L’OBSESSION ET L’IMITTLSION DE LA HONTE DE SOI
tère qui me semble le plus général, c’est le sentiment de honte quoique dans certains cas la honte soit légère et qu’il s’agisse surtout de mécontentement. C’est pourquoi nous réunissons ces laits sous le non générique : d } obsession de honte.
Quoique les diverses formes de cette honte se mélangent assez intimement, il me semble bon d’en distinguer deux groupes principaux qui ont un aspect clinique assez différent. Dans le premier groupe, la honte ou le mécontentement reste à peu près complètement dans le domaine moral et les obsessions se rapprochent plus ou moins des deux classes précédentes, celles du sacrilège et du crime. Ce que le sujet méprise en lui-même, c’est son esprit, sa volonté, son intelligence. Dans le deuxième groupe, la honte porte plutôt sur le côté physique de l’individu et le sujet est mécontent de son corps ou de ses fonctions corporelles. Ces nouvelles obsessions nous rapprocheront davantage des idées hypocondriaques.
Occupons-nous d’abord du premier groupe : la honte morale. Dans les cas les plus graves, chez les malades qui nous ont présenté les idées sacrilèges et les grands scrupules, ce mécontentement n’est pas localisé à une action, il est absolument général, et porte sur toute la personne. Le type de ce genre de délire généralisé est certainement Claire. Son mécontentement au début,
comme il arrive souvent, portait sur des actes religieux, c’est-àdire sur ceux qu elle voulait le mieux faire : on verra de plus en plus l’importance du contraste chez les scrupuleux. Elle a encore le sentiment que les confessions, les communions ont été mal faites. Puis ce furent les prières qu’elle trouva très insuffisantes. Elle cherchait des moyens pour y remédier : c’étaient des prières interminables, des confessions par écrit préparées pendant 1 5 jours, puis des grimaces, des contorsions pour arriver à bien prier ; mais bientôt ces systèmes lurent impuissants et ces actes religieux devinrent impossibles. Elle en est encore désespérée, elle répète que le pouvoir de prier serait chez elle le signe de la guérison complète. Elle pleure dès qu’on parle de religion devant elle mais elle a préféré renoncer à tou te pratique religieuse, tellement elle est convaincue qu’elle les fait mal, d’une manière indigne. Elle se laisse conduire à la messe, de temps en temps, mais ne suit rien, ne veut faire aucune prière. Il lui faudrait de tels efforts pour en faire une bien qu’elle préférerait mourir. Puis le mécontentement s’est étendu à d’autres actes, à toute chose qui lui parait avoir un
LES ÎDI'CKS OHSKDA.NTKS KT IMPULSIVES
caractère inoral quelconque, à tout ce qui pourrait être bien. Des actions indifférentes au point de vue moral, ou qu elle croit telles, se font facilement, elle n’a pas de système pour manger ou pour respirer et encore ne faudrait-il pas attirer son attention là-dessus, ni lui faire une recommandation médicale sur la nourriture, car aussitôt le désir de bien faire en mangeant rendrait l’alimentation impossible. Pour tout le reste elle est convaincue qu’elle agit très mal, qu’elle aime mal ses parents, soigne mal sa mère, travaille mal, etc.
Elle exprime comme toujours ces remords d’une manière très vague. « C’est comme si javais commis tous les crimes... j'ai des remords comme si j’avais tué n’importe qui... tout le monde a des reproches à me faire, on ne m’en fera jamais autant que je m’en fais à moi-même, autant que j’en mérite... j’ai écouté le mal, j’ai cherché tout ce qui me paraissait mal... je n’ai pas lutté contre le mal... des rêves insensés, des pensées mauvaises contre la morale, contre Dieu, deux cents fois par jour... je suis dans chaque action aussi coupable que les plus grands criminels. »
Sicile arrive à convenir, car elle n’a pas perdu tout bon sens, que l’acte accompli est en lui-même un acte bon, qu'elle a veillé sa mère malade et que l’on ne peut pas considérer cet acte accompli comme répréhensible, elle entre dans des subtilités philosophiques et distingue l’acte en lui-même et l'intention volontaire de celui qui l’accomplit. La volonté a toujours été mauvaise dans cette action, ou plutôt il n’y a eu aucune bonne volonté, car, s'il avait fallu la faire avec bonne volonté, l'action n’aurait jamais pu être accomplie et elle reste tout aussi mécontente d’elle-mème, quoiqu’on lui ail démontré que l’action était bonne.
Depuis qu’elle vient inc voir il y a surtout une action sur laquelle s’est localisé ce sentiment d’imperfection. C’est l’action de me raconter sa maladie, de me mettre au courant de son histoire. Elle désire le faire, mais ne se figure jamais que c'est bien fait. Ce sont des désespoirs parce qu’elle ne m'a rien dit et, pour bien dire, il lui faudrait recommencer en ordre depuis le commencement ; pour me raconter ce qu’elle a éprouvé hier il lui faudrait raconter ce qui s’est passé depuis dix ans. Elle l'a déjà fait cent fois mais cela ne compte pas, car cela était mal fait ; il faudrait le faire mieux et clic ne peut pas y parvenir.
Non seulement elle se croit coupable de tout faire avec imperfection, mais clic lient à ce sentiment de culpabilité, car c'est ce