‹ Les obsessions et la psychasthénieChapitre 140 sur 352 · Bernard Leroy, ap. cil., p. au · texte numérisé non relu

Bernard Leroy, ap. cil., p. au

L'INCOM PLÈTUDE DANS LES OPÉRATIONS INTELLECTUELLES

présent. « J’ai, dit-elle, de drôles d’impressions, il me semble que les choses n’existent pas réellement, mais que j’ai des pressentiments de leur existence. Tout à l'heure j’attendais votre visite et je me la représentais, et bien maintenant j’ai envie de dire que c’est la même chose. Etes-vous vraiment là? » C’est à propos de sentiments de ce genre que quelques auteurs ont parlé de sentiment de pressentiment ’, de sentiment de « promnésiei. 2 ». Il est facile de voir que ce n’est qu’une variante du sentiment précédent.

Un autre sentiment bien plus naturel se développera fréquemment à la place des précédents, c’est le sentiment de l’imaginaire, de l’irréel. « L'impression du déjà-vu, disait M. Paul Bourget3, s’accompagne d’une espèce de sentiment impossible à analyser que la réalité est un rêve. » On trouvera une foule d’exemples de ce sentiment de l’irréel dans les observations de Krishaber. « Quand je vois mes camarades d’hôpital, je me dis à moi-même : ce sont les figures d’un rêve... » « Même en touchant et en voyant, le monde m’apparaît comme une gigantesque hallucination... » On retrouvera ces mêmes paroles chez le malade de Bail, dans les observations de M. Dugas, de M. Bernard-Leroy, etc., c’est un des sentiments les plus fréquemment observés. A mon avis, il est beaucoup plus fréquent, plus caractéristique et plus intéressant pour la psychologie que le sentiment du « déjà-vu » qui a été trop souvent étudié d’une manière isolée.

Pour ma part, c’est le sentiment que j’ai le plus souvent observé chez les psychasthéniques. Je ne puis citer que quelques expressions de ce sentiment au milieu d’une foule d’autres. « Je ne vis plus sur terre, dit Pot... dans les périodes de grave maladie, puisque je ne vois plus rien qui existe réellement. Je ne puis pas me mettre dans l’idée que vous et les gens qui m’entourent vous vivez réellement, vous êtes de vraies personnes. » Cette malade est intéressante parce que dans tous les intervalles des crises, quand la maladie diminue, elle se félicite « de retrouver enfin des objets réels ». D’autres, comme To... ou Mb..., n’ont ce sentiment qu a propos de perceptions visuelles ou auditives, « elles ont besoin de toucher, comme saint Thomas, pour se rendre un peu compte que l’objet existe... ». On se rappelle l’obsession «de la

i. A. Lalande, Les paramnésies. Revue philosophique, i8g3, II, p. 485.

a. Fr. W. .Myers, Proceedinç/s of the society for psychical Research, i8g5, p. 344-

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