Bergson, Matière et mémoire, 189O, p. Ga
a. Id., ibid., p. iGO.
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Prise au pied de la lettre, cette conception diffère moins qu’on ne le croit de la précédente. Au lieu de faire dépendre la fonc- 1 lion du réel de l’intensité des sensations, elle le fait dépendre , de l’intensité des mouvements qui ne sont connus que par des sensations. Elle contient sans doute une part de vérité, mais ne peut être admise sans restriction, car il ne me semble pas justede j dire que le mouvement par lui-même, en tant que mouvement de | notre corps, suffise à donner le sens du réel et à constituer le £ groupe des phénomènes psychologiques supérieurs.
Mon objection à cette conception est semblable à la précédente : de même que les douteurs ont conservé les sensations, ils ont conservé les réflexes, les mouvements et la sensation précise ■< de ces mouvements.
Il y a même chez eux des mouvements qui se présentent comme k tout à fait élémentaires et faciles. Les tics, les agitations motrices . peuvent donner lieu à des mouvements considérables et même violents. Les phénomènes d’émotion nécessitent aussi la production de mouvements et s’accompagnent souvent d’une agitation extrême : cependant malgré ces mouvements les malades restent dans le doute, loin du réel. On ne peut donc pas dire que tout mouvement soit difficile, que tout ce qui détermine l'élévation d'un phénomène dans la hiérarchie ce soit l’intervention du mouvement. 11 ne faut pas croire qu’un phénomène psychologique soit élevé, demande un plus grand travail parce que le mouvement physique qui le manifeste au dehors est un mouvement plus violent. Un mouvement violent peut, au point de vue qui nous occupe, correspondre à un phénomène psychologique et cérébral • hiérarchiquement très élémentaire.
Sans doute la théorie précédente fera un progrès si au mot « mouvement », comme d ailleurs M. Bergson le fait souvent, on" substitue le mot « action c'est-à-dire si 1 on remplace le mouvc J ment simple par un système bien coordonné de mouvements. « llw| y a bien autre chose, disait M. Bergson, entre le passé et le présent qu’une différence de degré. Mon présent est ce qui m ilité-* resse, ce qui vit pour moi, çe qui me provoque à 1 action (1 auteur dit souvent à l'action utile et bien adaptée) au lieu que mon passé est essentiellement impuissant1. » Mais cela n’est pas encore suffisant, car ces sujets exécutent des actions bien réglées
i, Bergson, op. cil., p. i^S.
LA TENSION PSYCHOLOGIQUE
soi
en rapport avec les objets qu’on leur montre et ils se plaignent « qu’ils ne font pas eux-mêmes 1 action, que l’action n’est pas réelle ». L’automatisme bien réglé sc montre dans les tics et cependant ne donne pas aux malades le sens du réel.
Une autre hypothèse plus intéressante consisterait à appliquer ici mes anciennes études sur l’activité de synthèse par opposition ii l’activité automatique. La synthèse mentale est une opération qui réunit en un composé unique et nouveau les éléments fournis à chaque moment de la vie par les sens et par la mémoire. La construction de ce système nouveau semble être l’opération particulièrement difficile, celle qui disparait la première. Je crois qu’il y a encore ici une partie de la vérité. Dans la fonction du réel entrent pour beaucoup des adaptations à la réalité changeante et par conséquent des systématisations toujours nouvelles: certainement une des raisons de l’élévation de la volonté et de l’attention dans notre hiérarchie tient au rôle qu’y jouent les opérations de synthèse mentale perpétuellement nouvelles, et inversement la position inférieure de la rêverie et clc 1 émotion tient à ce fait qu’une partie considérable de ces opérations est purement automatique. D’ailleurs on constate aisément chez les malades qui ont perdu le sens du réel, 1 aboulie, l’aprosexie, le misonéisme, l’inintelligence des situations nouvelles, tous les caractères qui indiquent la diminution des synthèses mentales, du pouvoir d adaptation et de coordination.
Cependant j’ai quelque hésitation à considérer cette distinction comme suffisante dans ce cas. D’une part il ne me semble pas qu il v ait une proportionnalité complète entre le développement de 1 aboulie et la perte du sens réel. Ces malades agissent encore à peu près correctement et ils répètent qu’ils agissent comme dans un rêve. D’autre part il n’est pas exact de dire que le trouble existe uniquement dans les phénomènes de synthèse mentale et que les phénomènes automatiques sont restés intacts. En effet, il ne faut pas oublier que nous avons constaté les mêmes difficultés non seulement dans les fonctions du réel, mais encore «In ns les opérations qui sc bornent à imiter ces fonctions. La suggestion et l’hallucination sc présentent chez ces malades comme aussi difficiles que l’action réelle ou la perception de la réalité. Or dans l’hallucination, il y a une très petite part de synthèse mentale mais beaucoup d’automatisme. Si elle est très difficile