‹ Les obsessions et la psychasthénieChapitre 11 sur 352 · Magnan, Arch. de neurologie, 1892, 1, p. 3ai (F. Alcan · texte numérisé non relu

Magnan, Arch. de neurologie, 1892, 1, p. 3ai (F. Alcan

LES IDÉES OHSÉD ANTES ET IMPULSIVES

réunir dans un premier groupe toutes les obsessions-impulsions à des actes de violence quelconque.

L’impulsion au suicide vient par ordre de fréquence après 1 impulsion au meurtre, nous la retrouverons chez beaucoup de nos malades, chez Nadia par exemple qui dans une rêverie romanesque arrive k se représenter qu elle se noie dans la mer Baltique. Une femme de 3o ans, Kl... (21 i), a été pendant trois ans obsédée par l'image d’un homme pendu dont on lui a raconté la triste fin. Ce qui la tourmentait ce n est pas réellement la mort de cet individu, c’était une réflexion personnelle : « Je pourrais bien en faire autant » et elle se sentait poussée k se pendre k ce point qu’il lui fallait prendre des précautions pour ne pas céder k ce désir. Elle fermait k clef son grenier et cachait la clef, car dans son idée c’était au grenier qu elle irait exécuter ce suicide.

Les impulsions génitales sont souvent parmi les plus remarquables. Za... veut, comme nous l’avons dit, violer une vieille femme, Y..., une jeune femme mariée, se sent poussée k se mettre k la fenêtre et k faire signe aux passants pour les inviter k monter chez elle. Une jeune fille de 22 ans, Yob... ( 1 94)- ne veut plus rester dans l’appartement de ses parents, elle veut se réfugier « dans une prison, ou dans un couvent, dans un endroit quelconque où il n’y ait que des femmes », parce qu’elle est poussée k s’approcher de ses frères et k déboutonner leur culotte. « Elle ne pourra jamais résister jusqu’à son mariage, déjà ses bras font malgré elle de petits mouvements, elle sent ses mains qui défont les boutons. » Nous aurons k rechercher s’il s’agit là de véritables hallucinations kinesthésiques, notons seulement ici la forme d’image kinesthésique que prend l’obsession, analogue kla forme visuelle qu’elle prenait dans les idées sacrilèges de Claire.

Parmi ces obsessions avec impulsions génitales il faut noter celles de Rk..., homme de l\o ans qui depuis vingt ans se croit atteint d’inversion sexuelle et déplore le triste penchant qui le pousse vers des jeunes gens. Il 11’a d’excitations sexuelles qu’en pensant k des hommes, d déclame sur la poésie romantique des amours masculines et en même temps il redoute le sort d’un littérateur connu condamné pour cette conduite illégale. Je ne discute pas ici la question des invertis sexuels, mais je suis convaincu que trop souvent on a lait des théories sur l’inversion sexuelle k propos de simples obsédés ayant une impulsion vers cette action comme ils auraient une impulsion il un crime quel-

L’ORSF.SSION KT L’IMPULSION OU CRIME

conque. Dans le cas présent, cct homme a été amoureux d’une jeune lille à 17 ans; par conséquent il n’a pas toujours été un inverti sexuel ; à la suite de beaucoup d’autres obsessions il est parvenu à l’idée de ce crime génital particulier qui constitue maintenant son obsession principale.

Ce sont surtout les impulsions à la masturbation qui jouent un grand rôle dans les tourments de ces malades. Deb... ( 1 05), femme de 44 ans, froide avec son mari, ne pense qu’à recommencer d’anciennes masturbations, il en est de même pour Loa... (i38), pour Leb..., etc. Cette pensée forme un des phénomènes principaux de la maladie si complexe de ce pauvre Jean: à tout instant et à tout propos, il croit avoir des tentations de masturbation. Par exemple s il rencontre une femme dans l'omnibus, s’il est forcé par les circonstances de toucher la main d’une femme et même tout simplement s’il éprouve une émotion quelconque même légère, il sent plus qu’il n’entend une voix lui disant : « 4 a donc, crispe-toi les organes, masturbe-toi donc, meurs en te donnant des jouissances. » Et il sent que ses nerfs s’agitent moitié involontairement, moitié volontairement. « Il y a en moi une complaisance, un laisser aller pour tous ces désirs sexuels. »

Ajoutons les impulsions à d’autres actions malhonnêtes, par exemple, l’impulsion à voler et à mentir chez Lod... Cette impulsion à voler se retrouve très souvent : elle joue un rôle dans une impulsion plus complexe et particulièrement intéressante, celle des fugues chez Go... Ce garçon de i5 ans ne pouvait parvenir à rester immobile dans une école, dès qu’il essayait de s’appliquer à son travail, il sentait des agitations folles qui le poussèrent dès son enfance à faire très souvent l’école buissonnière. Maintenant il a un désir fou de partir n’importe où, de voyager loin de l’école, loin de son apprentissage. Cette idée lui enlève tout bon sens et il faut qu’il y cède : il prend chez ses parents une fois 68 francs, une autre fois 3o4 francs et il s’en va. Son argent ne lui sert qu’à payer le chemin de fer de la façon la plus économique, et à lui assurer une bien maigre ration. 11 vit avec 10 sous par jour, et se nourrit à peine. 11 ne prend aucun plaisir à son voyage, il voyage pour voyager, pour s’éloigner loin du travail. Il est tout le temps mécontent d’être parti et écrit des lettres à des amis et à des parents pour demander des conseils, il essaye de rentrer en prenant un billet pour Paris, mais il est

l.ES OBSESSIONS.

LES IDÉES OBSEDANTES ET IMPULSIVES

forcé de descendre à une station avant d’arriver et de repartir en sens inverse. Il rentre quand i! n’a plus aucune ressource, il arrive la tète basse, s’excusant de ses sottises et jurant qu il ne recommencera plus. Il a en effet un souvenir complet de toute l’expédition et de la lutte qu’il a soutenue contre l’obsession. C’est un cas qu’il ne faut pas confondre avec les fugues hvstériques, mais qui rentre dans les dromomanies que décrivait M. Régis. Il se rattache à ces obsessions impulsives qui poussent le malade à toutes sortes d’actes criminels.

Il faut faire une placeà part aux impulsions qui poussent les sujets à boire de l’alcool ou à absorber des poisons. Dans certains cas l’impulsion à boire rentre dans les cas précédents : la malade si singulière que j’ai décrite dans un ouvrage précédent était poussée à boire du café au lait et à manger des petits pains volés. Elle finissait par prendre vingt ou trente tasses de café au lait dans la journée et prenait des précautions pour pouvoir en faire pendant la nuit1. Ici le breuvage absorbé n’a pas d importance par lui-même, c’est une impulsion à boire un breuvage défendu par le médecin et considéré comme dangereux pour son estomac.

Le plus souvent il s’agit de boire du vin, de l’alcool, des excitants sous une forme quelconque. L’obsession impulsive prend alors le nom de dipsomanie. Fm... (192),, par exemple, qui a déjà des symptômes de névrite alcoolique, se fait à lui-même toutes sortes de menaces : a Si tu bois encore, ton patron va te renvoyer, tu seras paralysé des jambes, tu souffriras atrocement, tu commets en buvant un véritable suicide, etc. » Et cependant il 11e peut résister à l’impulsion. La dipsomanie dans un cas de ce genre se rapproche des obsessions et des impulsions criminelles ; mais le plus souvent il n’en est pas ainsi et elle se rattache au groupe des obsessions hypocondriaques que nous verrons plus tard.

Toutes ces impulsions à des crimes peuvent se rencontrer chez un même sujet qui songera à la fois à l homicide, au suicide, au vol ou qui réunira d'une manière vague tous les crimes. « C'est comme si, répète Claire, je voulais me laisser aller, céder à tous mes caprices, renoncer à toute moralité. »

L’impulsion pourra prendre une autre forme également bien connue : elle sera négative. Les malades seront poussés à résister,

Itavmond et I’. .liinol, Névroses cl idées fixes, II. p. nR (F. Alcan).

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