Interprétation des sentiments d’incomplétude
Le premier phénomène que nous ayons a considérer est constitué par les sentiments bizarres, que nous avonsappelés sentiments d incomplétude, ils sont extrêmement variés et nombreux et portent sur toutes les fonctions île 1 esprit, ils se rattachent évidemment aux insuffisances réelles qui résultent de ce lait que 1 esprit ne peut plus parvenir aux opérations du premier degré.
La difficulté qui est ici plus psychologique que clinique consiste ii savoir, comment le sujet arrive à sc rendre compte de cette insuffisance et à la traduire par des sentiments. 11 n est pas probable qu’il v ait un lait de conscience, un sentiment directement en rapport avec le degré de la force nerveuse ; du moins jusqu’à présent les sentiments qu’on a voulu rattacher a 1 émission
INTERPRÉTATION DES SENTIMENTS D’INGOMPEÉTUDE îio'i
de la force nerveuse, à l’effort Intérieur n’ont pas clé démontrés. Mais je ne crois pas cependant qu’il faille tout de suite adopter la thèse de M. James et dire que nous ne sentons que le résultat physique de nos efforts, l’influence qu’ils ont sur nos muscles et sur nos viscères. Nous sentons aussi les résultats psychologiques de la tension nerveuse, l’unité et la complexité de nos états mentaux, l’impression de réalité, de personnalité présente., d’unité, de liberté, etc. Nous remarquons bien vite que ces idées et ces sentiments cessent de se présenter dans les circonstances où d’ordinaire ils survenaient. C’est exactement ce que font nos malades. Quand Jean vient nous dire : « il me semble que je ne saisis pas, que je ne m’assimile pas les choses avec la force normale, » je crois qu’il lait simplement une observation psychologique juste. Ces observations qu’ils font eux-mêmes sur le fonctionnement de leur esprit sont facilitées par la disposition que nous leur avons reconnue à l’introspection psychologique.
11 y a ainsi trois grands phénomènes qui jouent un rôle dans la formation des sentiments d’incomplétude : i° La diminution de la synthèse mentale et par conséquent la diminution de la systématisation, de l’unité des éléments réunis dans le champ de la conscience. 2° La réduction de la complexité mentale, du nombre des éléments, sensations, images, mouvements, émotions qui remplissent d ordinaire la conscience et qui nous donnent le sentiment de la réalité et du présent. 3" Le souvenir de la manière dont fonctionnait autrefois notre pensée, de son unité, de sa richesse, les comparaisons entre cet état passé et l’état présent et les interprétations inévitables qui se mêlent à ces comparaisons.
i° Un certain nombre de sentiments d’incomplétude sont plus immédiatement en rapport avec le premier phénomène, la diminution de la synthèse mentale. Ce sont par exemple les sentiments d incapacité intellectuelle, d obscurité, d’incoordination, de confusion, et en même temps les sentiments de la difficulté de l’acte volontaire, de la difficulté de l’attention, de la distraction, de 1 instabilité.
Bien des sentiments de vague, de mystère qui vont donner naissance à des tendances mystiques ou orienter le délire dans un sens particulier dépendent de cette difficulté qu’éprouve le sujet a unifier ses pensées, même quand leur nombre est réduit. Le sentiment de dédoublement, de multiplicité, qu’il s’applique aux
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choses ou qu’il s’applique ii l’esprit, prend aussi son point de départ dans la même laihlesse de systématisation.
Je serais disposé à croire que le sentiment si important d’automatisme, d’absence de liberté, de domination se rattache aux précédents. Notre sentiment de liberté est surtout un sentiment d’unité. L’accord s’est fait entre toutes les tendances de notre être, entre les motifs imposés du dehors et les inspirations de notre caractère tout entier, l’action qui se fait résume en un seul système tous nos phénomènes psychologiques. C’est pourquoi on ne constate jamais de plus beaux sentiments de liberté que ceux des individus suggestionnés dont le champ de conscience est réduit sans doute, mais très unifié et rempli complètement par le développement d’une seule tendance.
Chez les psychasthéniques il n’en est pas ainsi; ils agissent ; ou ils parlent, pressés par les nécessités de la vie sans que 1 unité j ait été faite dans leur esprit, quand il y a encore dans lent conscience des tendances, des habitudes, des caractèics < n oppo sition avec l’acte qui s’accomplit. Ils ne parviennent pas a rattacher davantage leur acte à toute leur personne. C’est ce qui se j traduit par le sentiment d’automatisme, de domination, c est-adire d’action non volontaire, non personnelle, c est ce qui donne naissance à ce sentiment de révolte perpétuelle, au sentiment j qu’ils 11e peuvent jamais accepter une situation donnée, c est-a-dire mettre d’accord tout leur caractère, toutes leurs tendances a\ei « la perception de cette situation.
üu Si le défaut de synthèse complète joue ainsi un rôle considérable, je crois que le défaut de complexité, de richesse mental» a une importance encore plus grande, car il intervient pai ticulii renient dans la perte du sentiment du réel et dans le sentiment J de l’étrange, ces deux phénomènes fondamentaux. M. Bergson qui | fondait, commeon l’a vu, le sens du réel sur « la conscience d un , accompagnement moteur bien réglé » interprète naturellement h 1 sentiment de l’irréel et de l’étrange par la perte de celte associa- 1 lion entre la sensation et le mouvement. « Qu 011 lise, dit-il. les® descriptions données par certains Ions de leur maladie naissante, on verra cpi’ils éprouvent souvent un sentiment d étrangeté on, comme ils disent, de «non-réalité» comme si les choses perçues» perdaient pour eux de leur relief et de leur solidité. Si nos ana-i lyses sont exactes, le sentiment concret rpie nous avons de la