‹ Les obsessions et la psychasthénieChapitre 180 sur 352 · Raymond et Arnaud, Ann. méd. psych., 1892, II · texte numérisé non relu

Raymond et Arnaud, Ann. méd. psych., 1892, II

LES STIGMATES l'SVGHASTHENKjUES

Aux cas nombreux que j’ai déjà décrits1, je n’ajoute que quelques exemples.

Ps..., jeune fille de a3 ans, s’abandonne ainsi entre les mains d’une religieuse qu’elle a choisie et la force de tout décider dans sa vie. Bu... (85) appelle sa femme tout le temps et ne lève pas le petit doigt sans lui en demander la permission. Dua... (i35), femme de 27' ans, ne peut plus faire un pas sans l’ordre de son médecin, elle éprouve le besoin de tout lui raconter, de lui faire des confessions entières sous des prétextes quelconques. Elle demande conseil sur tout même à propos des choses les moins médicales et obéit minutieusement. Mbo... obéit à sa sœur et Vi... est dirigé par son enfant qui a 10 ans à peine. Kl,., se conduit exactement de même : sans me connaître, elle se confie complètement à moi et se met à ne plus penser que par moi. Lise se rend bien compte qu’elle éprouve ce besoin d’une façon ridicule, elle a essayé à plusieurs reprises de le satisfaire avec des amies, avec des prêtres et elle doit résister pour ne pas trop s’y laissser aller. Malgré elle, elle se sent inquiète lorsqu’elle est loin de moi, « sentir que je suis libre pendant plusieurs mois, c’est comme quelque chose de terrible ; je vais être très mal au commencement, puis j’irai mieux à la fin par la pensée que le terme de ma liberté 'approche ». Claire a tout à fait le même caractère, elle est heureuse quand elle est comprise, c’est-à-dire quand quelqu’un se rend compte de ses pensées, de ses besoins, et décide pour elle. Au bout de quelques visites à peine elle s’accroche désespérément à moi, ne veut plus me quitter, et prétend qu elle ne pourra plus vivre si je ne lui dicte pas « mot à mot tout ce qu elle doit faire et penser dans la journée. » Za..., Rk..., m écrivent à chaque instant des lettres suppliantes pour me demander « de répondre immédiatement ce qu’ils doivent croire. » Xo... demande en me quittant des ordres et des allirmations par écrit et Jean « ne vit que sur la perspective de venir me voir. »

Quand ces malades n’ont pas à leur disposition un directeur de conscience qui leur convienne, il 11’est pas d’efforts qu ils 11e fassent pour en trouver un. « Je me suis mise volontairement, dit Gisèle, sous une dépendance morale, j’ai cherché à substituer une autre pensée à celle qui me liante, une volonté à la mienne,

i . L’inlluoncc somnambulique cl le besoin «le direction. Revue philosophique, |8((/, I, [i. 1 13 et Névroses et Idées Jixcs, I, p. 4 a 0 .

TROUBLES DES ÉMOTIONS ET DES SENTIMENTS

je sens tellement qu’il me faut à tout prix obéir. » Elle a cherché à se confier à un prêtre ; mais elle a été bien vite effrayée en voyant que son sentiment de dépendance se compliquait de sentiments profanes.

Inversement quand ils ont perdu cette direction si nécessaire, ces malades tombent dans le plus complet désordre. Gri... (82), jeune femme de 28 ans, a eu depuis l’âge de i5 ans toutes espèces de troubles de la volonté, des crises d’agitation, des phobies, etc ; elle finit par trouver un amant qui lui impose une tenue correcte, qui obtient un travail régulier et une attention suffisante. Sous cette influence, la malade oublie tous ses troubles et se porte parfaitement pendant cinq ans. Depuis que cet amant l’a quittée elle retombe dans le plus complet désordre, elle est tourmentée par des obsessions et surtout, bien entendu par un amour obsédant pour ce directeur perdu. L’observation de Ck..., que j’ai déjà citée, est des plus amusantes. Cette pauvre femme de ans après avoir eu toutes les obsessions et les phobies, a rencontré, vers l’âge de 3o ans une autre pauvre femme tourmentée par des manies de propreté qui amenaient pratiquement une grande saleté. Ces deux infirmes de la volonté se sont consolées, soutenues et réformées mutuellement ; elles ont formé pendant dix ans un couple admirable, parfaitement raisonnable, comme l’aveugle et le paralytique. Une aventure lamentable les a séparés : une domestique renvoyée a tenu, paraît-il, un propos qui tendait à mettre en doute la moralité de l’affection mutuelle des deux vieilles dames. Celles-ci sont alors troublées par un scrupule sur leur amitié et croient devoir se séparer. O11 verra à propos du traitement que l’obsédé prend ainsi des scrupules par rapport à celui qui le traite et le dirige et que ces scrupules sont un signe sérieux de rechute. Dans le cas présent les deux malades recommencèrent un véritable délire avec obsession de toute espèce, obsessions de crime, de remords, d’hypocondrie jusqu’à ce que j’aie réussi à les réunir de nouveau.

En étudiant des cas de ce genre j’ai montré que le sentiment dépend principalement du besoin de faire faire par un autre 1 acte de volonté devenu difficile. « Le malade, disais-je à ce propos1, n’a en réalité aucune résolution, aucune idée dans une circonstance donnée, il faut que le directeur fasse lui-même la

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