‹ Les obsessions et la psychasthénieChapitre 179 sur 352 · Le besoin de direction · texte numérisé non relu

Le besoin de direction

À côté du trouble fondamental des émotions, à côté du sentiment d incomplétude et probablement à cause de lui se développent chez nos scrupuleux des sentiments tout particuliers eu rapport avec des tendances spéciales qui n existent pas au même degré chez les individus normaux, l’un des plus important est le besoin de direction.

J’ai déjà eu l’occasion d’insister sur ce sentiment surtout à propos de ses exagérations pathologiques. Avant de donner naissance à des troubles morbides ce sentiment existe à l’état normal chez certaines personnes et contribue à constituer leur caractère. C’est ce qui arrive au plus haut degré pour les scrupuleux. Je laisse de côté ici ceux qui ont des obsessions amoureuses et qui sont au désespoir parce qu’ils ont perdu une personne qui les dirigeait, je prends des malades qui ont de toutes autres obsessions ou de toutes autres manies et je constate que ce sentiment existe chez eux pour ainsi dire à leur insu. Ces personnes éprouvent un certain plaisir à obéir, à recevoir tout formulés les jugements qu’ils doivent avoir, les décisions qu’ils doivent prendre. Instinctivement ils se mettent sous les ordres de quelqu’un et, leur soumission une fois effectuée, ils ne se donnent plus jamais la peine de contrôler ou de discuter les ordres que cette personne leur donne, les jugements qu elle leur inspire, les exemples qu’elle leur montre, ils ne veulent plus rien faire sans l’avis de cette personne.

Ce caractère est décrit par tous les observateurs. Legrand du Saulle note « le besoin d’être rassuré qui conduit le malade chez le médecin aux heures les plus insolites1 ». Il décrit une dame de 3o ans qui se fait diriger par un petit garçon de 8 ans « il ne m’en faut pas davantage, dit-elle, pour que j’évite une crise2». Baillarger remarque chez les douteurs « ce besoin énorme d’affirmation étrangère3 ». « Ils ne peuvent agir que sous l’impulsion des autres, disaient MM. Raymond et Arnaud de leurs malades4. »

t. Legrand du Saulle, Folie du doute, p. 35.

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