‹ Les obsessions et la psychasthénieChapitre 233 sur 352 · I.rcs CRISES DE PSYCHOLEPSIE ET LES ACCÈS ÉPILEPTIQUES Al · texte numérisé non relu

I.rcs CRISES DE PSYCHOLEPSIE ET LES ACCÈS ÉPILEPTIQUES Al

ghi ont insisté sur les épilepsies psychiques. « L’état crépusculaire peut précéder le grand accès, le suivre ou en être indépendant, il peut durer quelques heures, quelques jours, des mois, des années et constituer alors une sorte d’état second... cet état est souvent dillicile à distinguer de l’état somnambulique. Lorsqu’il dure un certain temps il peut être conscient, c est une sorte d état second épileptique dans lequel l’individu a conscience de ce qu il lait, s eu souvient, mais agit tout autrement qu’à 1 état normal1. » Il est lacile de voir que cet état crépusculaire peut se rapprocher de notre état psychasthénique.

Aussi n est-il pas surprenant que M. Haskovec au dernier Congrès de médecine ait repris l’ancienne opinion de Gricsinger et montré par une observation remarquable que l’on rencontre parlois chez des épileptiques des phénomènes identiques à ceux que présentent les obsédés. « Un homme de 36 ans, J. R..., atteint depuis longtemps de mal comitial classique se trouvant un jour au théâtre senties premiers signes d’un accès semblable à ceux qu’il a depuis longtemps. Il résiste de toutes scs forces et arrive à arrêter 1 accès. Celui-ci ne se produisit pas, mais le malade entra dans un état psychique étrange. Il me semblait dit-il, que je rêvais ; je voyais tout, j entendais tout, mais tout celame paraissait étrange; il me semblait que ces perceptions n’arrivaient pas directement à moi que je n avais pas des impressions réelles mais que ce n’était quedes reproductions de choses automatiques2. » L’observation de M. Haskovec ne parut pas très démonstrative parce qu’elle portait en réalité uniquement sur le sentiment d’étrangeté, de dépersonnalisation dont on était disposé il faire une maladie indépendante sous le nom de névrose de Krishaber. Mais pour nous qui avons beaucoup insisté pour montrer que ce sentiment est banal chez les obsédés, qu il est a la racine de leurs obsessions, le fait prend une plus grande importance. Pour terminer cette incomplète revue historique des auteurs qui ont étudié ces relations de la psychasthénie avec 1 obsession, nous rappelons seulement que depuis plus de quatre ans dans les leçons cliniques de la Salpêtrière M. le 1 Raymond et moi-même avons signalé à maintes reprises il piopos d un grand nombre d’observations cliniques analogues ii

1. Oltolcnghi, Epilepsies psychiques. Rio. sper. d. /reniai., Wll, l'asc, i,

l- Haskovec, np. cil., p. 12T).

fjlf( THEORIES PATHOr.KNlQUKS

celle de M.IIaskovec l’importance de ce rapprochement' . N""* pouvons maintenant passer à l'osa, nen clinique des faits.

Une première remarque qui- a une certaine nnpnrtance c est la coïncidence assez fréquente de l’épilepsie vulgaire avec la maladie des obsessions. Parmi les malades que j’ai cités dans ce t,.n.„ '

v en a 12 qui sont de véritables épileptiques, avant des grands

accès classiques et des vertiges. Ce nombre à déjà quelque intérêt, quand on songe que, si je ne me trompe la coïncidence de l'hystérie et de la maladie du doute bien nette est infiniment plus rare l.es idées fixes existent bien entendu très souvent dans l'hystérie, mais elles prennent de tout autres caractères L .déclive hystérique qui se développe au cours d un somnambulisme sous forme d'actes et d'hallucinations ne ressemble pas du toul mon avis à l’obsession qui détermine des ruminations int.-nninables et des angoisses sans jamais se développer complètement dans la crise de psychasthénie.

Cette simultanéité de l’épilepsie et de la maladie du scrupule est-elle une simple coïncidence fortuite ou ces deux symptômes ont-ils des relations entre eux? Si nous considérons les phénomènes rangés sous le titre d’insullisances psychologiques et de sentiments d’incomplétude que présentent constamment les obsédés, nous verrons que des troubles de la perception extérieure ou personnelle tout à fait identiques sont souvent sous la dépendance immédiate d’accidents épileptiques. Qcs... a des obsessions conscientes avec impulsion à tuer sa mère ou des remords obsédants de l’avoir tuée, elle se ligure qu elle fera du mal a tou < monde, elle veut vivre enfermée dans un hôpital parce que les fenêtres sont grillées cl qu’elle sera empêchée de commettre des crimes. En même temps elle a des accès épileptiques complets et des vertiges. Ceux-ci sont tout à fait caracténques : soudaineté,

pâleur de la face, obnubilation intellectuelle. Souvent dans ces états vertigineux quand ils se prolongent un peu et qu ils ne sont pas assez, complets pour supprimer tout souvenir consécutif elle éprouve des sentiments bizarres, elle voit es o >J< les plus habituels aVec une sorte d’étonnement, elle les trouve étranges, inattendus comme des objets qu elle n aurait jamais vus et qui appartiendraient à un monde imaginaire. Chez cette

Ravmond, Leçons cliniques sur 1rs maladies du système neraeux. .V série, i.,oi

et.).

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malade qui est à la fois obsédée et épileptique, les sentiments d’étrangeté dans la perception extérieure apparaissent d’une façon tout à fait nette au cours d’un vertige qui a tous les caractères d’un vertige épileptique.

Une autre malade me parait (ort remarquable, elle reproduit exactement l'observation de M. Ilaskovec. Is... (28), jeune fillede 22 ans, a des accès épileptiques francs depuis la puberté, elle en a deux ou trois par mois. Il y a quelque temps, a la suite d un accès avorté dont elle a seulcmcntscnti les débuts, elle est entrée dans l’état suivant : elle voit tout et entend tout comme a 1 ordinaire mais elle s’est mise à douter de tout. Elle ne sait plus si ce qu elle voit existe ou n’existe pas ; en regardant sa mère elle se met ii dire : « Je voudrais bien que cette dame soit ma mère, mais je ne peux pas arriver à le croire, je ne peux même pas me mettre dans la tête que cette dame soit vivante. » fille doute aussi d ellemême: « elle a peut-être perdu sa personne, elle n’en est pas sûre... » Elle ne croit plus rien de ce qu’on lui dit, elle 11e lait plus aucun travail et 11e peut plus fixer 1 attention. Cet état se prolonge pendant quatre jours, puis il semble disparaître en partie. Le cinquième, la malade se sent un peu mieux, a peu près normale, sauf qu elle ne peut pas travailler. 1s... revient a la réalité et elle éprouve à ce moment des sentiments de joie infinie, des envies de rire, un enthousiasme analogue a celui que j’ai décrit à propos des « sentiments sublimes » de Jean. Mais le sixième jour tout recommence, elle se sent de nouveau rêver et doute de tout. Cette fois cet état anormal l'impatiente, elle se sent mal à l’aise, étouffe, se sent angoissée ; elle lait des efforts impuissants pour arriver à la réalité et commence des manies d interrogation. Si l’état s était prolongé davantage, elle serait parvenue ;i la maladie complète de 1 interrogation et de 1 angoisse. Mais le septième jour un grand accès épileptique est venu simplifier la situation : après l’accès elle s’est retrouvée dans l étal normal. Dans toute la vie de la malade cet état bizarre ne s est reproduit que trois fois et le sujet est resté en somme une épileptique à grand accès.

Une autre malade llol — (27)1 jeune fille de i5 ans, a des accès épileptiques et des vertiges depuis 1 âge de 8 ans 1/2. Souvent ses accès sont avortés : elle frotte sou estomac, cligne des yeux, balbutie quelques mots, pâlit et c’est tout, de tels phénomènes sont bien connus chez les comitiaux. Depuis quelque temps a la

THÉOIUES l’ATHOUÉN IQUES

suite de ecs accès avortés elle change d’altitude. Elle reste immobile sur sa chaise en refusant tout travail et toute occupation :

« maman, dit-elle tout doucement, je ne demande pas mieux que de travailler, mais je ne vois pas clair, je ne [jeux pas travailler sans voir clair... Est-ce que je resterai aveugle? j> Elle est venue au laboratoire dans cet état et j’ai pu constater qu elle ne présentait absolument aucun trouble de la vision. Il ne s agissait comme on l’a vu, que d’un trouble du sentiment de la réalité dans la perception visuelle. Elle sort de cet état au bout de quelques jours par un accès épileptique complet. Pendant les quelques jours de cet état crépusculaire, il serait impossible, si on ignorait les antécédents, de la distinguer d’une de nos psychasthéniques qui voit drôle, qui voit le nuage, qui se plaint d être dans le noir.

N’est-il pas évident que ces observations d’états crépusculaires, comme les appelle M. Ottolenghi rapprochées de celle de M. Haskovec, montrent au cours de l’épilepsie des abaissements de la tension psychologique, des insuffisances psychologiques, des sentiments d’incomplétude identiques à ceux des obsédés.

Un autre phénomène psychasthénique peut se rencontrer dans l’épilepsie, c’est la crise d’angoisse. M. W. de Bechterew a déjà décrit des attaques épileptiques et épileptoïdes revêtant la forme d’angoisses sans perte de connaissance, ni vertige, qui surviennent chez des épileptiques au milieu des accès ordinaires et qui les remplacent de plus en plus1. Il est vrai que M. de Bechterew distingue ces angoisses épileptique, de celle qu il appelle neurasthéniques parce que l’angoisse épileptiques, dit-il. ne se rattache aucunement à une cause extérieure comme les «rrandes

places, le tonnerre, la foule etc. Mais cette distinction ne nous suffit plus, elle repose sur cette notion déjà contestée par MM. Pitres et Régis ([ue l’angoisse a toujours une forme systématique en rapportavec une perception déterminée; nous savons que, surtout au début, l’angoisse peut être indéterminée et que par conséquent cette différence n’existe pas.

On peut donc généraliser la remarque de Bechterew sur les rapports de ( épilepsie cl de l’angoisse. 11 y a d abord des malades qui commencent par l'épilepsie proprement dite et qui abou-

i. W. de Bechterew, Xcurolog. Centralbl., XVII, t tS«jS . ,

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