Vaschide cl Marchand, op. cil., p. 20L
u. Ilarlenberg, Les timides et In timidité, p. 27.
avec augmentation de. l'amplitude, et que l’angoisse plus intense amène un ralentissement avec irrégularités et fausses respirations en saccades
Mes observations m’ont permis de constater des faits analogues. On observe à première vue que plusieurs parmi ces angoissés respirent trop vite. On voit, par exemple, que Ku... est haletante, elle a même une trémulation du ventre extrêmement curieuse et j ai beaucoup regretté de ne pouvoir prendre le graphique de sa respiration. Ces petites secousses continuelles du ventre sont dues a un tremblement du diaphragme, les mouvements sont à la fois très superficiels et très rapides.
Ces caractères deviennent encore plus visibles quand on peut prendre les graphiques. Je répète à ce propos combien il est diflîeilc de réussir cette expérience sur ce genre de malades. Le plus souvent la Crise d’angoisse disparait pendant que je les mène avec moi au laboratoire et que je dispose les appareils. Quelquelois, mais rarement, 1 angoisse persiste et s’aggrave au contraire a la vue des appareils ; mais alors il est impossible de tenir le sujet tranquille sur son fauteuil ; il s’agite beaucoup et si on insiste il casse tous ces appareils délicats, comme cela m’est arrivé avec Lkb...
Il en résulte que sur un si grand nombre de malades je n’ai pu
tic. 3. — Respiration angoissée de Ghm... 28 respirations par minute. — Ces graphiques sont pris avec le pncuinograplie de Yerdin, les lignes horizontales et verticales servent de repères. La flèche horizontale indique dans quel sens le graphique doit être lu, la flèche verticale dans quel sens s'inscrit l’inspiration. T. Respiration thoracique. A. Respiration abdominale. S. Le temps en secondes.
prendre qu un petit nombre de graphiques et que les troubles doivent être en réalité plus accentués que ces quelques figures ne nous les montrent. La figure 3 nous montre seulement une légère
t. Vaschide et Marchand, op. cil., p. ao3.
LES AGITATIONS FORCEES
polypnée chez Chili..., u8 respirations par minute, on note aussi un léger tremblement clans les mouvements de l’abdomen. Il est probable que les troubles se sont réduits pendant que je disposais l’expérience. Ul... (45), dans la figure 4> nous présente déjà les mêmes phénomènes plus accentués; il y a a5 respirations par minute et elles sont beaucoup plus irrégulières ; la respiration
Fig, If, — Respiration angoissée de Ul... quand elle essaye de regarder quelqu'un dans les yeux. a5 respirations par minute.
abdominale est à peu près supprimée et remplacée par une trémulation désordonnée.
Dans la figure 5 la polypnée de Lkb... est tout a lait énorme. • 88 respirations par minute, avec de grandes irrégularités. Un autre tvpe de respiration dans l'angoisse est celui que nous
Fin. à. — Respiration angoissée de Lkb... 88 respirations par minute.
voyons, clans la figure G prise sur Sv...; il n'y a pas tic polypnée, il v a au contraire diminution du nombre des respirations, 10 a peine par minute. Mais la respiration se fait par soupirs brusques, et profonds. Chaque inspiration est une sorte de mouvement convulsif surtout du diaphragme. Même quand la malade est un peu calmée (ligure j) elle conserve quelque chose de cette respira-
LES AGITATIONS FORCÉES
lion brusque. Ces deux troubles principaux, la polypnée et les spasmes inspiratoires, se combinent le plus souvent et la ligure 8 prise sur Rib... (G8) doit présenter le trouble le plus commun : la
Fia. 7. — Respiration de Sv.. quand l'angoisse diminue. 18 respirations par minute.
respiration très irrégulière surtout au diaphragme est entrecoupée de grands soupirs convulsifs.
Je n’ai pu qu’une seule fois mesurer au spiromètre de Verdin la quantité d’air absorbé et je l’ai trouvée malgré la polypnée très inférieure à la normale ; je n’ai pu, comme je l'avais fait
Respiration angoissée de Rili... aà respirations par minute, soupirs et polypnée irrégularité complète «le la respiration abdominale.
pour les hystériques, iaire 1 analyse des gaz de la respiration. Il est probable que 1 011 verrait là d’autres troubles qui s’ajouteraient aux précédents.
Tels sont sommairement résumés les principaux troubles physiologiques que l’on observe dans les angoisses.
2. — Troubles psychologiques de l’angoisse, l’angoisse mentale.
11 existe clans l’angoisse des troubles physiologiques, nous les avons constatés : il est même probable, comme nous l’avons répété, que ces troubles doivent être souvent plus considérables que nous n’avons pu l’observer et surtout l’enregistrer. Dans des circonstances plus heureuses on pourra noter encore plus de modifications cardiaques, vaso-motrices et respiratoire. Mais faut-il en conclure que ces altérations soient tout dans l’ano-oisse
des scrupuleux et qu’elle soit uniquement la conscience en retour de ces quelques modifications organiques. Je crois qu’il y a sur ce point bien des réserves à faire.
Cette discussion sera reprise à propos des diverses théories de la maladie. Pour le moment il suffît de constater que ces malades se plaignent encore et souvent bien davantage de troubles qu’ils éprouvent dans la tête et de grandes perturbations de leur conscience. M. Arnaud remarquait justement que « l’angoisse est surtout cérébrale intellectuelle, c’est une anxiété mentale plutôt qu’une angoisse organique1 », sans aller peut-être aussi loin, je dirai simplement ici que l’angoisse n’est pas seulement viscérale, qu’elle est également cérébrale et intellectuelle.
Dans bien des cas cette seconde partie de l’angoisse semble être la principale et peut même subsister seule ; en un mot, à>côté de l’angoisse viscérale qui peut se trouver chez un simple cardiaque en accès d’asystolie et qui n’a rien de spécifique, existe une angoisse mentale qui est propre aux scrupuleux et qui par conséquent a ici beaucoup d’importance.
Ces malades décrivent tous des sensations, des souffrances qu’ils ressentent dans la tête et que nous aurons à revoir en détail. Ils insistent beaucoup sur certains sentiments très pénibles qui sont exclusivement d’ordre mental. « J’éprouve, dit Dob.. ., des sentiments étranges dans ces moments de détresse morale où je m'acharne ii ressaisir ma raison. » Ils ont, en effet, le sentiment dominant qu’ils perdent la tête (Dob..., Jean, Cer...). C’est à ce moment qu’ils croient tous devenir fous. « Je sens dans ma tête comme un bourdonnement, a laXois une exaltation et une torpeur, la peur de devenir toile m’a saisie » (Fy...). « Il me passe des
i. Vrnaud, Les théories de l’obsession. Archives île neurologie, igoa, II, |j. atili
LES AGITATIONS FORCÉES
idées drôles lotit d’un coup, j’ai le sentiment frappant que je deviens folle et c’est alors que j’ai peur. J’ai envie de crier moimême que je deviens folle et idiote » (Sy...).
Un autre sentiment très bien noté par Claire, c’est celui de mourir. « Je perds non seulement la raison mais la vie, dit-elle, il me semble que je meurs, heureusement que c’esttrès rapide. > Ils ont aussi le sentiment de ne plus percevoir le monde extérieur. « Vous ne pouvez pas comprendre le nuage, le rideau noir, dit sans cesse Jean, qui vous tombe sur les yeux et sur la tête à ce moment-là. » « Ce qui me donne l’anxiété, dit Dob..., c’est que j’ai le sentiment de ne plus comprendre où je suis, qui je suis, que j’ai comme un froid et un engourdissement dans toute la tète. >
Enfin ils ont le sentiment de perdre leur liberté, de devenir comme des automates, de ne plus pouvoir commander à leurs actes et c’est ce qui leur donne de telles terreurs de faire des sottises. « Quel moment, écrit Dob..., non décidément je n ai plus une parcelle de volonté, je suis comme une épave battue par les flots et ma tête se perd parce que je sens que je ne suis plus du tout maîtresse de moi. »
Ces sentiments me paraissent de la plus grande importance dans l’angoisse, ils soulèvent un problème capital qui. si je ne. me trompe, n’a encore été bien entrevu que par M. Séglas'. le problème des troubles psychologiques qui se manifestent pendant la crise et qui existent peut-être perpétuellement à un degré moindre chez les scrupuleux.
Il faut analyser ces altérations des fonctions psychologiques avant de chercher à interpréter le mécanisme des obsessions et des processus irrésistibles. Il me semble difficile de séparer l’étude des troubles psychologiques pendant la crise d’angoisse mentale de celles des troubles psychologiques qui existent plus ou moins constamment chez les obsédés, le uns n’étant que les exagérations des autres. Aussi les étudierons-nous simultanément sous le nom de stigmates psychologiques des psychasthéniques dans le chapitre suivant.
Pour le moment, contentons-nous de résumer dans un tableau les principales formes des agitations émotionnelles qui viennent d’être étudiées.
i. Séglas, Leçons cliniques sur les maladies mentales el nerveuses. iSpâ, 5e leçon, 1 18.