen) a publié en 1S90 un cas intéressant et tout a fait net de cette phobie. Les auteurs qui ont le plus attiré 1 attention sur le phénomène et qui lui ont donné le nom sous lequel il est connu sont MM. Pitres et Régis . Au mot erithrophobie qui désigne la peur d'une couleur rouge quelconque, ils ont substitué le mot ereuthophobie (zpzjQ:;. lougeui de la honte). Leur travail a été 1 occasion d une foule d études sur cette phobie particulière et sur son interprétation. On en trouvera la bibliographie dans le dernier travail de

1 . Boucher (Rouen), Sur une forme particulière d’obsessions chez une héréditaire. Congrès de méd. mentale de Rouen, 1890. Arrh. de neural., 1890, 11. p. 280.

2. Pitres et Régis, Obsession de la rougeur (éreutophobie). Arch. de ncurol.. 1897,

MM. Pitres et Régis 1 2 et dans la dernière étude dont j’ai eu connaissance, celle de M. Claparède '.

.1 emprunte à ce dernier auteur un résume rapide de 1 aspect caractéristique d un malade éreutophobe : « il n ose plus se montrer en public, ni môme sortir dans la rue. S il s agit d une lemme, elle n’ose plus rester en présence d un homme de peur que sa rougeur intempestive ne soit 1 occasion de propos malveillants sur son compte, s’il s’agit d’un homme, il fuira les femmes. Comme cependant les nécessités de la vie oblige 1 éreuthophobe a ne pas vivre absolument isolé, il va inventer certains stratagèmes pour masquer son infirmité. Au restaurant, il se plongera dans la lecture d un journal pour qu’on n’aperçoive pas son visage ; dans la rue, il s ; dissimulera sous son parapluie, son parasol ou sous les larges ailes de son chapeau. Il sortira de préférence le soir, a la nuit tombante, ou, au contraire, par une journée de grand soleil, afin que son teint écarlate n’ait rien d’extraordinaire. S’il est pris à l’improviste, il s’essuiera la figure avec son mouchoir, se mouchera, tera semblant de ramasser un objet sous un meuble ou ira regarder par la fenêtre afin de dissimuler la rougeur qui vient. Parfois il recourt a la poudre de riz., plus souvent à l’alcool ; il espère par ce dernier moyen noyer sa coloration morbide dans celle de 1 éthylisme. Pour un motif analogue il supplicie médecin ou le pharmacien de lui donner une drogue qui lui teigne le visage en rouge. 11 cherche et combine dans sa tôte tous les moyens de remédier à son mal. Cette crainte perpétuelle, cette incertitude, à chaque instant, du moment qui va suivre, retentit sur tout son caractère, 1 aigrit, l’irrite. La vie de l’éreutophobe est un véritable calvaire : à chaque pas, il voudrait en avoir fini avec cette insupportable existence et va jusqu’à maudire 1 être qui lui a donné le jour. »

Quelques auteurs, en particulier M. Thibierge, ont rangé cette maladie parmi les dermatophobies a côtés des syphiliphobies et des acarophobies. Ce n’est pas, je crois, mettre suffisamment en relief le caractère essentiel de 1 éreutophobie. Il ne laut pas croire en effet que la rougeur du visage soit le caractère essentiel de l’éreutophobie ; comme je l’ai déjà remarqué a propos

1. Pitres et Régis, Éreutophobie. Arcli. rie neurol., mars 1902, p. 181.

2. Ed. Clarapcde, L’obsession de la rougeur à propos d’un cas d éreutophobie. Arch. rie psychologie rie la Suisse romande, 1902, p. 3a~/.

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des obsessions, bien des gens oui l;i rougeur émotive du visage sans être des éreutophobes et il y a des éreutophobes comme Nadia qui sont incapables de rougir réellement.

Il est lacile de voir que le fait de la rougeur du visage a peu d importance dans cette phobie, qu’il joue simplement le rôle d’un prétexte pour justifier une angoisse dont l’origine est plus profonde. Pour le comprendre, il faut remarquer que l’obsession de la rougeur se transforme bien souvent et que d’autres prétextes empruntés presque toujours a l’apparence du visage succèdent à l’éreutophobie ou la précèdent ou alternent avec elle. Ainsi que je l’ai déjà montré dans une étude précédente *, Toq..., actuellement angoissé par la pensée qu’il a les joues rouges, a eu autrefois des angoisses à la pensée de ses moustaches qui auraient poussé trop tôt. Per... (162), femme de 48 ans, autrefois éreutophobe, a maintenant la phobie des poils sur son visage. UI... (45) a eu autrefois de i5 à 20 ans de l’éreutophobie proprement dite, maintenant, à 33 ans, elle n’a plus peur de rougir devant le monde, mais elle a peur de pâlir, d’avoir des convulsions dans la figure et surtout dans les yeux qui la rendraient laide et ridicule au moment de demander quelque chose à une personne.

En outre, il est impossible de séparer l’éreutophobie des angoisses provoquées par d’autres modifications de l'attitude ou du visage dans lesquelles il n’est pas question de rougeur. ■Klu..., bien qu’il parle correctement, a la peur de bégayer quand il se trouve devant des étrangers, il ne peut se faire inscrire à une école, il ne peut demander son chemin à un agent, ni prendre un billet de chemin de fer, tellement il est angoissé à la pensée qu il pourra non pas rougir, mais bégayer devant ces personnes. D’autres, comme Pol..., ont des angoisses à la pensée d une cicatrice qu elles ont sur le nez, quand elles sentent que des étrangers peuvent la remarquer, c’est la maladie que Morselli a décrite sous le nom de dysmorphobie *. Tk... (i45), jeune homme de 24 ans, a la phobie de sa mâchoire qu’il croit trop grande. Bechterew a décrit le malade épouvanté par le sourire obsédant qu’il a constamment sur les lèvres et nous rencontrons souvent des types analogues : une jeune femme de 3; ans, Wyb...

V, La nlaliu,1° du scupule et l’aboulie délirante, Itrvuc philosophique, 1001 I. 3.57 et 507. 7 J '

a. Morselli, La dysmorphophobîc et la tapbéphobie. informa médira, 1891,1,0 ,58.

est très troublée depuis la mort de sou mari, « elle ne peut voir des hommes sans faire des petites grimaces qui ressemblent à des sourires, » on doit la trouver inconvenante et provocante. Cette phobie du sourire a été le point de départ de toute une série d’obsessions scrupuleuses et criminelles. A cété de ces cas on pourrait placer l’observation de Wgn. jeune homme de 26 ans, angoissé à cause de la paralysie de ses lèvres « incapables de jamais sourire naturellement ». On a déjà vu à propos des obsessions, le cas de Wye... ( 1 4 4) dont les angoisses sont provoquées « par la raideur du visage et les mouvements mécaniques des membres, » 011 pourrait énumérer toutes sortes de variétés de ces phobies tout à fait analogues, à mon avis, à l’éreutophobie proprement dite.

Le caractère essentiel qui se retrouve en effet dans toutes ces phobies, c’est le sentiment d’être devant des hommes, d’être en public et le fait d’apotr à agir en public. M. Ilartenberg a raison de rattacher l’éreuthophobie aux maladies de la timidité *. Tous ces malades n’ont aucune peur de rougir ou de pâlir, ou de grimacer, ou de sourire ou de ne pas sourire quand ils sont seuls et la rougeur ou la grimace, si elle survenait à ce moment, ne les impressionnerait aucunement. On pourrait donc appeler ces phénomènes des phobies sociales ou des phobies de la société.

Dans ce groupe rentreront aussi les phobies du mariage qui sont si fréquentes (Hnu... (87), De...)2. On peut y rattacher aussi des phobies en rapport avec certaines situations sociales. Bal... ( 1 55) est épouvantée à la pensée de faire la classe devant des enfants. Ku... (4^), femme de 3y ans, a de singulières terreurs à la pensée d’avoir des domestiques : sa bonne l’intimide, elle 11’ose rien lui commander ni lui reprocher. Elle a surtout la terreur de son concierge et elle a des angoisses à la pensée qu’elle pourrait être mal avec ce fonctionnaire nécessaire.

Toutes ces phobies, qu’elles se rattachent au type de l’agoraphobie, de la claustrophobie, des phobies sociales, me paraissent avoir un point commun. Elles ne sont pas comme les précédentes uniquement en rapport avec un objet éveillant l’idée d’un acte, mais elles sont déterminées par la perception d’une situation et par les sentiments auxquels cette perception donne naissance.

t. Hartenberg, Les timides et la timidité, 1901, p. 201 (Paris, F. Alcan) 2, Névroses et Idées fixes, U, p. 87.

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