Les crises d’agitation forcée
Apres celte longue analyse il faut essayer de dégager les caractères psychologiques qui se retrouvent d’une manière générale dans ces ruminations, dans ces agitations motrices et dans ces angoisses. Je ne recherche pas encore leur interprétation, je voudrais seulement ramener à quelques faits simples cette diversité énorme de manifestations dans laquelle on sent tant de confusion.
i . — Les périodes de crise.
Ces singuliers phénomènes moraux ne semblent pas au premier abord, au moins chez la plupart des malades, être continuels, ils se présentent par crises pins ou moins fréquentes et plus ou moins longues. C’est; là un caractère essentiel qu'il faut placer au premier rang.
Ce caractère est incontestable pour les agitations et les phobies j avec angoisses viscérales, il est bien évident que Nadia ne bouscule ! pas les meubles toute la journée et que Claire ne fait pas conti- : nuellcment des efforts et des contorsions ; il v a des périodes d’agitations et des périodes de repos au moins relatif. Quand nous avons pris le graphique de la respiration de Sv..., nous ] avons mis en opposition sa respiration pendant la période de j suffocation et sa respiration pendant la période de calme. Pour ces deux catégories de phénomènes les crises sont donc bien marquées.
Ce caractère peut sembler un peu moins uct quand il s’agit des ; ruminations mentales. Chez beaucoup de sujets les phénomènes se ■
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prolongent d’une manière à peu près indéfinie : c’est le cas d’ailleurs de la plupart des grands malades. Lise prétend qu’elle ne sort plus jamais de la rumination qui accompagne perpétuellement toutes les actions de sa vie. A côté de l’action réelle, par exemple, pendant qu’elle fait travailler ses enfants, ou même à côté de la pensée réelle, pendant qu’elle cherche à lire et à comprendre un livre, il y a toujours un énorme travail imaginaire qui porte sur des scrupules, des hésitations, des pactes, des préoccupations de la vie future, des réponses, des formules de conjuration comme 3, 2, et cela ne cesse à peu près jamais. Dans les périodes de bonne santé relative la rumination s’éloigne et voilà tout; elle parait plus lointaine « cela devient implicite, comrtîe disait Jean ». Mais la malade a toujours la conscience vague que ce travail continue à se faire dans sa tête : « même quand je vais bien, dit Gisèle, il y a toujours dans ma tête un petit ronchonnement. »
Mais il n’en est ainsique chez de grands malades un peu exceptionnels. Beaucoup de scrupuleux, surtout au début de la maladie 11’ont que des ruminations courtes, quelquefois d’une dizaine de minutes à peine. Dans la plupart des cas, chez Lod..., Nadia, Zei..., Zo..., par exemple, les ruminations se prolongent d’une manière grave pendant une heure ou deux, puis s’apaisent plus ou moins complètement, Wo... sent très bien qu’elle a des crises de calcul ou de perfectionnement de ses prières ; elle peutmème reculer une crise, la remettre à plus tard et la reprendre pour la liquider.
Même chez les sujets qui semblent avoir la rumination continuelle, il y a visiblement des exacerbationsmomentanées qui les forcent à rester immobiles, la tête tombant sur leurs genoux, puis des diminutions pendant lesquelles le « petit ronchonnement » ne les empêche pas de vaquer à peu près à leurs occupations. Il semble que chez eux les crises se mêlent l’une avec l’autre, que la première n’a pas le temps de se terminer complètement avant que la deuxième 11e commence. Les tics eux-mêmes ne sont continuels qu’en apparence. Non seulement ils disparaissent pendant le sommeil, mais pendant de longues périodes de la journée, surtout quand le sujet est seul et qu’on ne lui demande rien, ils existent à peine.
En un mot aucune de ces agitations forcées ne constitue un état permanent stable du sujet, elles se développent par crises en rapport avec certaines occasions.
LES AGITATIONS FORCÉES