‹ Les obsessions et la psychasthénieChapitre 125 sur 352 · Caractères apparents des agitations · texte numérisé non relu

Caractères apparents des agitations

A côté de ces caractères essentiels de la crise se placent certains caractères apparents qui jouent un grand rôle dans les descriptions classiques des obsessions, la conservation de la conscience pendant la crise, l’irrésistibilité de ces agitations et la satisfaction consécutive à la fin de la crise. Ces caractères qui sont compris en général d’une façon très vague nous semblent beaucoup moins importants que ceux qui viennent d’être étudiés. Il suffit de les signaler rapidement ici pour montrer qu ils rentrent en réalité dans un groupe de faits beaucoup plus vaste, celui des sentiments éprouvés par le sujet pendant les crises et qu’ils nous amènent à une nouvelle étude.

En premier lieu, le caractère insignifiant des opérations secondaires est jusqu’à un certain point apprécié par le sujet lui-même

CARACTÈRES APPARENTS DES AGITATIONS

qui semble se rendre assez bien compte de 1 inutilité et de l’absurdité de telles opérations. C’est là ce qu’on appelle la conservation de la conscience pendant la crise.

Faut-il entendre par là que le sujet sait comme nous que ces mouvements, ces efforts, ces procédés de perfectionnement, ces recherches mentales n’ont aucun sens et que ce sont des rêves puérils? Évidemment non, car alors il n’aurait aucune maladie; s’il arrivait à la négation nette et définitive sur un point, il aurait terminé ce premier acte qui est le point de départ de tout le reste et il n’aurait pas de rumination. En réalité il n’arrive jamais à cette négation, car il nous demande toujours, comme il se le demande à lui-même : Est-ce que je suis maudit à cause de mes serments? Est-ce que je ne dois pas chercher à faire mieux? Est-ce qu'il n’y a pas de danger? Ce qu’on appelle conscience de la rumination ne doit pas être pris dans le sens de négation de la rumination.

Faut-il entendre par cette conscience de l’obsession que les fonctions psychologiques restent intactes pendant cette période ? Nous aurons à étudier ce problème en détail dans le chapitre suivant, mais dès maintenant la réponse est probable. Peut-on considérer comme intact l’état mental d’un sujet qui ne peut parvenir au terme des actes volontaires, des croyances, des émotions qu'il commence et qui remplace ces actes par des opérations inutiles et absurdes ? 11 est bien probable que la conscience dans ce sens n’est pas conservée.

La conscience que le malade a de la valeur de ces phénomènes secondaires me semble consister simplement en ce fait qu il ne se livre pas complètement a ces opérations, qu’il n’est pas complètement envahi par l’agitation, par 1 interrogation, par l’angoisse. L’opération lui semble incomplète et il ne se laisse pas aller il un véritable délire. 11 critique ces opérations, il en est mécontent comme il était mécontent des opérations primaires ; il applique ses manies du doute a ses ruminations elles-mêmes. Nous retrouvons ici les mêmes sentiments d’insuffisance qui existent partout mais qui ici rendent service au malade en l’empêchant de délirer complètement.

Un autre caractère présenté presque toujours en second lieu semble avoir plus d’importance, c’est V irrésistibilité du processus mental pathologique. Ces trois opérations secondaires : les mou-

LES AGITATIONS FORCÉES

vements, les ruminations, les angoisses sont toujours représentées comme s’imposant au sujet d’une manière irrésistible. Zwangsvorstellungen disait Westphal, Zwangsprocessus disait M. Meschede, diathèse d’incoercibilité psychique, disait M. Tanzi*. M. ,1. Donath de Buda-Pest1 2 avait môme proposé pour réunir tous ces laits le nom bizarre d’anancasmes (âviyy.ï;)-

Ce caractère est pourtant moins clair qu’on ne se l’imagine. Veut-on dire par là que ces phénomènes sont déterminés, qu’étant données certaines circonstances physiologiques et psychologiques qui en sont les conditions, ils ne peuvent pas ne pas se produire ? Mais c’est là simplement l’expression de la loi générale du déterminisme à laquelle sont soumis tous les phénomènes sans exception, qu’ils soient pathologiques ou non. Pourquoi ne pas dire aussi que le syllogisme, la colère, la mélancolie ou la démence sont des swangsprocessus ?

A eut-on dire par là que ce sont des opérations qui amènent toujours régulièrement à leur suite l’exécution d’un acte auquel pense le sujet ? Si l’on parle d’homicides, de suicides, de vols, d’actes véritables, c’est-à-dire d’actions qui modifient la réalité donnée, peut-on dire que les obsédés présentent des impulsions irrésistibles ? En aucune façon : ces malades, qui n’arrivent pas a exécuter les choses les plus simples, exécutent encore bien moins les actions complexes et invraisemblables dont ils ont 1 idée. Nous avons vu que les obsessions des scrupuleux n aboutissent jamais ni à l’exécution matérielle, ni à la croyance, ni à l’hallucination ; en ce sens elles ne sont donc aucunement irrésistibles.

Veut-on dire que les opérations dont l’exécution est régulière et nécessaire ce sont ces opérations secondaires et inférieures, lies, agitation motrice, efforts, ruminations, émotions angoissantes ? Cela semble ainsi un peu plus juste, car ces processus secondaires se déroulent en eflet assez fréquemment et régulièrement dans les conditions que nous avons indiquées. Est-ce là une nécessité particulièrement absolue qui mérite à la rumination mentale le titre d irrésistible qu on n a pas 1 habitude d appliquer a une crise d'hystérie ou d’épilepsie ? En aucune façon : ces processus peuvent se transformer les uns dans les autres, si je m’op-

Page 1