Roubinovitch, Bulletin médical, 22 juillet
yvii* ' dcl Grcco> IJcc fissc 0 disgregazionc psicologica.
•Avili, fasc. 2, 1900.
Arnaud, Archives de neurologie, 1902, 1, p. 268.
U hv. B. Angell. Impérative idcas in the sanc. Journal of nervous and mental ««cases, août 1900.
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La hiérarchie des phénomènes psychologiques.
Beaucoup clcs difficultés que présente la psychologie sont créés par le langage : une des plus curieuse me paraît résulter de notre habitude d’employer toujours les termes de la langue courante pour désigner des phénomènes élémentaires et inaccessibles a l’observation vulgaire. Quand nous voulons trouver 1 explication d’un fait complexe et que nous cherchons a le rattacher a un ait simple, nous nous laissons entraîner à désigner les phénomènes simples auxquels l’analyse nous conduit par les noms ordinaires « de sentiment, d’émotion, de pensée, d’imagination ». Mais il n’est pas du tout certain que des phénomènes psychologiques élémentaires soient des sentiments, des émotions, des pensees, des volontés. Ces mots désignent des phénomènes très complexes, distingués, classés et dénommés par l'observation populaire et en raison de besoins pratiques. Pourquoi supposer que des phénomènes plus élémentaires donnés par 1 analyse scientifique et inaccessibles à l’observation vulgaire vont rentrer dans ces anciennes classes? Pourquoi nous quereller sur cette question oiseuse : le phénomène élémentaire qui est troublé chez 1 obsédé est-il une émotion ou une volonté, quand il n’est probablement ni l’un ni l’autre? Un acte de volonté est un phénomène complexe aussi bien qu’une émotion et il n’est pas probable qu un phénomène élémentaire soit identique à l'un ou a 1 autre.
Il en résulte que suivant les préférences des auteurs il peut sans plus de raisons d’ailleurs être appelé « émotion « ou être appelé « volonté ». Le rôle de la psychologie n est pas de continuer ces querelles de mots, mais de chcrchei pai l anajse mettre en évidence des phénomènes nouveaux, c’est-à-dire des phénomènes qui n’étaient pas connus ni dénommés dans cet état de simplicité.
C’est un peu ce que j’ai essayé de faire quand j ai cherche a montrer que le phénomène essentiel de l'état mental des hystériques était « le rétrécissement du champ de la conscience ». La formation du champ de la conscience n'est à proprement parler ni un fait d’intelligence, ni un fait de sensibilité et je ne me rat-
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tachais ni aux théories intellectualistes, ni aux théories sensualistes, mais je cherchais à décrire un phénomène plus profond que l’idée ou le sentiment tels qu’on les observe d’une manière superficielle.
Je voudrais faire un travail du môme genre à propos des obsédés et chercher si les stigmates psychasthéniques ne mettent pas en évidence un phénomène psychologique simple, capable de jouer un rôle important et d’expliquer par ses altérations les troubles de la volonté et de l’émotion.
Cette section sera consacrée à la description de ce phénomène fondamental que l’on peut considérer comme le résumé des divers stigmates psychasthéniques ; la section suivante montrera comment en prenant pour point de départ ce phénomène et ses modifications, on peut se représenter la formation des divers troubles des obsédés.
Dans un chapitre précédent nous avons constaté l’affaiblissement et la disparition de certaines opérations psychologiques chez les obsédés ; d’autre part nous avions vu que d’autres opérations étaient bien conservées et présentaient plutôt un développement exagéré; en étudiant cette différence on est naturellement conduit à supposer que toutes les opérations de l’esprit ne présentent pas les mêmes degrés de facilité et qu’au cours cl’un affaiblissement des fonctions cérébrales elles ne disparaissent pas simultanément mais successivement et progressivement en raison de ces degrés inégaux de facilité. En un mot, les opérations mentales semblent se disposer en une hiérarchie dans laquelle les degrés supérieurs sont compliqués, difficiles à atteindre et inaccessibles pour nos malades, tandis que les degrés inférieurs sont aisés et sont restés à leur disposition.
Sans doute nous avons toujours eu vaguement une conception de ce genre à propos des travaux de l’esprit : nous disions que la recherche scientifique, l’exécution ou l’appréciation de l’œuvre d’art, l’effort pour atteindre la perfection morale sont des opérations supérieures ; nous savions que pour un enfant apprendre à faire une division est plus difficile que d’apprendre à compter, que pour un idiot il est plus difficile de parler que de manger. Mais cette recherche des degrés de difficulté n’était faite qu’au point de vue de l’art ou de l’instruction et pour un petit nombre d’opérations seulement, elle n’étail pas faite d’une manière géné-
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raie pour tous les phénomènes psychologiques comme agir, percevoir, imaginer. Aussi celte comparaison nous conduisait-t-elle ii des résultats très superficiels et très inexacts. Qui ne croirait il première vue que faire un raisonnement syllogistique est une chose qui demande plus de travail cérébral que de reconnaître l’existence réelle d’une personne ou d une fleur et cependant je crois pouvoir montrer que sur ce point le sens commun se trompe.
Pour que cette hiérarchie soit vraiment intéressante et utile il ne faut pas l’établir en se plaçant au point de vue de nos préférences artistiques ou morales, mais en se plaçant au point de vue des conditions de la vie, de la santé et de la maladie. Si je ne me trompe, la psychologie a procédé tout d’abord comme l'ancienne histoire naturelle des animaux. Les premiers naturalistes décrivaient tous les êtres clans un ordre arbitraire en mettant tout au plus au premier rang les êtres qui leur paraissaient les plus beaux ou les plus utiles. Les psychologues décrivent de même tous les faits psychologiques sans ordre, sans perspective, ou en mettant arbitrairement au premier rang ceux qui leur plaisent le plus. Les théories de l'évolution sont venues apprendre aux naturalistes qu’il va un ordre de perfection dans les êtres, qu’il faut découvrir et dont il faut tenir compte dans les descriptions. La pathologie mentale doit montrer de même aux psychologues quels sont les véritables degrés d importance des phénomènes de la pensée. Pour constater avec précision dans quel ordre se rangent les phénomènes au point de vue de leur dilliculté, il ne faut pas juger cl’après nos sentiments ou nos prélérences personnelles mais d’après la fréquence et 1 ordre de la disparition de ces phénomènes chez les malades.
Je travaille depuis longtemps à établir les divers degrés de cette hiérarchie psychologique. Mes premiers travaux ont établi une distinction très importante, celle de 1 activité synthétique et celle de l’activité automatique : ce sont là deux degrés essentiels de la hiérarchie. Mais d’abord cette distinction n est pas assez précise et ne donne que deux degrés tandis qu il en a probablement un grand nombre. Ensuite elle ne s applique bien nettement qu’aux hystériques, chez, lesquels 1 automatisme s accompagnant souvent de subconscience se distingue très nettement de la synthèse mentale volontaire, attentive et douée de c onscicnee personnelle. L’étude de nouveaux malades, des psy-
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chasthéniques, va nous permettre de compléter ces recherches sur la hiérarchie des phénomènes psychologiques.
Si nous faisons cet examen d’après les longues observations précédentes, il nous faudra placer au premier degré, comme l’opération mentale la plus difficile puisque c’est elle qui disparait le plus vite et le plus souvent, la fonction du réel. Cette fonction, qu’on a peu l’habitude de distinguer des autres et que nous avons fait connaître en résumant les insuffisances psychologiques, consiste dans l’appréhension de la réalité sous toutes ses formes. Fdle constitue « cette attention a la vie présente » dont parle M. Bergson dans un livre de métaphysique qui semble souvent prévoir ces observations psychologiques1. Voilà ce qui semble l’opération mentale la plus parfaite et celle que tous les obsédés perdent dès le début de leur maladie.
La première forme de cette fonction du réel, c est 1 action qui nous permet d’agir sur les objets extérieurs et de métamorphoser la réalité. Cette action volontaire présente elle-même différents degrés de difficulté. Au point de vue de son objet, il semble qu’elle devient plus difficile quand elle est sociale, quand elle doit s’exercer non seulement sur le milieu physique, mais encore sur le milieu social dans lequel nous sommes plongés.
Elle est aussi difficile quand elle est professionnelle, c’est-adire quand il s'agit des actes d’un métier pratique, qui doit réellement aboutir à construire des choses précises, qui doit satisfaire une clientèle exigeante, qui doit réellement nous lairc gagner notre vie. L’action intéressée, c est-à-dire 1 action la plus réelle pour nous et pour les autres, semble celle qui exige le plus d’efforts et celle qui disparait la première.
Au point de vue de sa forme, 1 action estd autant plus difficile, comme je l ai montré autrefois, qu elle est plus nouvelle et qu elle demande davantage une nouvelle adaptation a descirconstances qui ont changé*. « Rien ne me rend malheureuse et malade, dit Voz...,
comme la nécessité d’avoir à prendre une décision nouvelle. » L’action est aussi difficile quand elle doit avoir à nos yeux le caractère de liberté et de personnalité, c’est-à-dire quand la syn-
i. Bergson, Matière et mémoire, 1896 (Paris, F. Alcan), p. 190.
•1. Névroses et Idées fixes, I, p. 12.
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thèse mentale qui la détermine doit se trouver en accord avec la plupart de nos tendances principales nettement coordonnées, en un mot quand l’action doit être coordonnée non seulement avec les données du monde extérieur mais encore avec l’ensemble de notre personnalité. A un degré un peu inférieur nous trouvons de la dilïî'culté dans l’achèvement, la terminaison complète d’une action commencé, dans la rapidité, la précision, 1 énergie, la résistance aux influences étrangères, qui doivent se trouver dans certaines actions volontaires.
• Enfin, nous avons vu que bien souvent le fait de s’endormir volontairement était un acte et un acte difficile. Nous sommes conduits à placer cet acte du sommeil et celui du réveil à une certaine hauteur dans cette hiérarchie, immédiatement après les actes volontaires accompagnés du sentiment de personnalité et de liberté.
Ce qui nous détermine à placer au premier rang dans cette hiérarchie l’action volontaire qui modifie réellement le monde donné c’est que nous avons vu cette action constamment troublée chez bien des malades et dès le début. L indolence, la paresse, l’irrésolution, la lenteur des actes, les retards, la faiblesse des efforts, le désordre, la maladresse, l’inachèvement, l'absence de résistance, le misonéisme, la continuation indéfinie caractérisent bien les psychasthéniques. La timidité excessive, l’aboulie professionnelle, les inhibitions, les arrêts, les latigues insurmontables, les inerties complètes surviennent a un bien plus grand degré chez ceux qui ont des obsessions ou qui vont en avoir et augmentent surtout dans la période qui précède les crises d agitation forcée et que nous avons comparée à une aura.
Dans la même fonction du réel, mais peut-être à un degré un peu inférieur à celui de l’action volontaire, nous trouvons 1 attention qui nous permet de percevoir les choses réelles. Son degré le plus élevé toujours au point de vue de nos malades et par conséquent le plus fragile, c’est l’opération qui nous donne la notion du réel, c’est-à-dire qui détermine la certitude et la croyance. Saisir une perception ou une idée avec le sentiment (pic c’est bien le réel, c’est-à-dire coordonner autour de cette perception toutes nos tendances, toutes nos activités, c est l’œuvre parfaite de l’attention.
Une ancienne conception philosophique, qui remonte a Spinoza et à Hume, qui a été admise par Spencer et par Taine, c’est
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que la croyance accompagne toujours l’idée, que le cloute résulte uniquement de la lutte entre plusieurs représentations également claires. Cette conception a été combattue par bien des philosophes qui lui opposaient la pensée de Descartes sur le rôle de la volonté dans l’affirmation et dans l’erreur. M. Brochard, dans sa thèse sur l’erreur, dans ses articles sur la croyance et la volonté, est l’un de ceux qui ont le mieux montré cette distinction nécessaire entre la croyance et la pensée proprement dite, « autre chose est, dit-il très bien, la nécessité de penser ou de lier des idées, autre chose la nécessité de croire, c’est-à-dire de poser comme vraies absolument les synthèses que l’esprit ne peut pas rompre ; à la rigueur on peut comprendre une vérité géométrique et ne pas y croire » M. Gayte dans son livre sur la croyance décrit ainsi le sceptique : « C’est une intelligence toujours en mouvement qui demande à la pensée elle-même une décision qu’elle ne saurait lui donner. Il ne s’attache à aucune théorie parce qu’il ne sait pas vouloir, il délibère toujours parce qu’il est incapable d’arrêter sa pensée par un acte, il ne la domine pas, il se laisse dominer par elle A » Parmi les travaux plus récents dans le même sens, je signale ceux de M. W. Jérusalem1 2 3, ceux de M. A. -J. Balf'our4 5 qui insistent « sur les causes non rationnelles de la croyance » et le livre de M. W. James ".
Ces théories philosophiques semblent être le résumé de 1 observation de nos malades. Certainement, dirons-nous avec M. Brochard, on peut penser et 11e pas croire, puisque nous voyons tant de sujets qui perçoivent très bien, qui raisonnent admirablement et qui ne peuvent pas arriver a croire. Il iaut se rendre bien compte de ce fait que la croyance est un degré d’activité cérébrale au-dessus de la simple intelligence. Dans la hiérarchie que nous établissons, la croyance lait partie des fonctions du réel et occupe un rang élevé à côté des opérations volontaires.
En dessous de cette opération de croyance à l’existence réelle des objets, l’attention trouve encore des difficultés moins graves peut-être dans la perception d’objets nouveaux, dans la complexité du spectacle offert à nos sens, dans la clarté qu'il faut
1. Rrochard, Croyance et volonté. Revue philosophique, 1884, H, |>- i5.