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Le sommeil hypnotique

J’ai eu l’occasion d’étudier cette question de 1 hypnotisme chez les obsédés avec quelque soin, car la plupart des malades réclaniaient précisément la suggestion hypnotique comme le remede de leurs idées fixes et ils s’y prêtaient de la meilleure loi du monde avec le plus vif désir de se laisser endormir ; sur quelquesuns d’entre- eux j’ai pu prolonger les essais pendant trois et même cinq ans pour ainsi dire sans interruption. .

Arrivent-ils au sommeil hypnotique ? Ici il faut faire attention préciser les termes, les scrupuleux sont des individus chez lesquels tout consiste en nuances et en mesures. Si 1 on chère ic un sommeil hypnotique véritable et complet, un somnambulisme typique, il faut obtenir deux choses : 1° pendant 1 état de sommeil un développement intellectuel suffisant pour que le sujet puisse parler ou du moins comprendre la parole et agir en conformité avec la suggestion sans se réveiller; un oubli complet au

réveil. , ,

Ces caractères on ne les obtient jamais chez les scrupuleux.

L’une des hypnoses les plus complètes est celle de. Lise. Les séances ont été répétées cinq ans tous les huit jours, nous verrons plus tard pour quelle raison. Aujourd’hui encore elle n est pas parvenue au second phénomène caractéristique 1 oubli du somnambulisme. Cet oubli existe un peu, les souvenirs sont conlus, mais à la condition qu’elle ne fasse aucun effort pour les recher-

cher. Si elle les recherche, les souvenirs se précisent et réapparaissent lort bien. Et encore cet oubli léger dont elle se contente n a commencé à apparaître qu’à la 53“ séance.

Quant a cette hypnose elle-même, elle consiste simplement en un engourdissement dans lequel le sujet a de la peine à remuer, a ouvrir les yeux. Cet état ressemble à ce que Lise éprouve spontanément quand elle retombe dans une idée fixe, dans une rumination en pensant au démon. Mais ce qui est caractéristique, c’est quelle peut triompher de cet engourdissement ; si elle y tient, elle peut faire un effort volontaire et arriver à ouvrir les yeux; elle peut aussi par un effort remuer et parler. Mais alors ces mouvements, et la parole surtout, la reveillent, si bien qu’elle se plaint d'être troublée, si je veux la faire parler pendant qu’elle dort. Ajoutez que l’esprit reste lucide, qu’elle ne perd jamais conscience et continue a se surveiller pendant l’hypnose.

Dans ce cas cependant il y a quelques phénomènes d’hypnose intéressants obtenus par une prolongation extraordinaire des essais : il y a un engourdissement notable, non seulement des mouvements mais, ce qui est plus curieux, des idées. La malade a de la peine à retrouver ses idées fixes et à les décrire, il y a des choses qu elle ne peut pas arriver à exprimer dans cet état et qu elle exprime bien étant réveillée, elle conserve même quelques heures après la séance un certain engourdissement et une léo-èrc envie de dormir. Enfin cet état est devenu chez elle assez lmbituel pour se reproduire sur un signe, par exemple quand je lui mets la main sur le front. •

Chez les autres malades je n obtiens même pas ce résultat incomplet. Lod... a a peine les paupières un peu tremblantes, rien de plus, aucun engourdissement ni des mouvements, ni des idées, bien entendu aucun trouble de la mémoire. Chez We... petit début d’engourdissement après une vingtaine de séances, aucun oubli après la séance. Chez On..., chez Tr..., rien déplus. Mb... s endort un peu plus, mais ne présente pas d’oubli. Kl... arrive à une somnolence très incomplète avec persistance des souvenirs.

Chez Claire, les essais sont dilliciles, elle est si longue à faire aucun acte, qu’elle est interminable avant d’accepter qu’on essaye de l’endormir; elle voudrait me parler auparavant, dire ce qui lui chaige la conscience en commençant paf le commencement. Ce lécit, à supposer qu elle puisse le faire, serait interminable, puis elle a des craintes sur ce qu’elle dira pendant le sommeil, des

LKS STI fi MATES PSYCHASTHÉNIQUE

scrupules sur l’hypnose qui retardent les essais. Enfin a (orce de patience je suis parvenu i. essayer sérieusement au moins 3o fois, ce qui serait largement sullisant pour hypnotiser complètement une personne un peu prédisposée. Les résultats sont insignifiants : tête lourde, quelques tremblements des paupières, un peu de résolution des membres, le tout cesse dès qu elle veut se

secouer, même sans mon ordre.

Cet insuccès vraiment considérable dans 1 hypnotisme des scrupuleux tient-il uniquement il la façon dont j ai dirige les essais’ Je 11e puis pas le croire, quand je mets en face de ces malades le nombre aujourd’hui très considérable d hystériques que j’ai pu amener à tous les degrés possibles du somnambulisme, fl y aurait donc là un premier fait, c’est que le même auteur, en procédant de la même manière, détermine l’hypnotisme comme il le veut chez les hystériques en quelques séances, très souvent en une seule, et qu’il ne parvient à rien chez les scrupuleux même en plus de cent séances comme dans le cas exceptionnel de Lise, lais il y a plus à dire, le hasard a fait que beaucoup de mes malades soit avant, soit après avoir été étudiés par moi, ont passé entre les mains de plusieurs de mes confrères qui ont fait les mêmes tentatives. Quelques-uns ont essayé de se faire illusion en appelant hypnotisme n’importe quel engourdissement, mais toutes les fois que j’ai pu avoir des renseignements précis, j ai constate qu’aucun d’eux n’avait rien obtenu de plus que moi.

Pour ne citer qu’un exemple, Jean a été longtemps soigne pai M. D u montp allier qui avec une grande confiance a fait tous ses efforts pour l’hypnotiser ; après des essais très nombreux M. Dumontpallier a été obligé de dire au malade « qu il avait l’esprit trop vagabond pour arriver au sommeil provoqué ». J’ai remarqué aussi que les auteurs qui ont une grande pratique de l’hypnotisme, comme M. Bernheim, se montrent adroits et devinent rien qu’à l’allure et au récit de ces malades qu’ils ne sont pas hypnotisables. Dans quatre de mes observations M. Bernheim a habilement refusé de tenter un traitement par l’hypnotisme : je ne dis pas qu’il ait eu raison au point de Mie thérapeutique, ces essais d’hypnotisation peuvent avoir, comme nous le verrons plus tard, des résultats utiles ; mais au point de vue scientifique je trouve qu’il a eu complètement raison en considérant ces malades comme rebelles au sommeil hypnotique.

Mes recherches sur ce point, je suis heureux de le constater,

sont tout à fait d’accord avec les conclusions auxquelles MM. Pitres et Régis sont parvenus. « D’une façon générale les obsédés présentent cette particularité curieuse que, très sensibles à l’action de la suggestion ordinaire, au réconfort moral du médecin, ils sont rebelles à la suggestion hypnotique qui n’a pas souvent prise sur eux. Ils ressemblent encore en cela aux neurasthéniques qui se trouvent momentanément soulagés et même guéris de leurs maux par une simple visite du médecin et qui ne sont pas d’habitude hypnotisables h »

Il est vrai que quelques auteurs, en très petit nombre, ont publié des observations de sommeil hynoptique déterminé chez des agoraphobes ou des obsédés. M. Bérillon en a signalé2 plusieurs, M. Auguste \oisin surtout en a décrit un très grand nombre au congrès de Psychologie tenu à Munich en 1896 3 : « Phobies et manies multiples, habitudes de religiosité, amélioration par la suggestion hypnotique. — Manies et phobies multiples, craintes de manquer à des promesses, sommeil absolu à la 2e séance, guérison à la 4e séance. — Agoraphobie, claustrophobie, peur des chemins de fer et des voitures, sommeil hypnotique en une séance, guérison en 3 séances, etc... » J’avoue que je suis resté très étonné en entendant ces communications.

Ces opinions opposées 11e me paraissent pouvoir s’expliquer que de deux façons. Ou bien les auteurs, uniquement préoccupés du point de vue thérapeutique, ne se sont pas inquiétés de préciser le diagnostic de l’état qu’ils ont appelé sommeil hypnotique, ou bien, ils ne se sont préoccupés que du contenu de l’obsession et non du diagnostic de la névrose sous-jacente et ils ont eu affaire .à des idées fixes chez des hystériques. Je reste disposé à croire que l'un des grands caractères des psychasthéniques c’est de ne pas pouvoir présenter 1 état de somnambulisme naturel ou provoqué qui, au contraire, caractérise les hystériques.

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