L’OBSESSION ET L’IMPULSION DU GRIME
à ne pas faire une action que la religion ou la morale commandent. Chez Claire, ce refus constitue un véritable délire à propos des actes religieux ; refuser de faire ses Pâques, refuser de faire la prière, la considérer comme impossible, refuser d’aller à la messe, refuser de manger, c’est là perpétuellement ce que son impulsion lui inspire. En réalité, il lui suffit de penser qu’une action est bonne pour qu’elle ait une impulsion violente à ne pas la faire. C’est parce qu’elle croit de son devoir de me parler, de me confier ses tourments, qu’elle est si incapable de le faire : une action qu elle jugera indifférente s’effectuera beaucoup plus facilement. Ce type se rencontre chez bien des malades, chez Elg... ( 1 6), chez Tr... (i 1 8), qui se sentent poussées à ne pas faire leur travail, mais il est moins fréquent que le précédent.
A côté de ces diverses impulsions, il faut placer une manifestation plus fréquente encore et plus importante de l’obsession criminelle, ce sont les remords. On pourrait dire qu’il s’agit là d’obsessions criminelles incomplètes dans lesquelles l’impulsion à commettre réellement le crime est diminuée et dans lesquelles subsiste seulement l’idée du crime réduite, atténuée sous forme de souvenir. Le malade ne se sent pas actuellement poussé à accomplir une action criminelle, mais il pense qu’il Ta accomplie autrefois et il est bourrelé de remords.
On peut mettre, bien entendu au premier rang, les remords précis, portant sur tel ou tel acte déterminé et parmi ceux-ci signaler tout d’abord les remords de fautes religieuses, les désespoirs causés par les confessions insuffisantes ou par les communions prétendues sacrilèges. Il est inutile de citer des noms, car tous les scrupuleux ont eu ce symptôme, presque toujours au début de leur maladie. Chez quelques-uns, ces remords constituent un véritable accès de délire, tous ceux qui s’occupent de maladies mentales ont connu ces femmes affolées pendant des mois, parce qu’elles croient avoir fait entrer un morceau d’hostie dans une dent creuse. Le fait est si banal, qu’il a été bien connu et bien décrit par les romanciers : on peut relire à ce propos la jolie description de la sœur aux scrupules dans le Musée de béguines de Georges Rodenbach1. Le médecin aurait peut-être à relever dans cette peinture quelques inexactitudes à propos de l’état de dé-
i. Georges Rodenbaeli, Musée de béjuines, i8ij4-
LES IDÉES OHSÉI) ANTES ET IMI'l'l.SIVEs
mcnce de Sœur Marie des Anges, mais les premières périodes de la maladie sont remarquablement décrites, l’altitude de la sœur au confessionnal et ses angoisses après l'absolution semblent avoir été copiées sur nos malades. Ce genre de pénitentes est sans doute bien connu parles prêtres qui, si j en juge par mes malades, doivent être assourdis par les doléances relatives aux anciennes communions.
Nous constatons ensuite des remords pour tous les crimes qui tout à l’heure, se présentaient comme des impulsions. 11 est à remarquer, en effet, que les malades qui se disent poussés à accomplir un meurtre sont souvent les mêmes qui, quelques jours après, vont avoir des remords comme s’ils avaient réellement commis cet acte. Ainsi, du vivant de sa belle-mère, Ger... était poussée à la tuer; quand cette femme fut morte, elle s’accusa d’avoir causé sa mort. Yi... s’accuse d’avoir accompli toutes les actions auxquelles, comme nous l’avons vu, elle se sentait poussée. Elle a causé la mort des gens, elle a étranglé, elle a blessé des passants, envoyé des lettres compromettantes, versé du poison, trompé son mari, etc.
D’autres, sans avoir eu d’impulsions précises, ont perpétuellement et uniquement des remords. Rob... (119), qui tient une caisse dans une maison de commerce, est poursuivie par 1 idée qu’elle a mal rendu la monnaie, qu’elle a volé. \Ye... (170) se reproche tous les chagrins, tous les malheurs qu elle voit arriver autour d’elle, parce qu’elle s’accuse de les avoir autrefois prévus et souhaités. New... (212), homme de 3o ans, invente tout un véritable délire rétrospectif, il sc; reproche sa conduite indécente à l’école et il invente que tous ses maîtres ont abusé de lui, cela devient un roman assez compliqué. Kl.,, est poussée à penser que son enfant n’est pas le {ils de son mari, ce problème dissimule une véritable obsession de remords, c’est une manière de se demander si elle a trompé son mari. Dk... (210) a l’idée qu il y a quinze jours, il a pu tuer quelqu’un ; il va dans la rue frôler les sergents de ville et se trouve sur le point de les prier de l'arrêter. Xya... (20) n’a pas assez bien soigné ses enfants et les a fait mourir. Lise, si on la croit, a fait tous les crimes possibles : communions sacrilèges, meurtres, infanticides innombrables (elle s’accuse d’infanticide toutes les fois qu elle a des rapports avec son mari non suivis de conception) actes contre nature, etc. Rk... à 3o ans se souvient qu’il l’âge de 3 ans il venait le matin dans