DupraL L'instabilité, mentale, 1898 (Paris, F. Alcan
L’JNCO.MPLÉTUDE DANS LES OPÉRATIONS INTELLECTUELLES
abouliques : « Elle assure quelle se trouve dans la situation d’une personne qui n’est ni morte ni vivante, qui vivrait dans un sommeil continuel, à qui les objets apparaissent comme enveloppés d un nuage, à qui les personnes semblent se mouvoir comme des ombres et les paroles venir d'un monde lointain1 *. »
Un malade de Krishaber expliquait ainsi d’une manière très fine ce sentiment de perception incomplète : « 11 se faisait comme une atmosphère obscure autour de ma personne, je voyais cependant très bien qu il taisait grand jour. Le mot « obscur » ne rend pas exactement ma pensée ; il faudrait dire « dumpf » en allemand qui signifie aussi bien lourd, épais, terne, éteint. Cette sensation était non seulement visuelle, mais cutanée. L’atmosphère « dumpf» m enveloppait, je la voyais, je la sentais, c était comme une couche, un quelque chose mauvais conducteur qui m’isolait du monde extérieur3... » Il est inutile d’ajouter d’autres exemples qui seraient absolument semblables : j’insiste seulement pour rappeler que de tels sentiments ne sont pas particuliers, comme le croyait Krishaber, à unenévrose spéciale, mais qu’ils se retrouvent à chaque instant sous la forme simple « du voile, du nuage » ou sous des formes plus spéciales chez tous les psychasthéniques.
L une de ces formes spéciales les plus curieuses est constituée par le sentiment de jamais-vu et d’étrange. Dans beaucoup d’observations, Krishaber remarque que les objets semblent étranges, qu ils deviennent drôles, qu ils sont plats et qu’un homme apparaît a ces malades comme une image découpée et sans relief.
Le malade de Bail vit se produire un changement brusque, étrange dans l’apparence des objets qui ne lui paraissaient plus les mômes ; il ne leur trouvait plus de relief, c’est-à-dire plus d’apparence naturelle Ces expressions se trouvent répétées si souvent par nos malades qu il faut se borner a citer brièvement quelques exemples. « Les choses ne me paraissent plus de la même façon qu autrefois. » (Lap...) « Quand je suis fatiguée, mes yeux sont afiectés du même trouble que mes oreilles, tout ce que je vois, les dessins du mur de ma chambre me paraissent étranges comme le son de mes paroles. » (Dob...) « Le monde est drôlement fait,
i. Billod, A un. méd. psychol., 18/17.
2 ■ Krishaber, Aéuropulliic cérébro-cardiaque, 1878.
•L Bail, Revue scientifique, 1882, II, p. 4a.