‹ Les obsessions et la psychasthénieChapitre 126 sur 352 · J. Donath, Archiv. für Psychiatrie, i8q · texte numérisé non relu

J. Donath, Archiv. für Psychiatrie, i8q

CARACTÈRES APPARENTS DES AGITATIONS

pose à ce que Cha... cherche mon adresse en se promenant à grands pas, il interrompt réellement son travail, mais il a une crise de suffocation, ce qui n’est pas une recherche mentale. D’ailleurs des malades peuvent eux-mêmes tout arrêter : M. Brissaud a beaucoup insisté pour montrer que les tics peuvent être momentanément supprimés par la volonté. Nous l’avons déjà vérifié bien souvent pour tous ces phénomènes, Qi..., qui a une coprolalie si remarquable à l’hôpital, cesse complètement dans les rues de peur de mauvaises aventures, Claire suspend ses contorsions dès que quelqu’un vient à entrer, Wo..., plongée dans ses ruminations à propos d’un compte, remet la crise à plus tard parce qu’ « on l’appelle pour dîner et qu’il y a du monde ». D’ailleurs c’est en se servant de cet arrêt volontaire, difficile peutêtre mais toujours possible que l’on arrive à restreindre ces troubles psychologiques. D’autre part, comme je l’ai remarqué dès le début, ces opérations forcées ne s’exécutent pas automatiquement à l’insu du sujet comme l’écriture subconsciente des hystériques. Nous avons vu que le malade y participe et qu’il doit même faire des efforts conscients pour les exécuter. Tout cela constitue-t-il de l’irrésistibilité réelle ?

Je crois que ce qualificatif d’irrésistible a été appliquée à ces laits non par le médecin observant du dehors, mais par le malade lui-même et qu’il exprime simplement un sentiment que le sujet éprouve relativement à ces phénomènes secondaires. Les malades répètent tous qu’ils ont perdu leur liberté, leur volonté : « je n’ai plus un atome de volonté, je suis emportée par une force étrangère, je ne m’appartiens plus, etc. ». Ces phrases sont perpétuelles sous toutes les formes. Elles expriment un fait que je crois mportant dans la pathologie mentale et qui joue en particulier un rôle capital dans le délire de persécution : la perte du sentiment de la liberté. Ce sentiment de liberté vrai ou faux, peu importe, accompagne chacun de nos actes volontaires et il se perd dansdes circontances pathologiques qu’il serait très important de pouvoir bien déterminer.

Le sentiment de la perte de la liberté correspond ici à deux choses : d’abord à un sentiment d’incapacité et d’impuissance qui est dû à ce que le phénomène primaire, acte volontaire, attention, croyance, émotion supérieure que le sujet désirait, qu’il voulait, qu’il avait même commencé ne se produit pas, n’arrive pas au terme prévu et qu’il y a une déception, puis à cet autre lait,

c’est qu’à la place du phénomène espéré s en produit un autre qui est inutile, absurde et dans certains cas douloureux. L irrésistibilité est donc un sentiment du malade qui rentre dans la catégorie de tous ces sentiments de mécontentement, qui, comme on l’a vu, accompagnent l’arrêtdes actes volontaires. Pour l’étudier plus complètement nous arrivons à cet examen des altérations mentales chez le scrupuleux dont nous avons déjà vu la nécessité.

Enfin le troisième caractère que l’on attribue d'ordinaire à ces phénomènes, c’est la satisfaction qu'éprouve le malade quand il a obéi à l’impulsion qui le pousse. Cette formule que l'on répète toujours me semble comme les précédentes très vague et souvent discutable.

Le malade n’exécute presque jamais une action bien précise, ce n’est donc point dans l’exécution finale d'une impulsion, qu il éprouve du contentement. Veut-on dire par là qu’il est heureux d’avoir accompli des tics, des ruminations, d’avoir éprouvé des angoisses ? Il éprouve bien un certain soulagement très naturel quand cette crise pénible est finie, mais il n’est ni fier, ni heureux d’avoir de nouveau cédé à un besoin qu’il trouve ridicule. Je n’ai au ère vu les malades satisfaits à la fin de leur crise, ils

sont fatigués et honteux d’eux-mêmes. MM. Pitres et Régis' font la même remarque et disent qu’il s’agit plutôt d un apaisement consécutif.

Veut-on dire qu’il y a un état de satisfaction pendant la durée même de l’opération forcée. M. Roubinovitch cite un cas où le malade est heureux de retourner à sa rumination i. * 3. Cela me paraît plus juste, mais à la condition de faire une distinction indispensable. De ces trois opérations forcées il y en a une qui est particulièrement douloureuse c’est l’angoisse, tandis que les deux autres sont moralement pénibles, mais ne sont pas physiquement douloureuses. En outre cette opération pénible, l’angoisse, peut, au moins chez certains malades, remplacer les agitations motrices ou les ruminations, si celles-ci sont arrêtées par un effort de volonté. Si le malade supprime ses manies, cesse de tiquer, il aura de l’angoisse, s’il s’abandonne de nouveau à ses manies

i. Pitres et Régis, op. cil., 54.

a. Roubinovitch. Etal de satisfaction pondant la durée môme do l’obsession con-

tinue. Congres des aliénistes français, La Rochelle, i8<)3.

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d’expiation, à ses lies, il sera au moins débarassé de l’angoisse.

Comme le malade a fort peu d’énergie et de courage, il aime mieux se laisser aller à toutes ses sottises plutôt cjue de s’exposer à des suffocations pénibles. Celte satisfaction que l’on note chez le malade qtii cède a certaines impulsions me parait être simplement une préférence pour certains de ses phénomènes pathologiques plutôt que pour les autres, simplement parce qu'ils déterminent moins de douleur physique. C’est une résignation à un moindre mal plutôt qu’une satisfaction.

En un mot, ces trois caractères de la conservation de la conscience, de l’irrésistibilité, de la satisfaction que l’on donne toujours comme les caractères essentiels de la crise d’agitation forcée ne sont pas des caractères psychologiques objectifs reconnus par le médecin. Ce sont des caractères subjectifs, c’està-dire des sentiments de doute, d’absence de liberté, de résignation que le malade exprime lui-même à propos de ses crises. Pour comprendre ces caractères nous sommes donc amenés a étudier les sentiments qu’éprouvent les psychasthéniques a propos de leurs crises, à examiner leur état mental pendant la crise et en dehors de la crise.

Si nous laissons de côté ces sentiments subjectifs pour nous borner à résumer ici les caractères objectifs, les crises d agitation forcée nous paraissent essentiellement un ensemble d opérations psychologiques, des pensées, des actes, des émotions qui sont inutiles et d’ordre inférieur et qui se développent d’une manière exagérée il l’occasion d’un acte, d’une attention, d une croyance, d'une émotion qui n’ont pas pu s’exécuter ou qui ne sont exécutés que d’une manière très incomplète. Pour comprendre cette altération du phénomène primaire qui est l’occasion du déclanchement des phénomènes d’agitation forcée il nous faut encore examiner l’état des fonctions psychologiques du sujet, l’état de sa volonté et de son attention. Ces études doivent se joindre acclle des sentiments dont je viens de parler et nous permettront de nous faire une idée générale de ces crises.

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