La dérivation dans les agita Lions et les angoisses
On a déjà vu bien des exemples de la laçon dont les efloit> d’attention amenaient des agitations motrices et des tics. La timidité, par exemple, c’est-à-dire 1 aboulie sociale, 1 impuissance pour accomplir complètement les actes les plus complexes qui sont les actes sociaux, ne détermine pas uniquement des phénomènes émotionnels, mais elle donne aussi naissance a des décharges motrices. X... a la figure parfaitement calme quand il est seul et il parle correctement; s’il vient me voir et s il xeut me demander quelque chose, il a une agitation invraisemblable de tout le corps et particulièrement de la figure et il bégaxe horriblement. La dérivation est chez lui motrice et il ne ressent pas d’angoisse, c’est en se plaçant à ce point de vue que M. Scholz a pu ranger la timidité dans l’ordre des émotions impulsives’.
On trouvera des faits de ce genre dans tous les tics, dans toutes les agitations motrices qui surviennent, comme on 1 a vu, a la suite d’un effort de volonté ou d’attention. Une preuve intéressante du ride que joue la dérivation dans ces phénomènes secondaires, c’est leur disparition quand on supprime l'effort pour accomplir le phénomène primaire. Uo... a des tics quand elle va à l’école el fait attention ou essaye de faire attention a la leçon; elle a beaucoup moins de tics les jours de vacances. Claire axait des crises d'agitation énorme avant chaque repas parce qu elle essayait de faire une prière avec attention et avec loi. bile est
i. Scliolz, Jteoue de l'hypnotisme, iSya, p. 7.
INTERPRÉTATION DES AGITATIONS FORGÉES
prise dç découragement en voyant : « que la lumière s’éloigne de plus en plus et que décidément elle ne peut plus prendre la pensée de prier ». Elle renonce à cette prière avant le repas, et elle n a plus de crises d’agitation à ce moment.
11 vaut mieux insister sur la formation de l’angoisse qui a pris dans ces études une grande importance. L’angoisse comprend, comme on 1 a vu, deux catégories de phénomènes, des sentiments intellectuels qui tous se rattachent au groupe des sentiments d imcomplétude, sentiment de décadence, de chute, de folie, de mort. Ces sentiments sont en rapport avec l’abaissement vrai du niveau mental, c est lç sentiment de la psycholepsie elle-même. Ils accompagnent 1 incapacité où est réellement le sujet d’accomplir les phénomènes supérieurs de haute tension. En réalité l’angoissé lia pas (ait les actes ni les efforts d’attention, il n’a pas éprouvé les émotions que commandaient les circonstances, il en était incapable et c est celte incapacité, en rapport avec tout un abaissement de 1 esprit qu il sent d’une façon aiguë.
En deuxième lieu 1 angoisse contient des sensations de troubles organiques, ceux-ci nous apparaissent comme le résultat d’une décharge intéressant les appareils des fonctions organiques. Cette décharge est en rapport avec une luite du courant inutilisé par les phénomènes supérieurs.
Des fuites de ce genre sont nombreuses : un exemple bien
frappant nous est donné par l’excitation génitale et la masturbation. Chez h y..., chez Claire et chez plusieurs autres, l’effort pour vouloir et pour penser amène une masturbation. C’est un tort, à mon avis, que d’accuser le sujet et de dire: « la masturbation est venue empêcher son travail ». C’est là renverser les termes : en réalité c est parce que le travail ne pouvait pas se faire que la masturbation se produit comme une décharge de 1 excitation inutilement accumulée. Chez Rk..., le phénomène est bien plus saisissant encore, car il n’y a aucun mouvement que I on puisse accuser d être volontaire. 11 essaye d’appliquer son esprit à un problème de mathématiques, il lui semble qu’il va comprendre, mais il ne réussit pas cl il fait un plus grand effort d’attention. Ace moment une érection se produit sans aucun consentement desa part, suivie d une éjaculation : c’est ici une dérivation viscérale absolument pure.
La décharge peut se faire sur d autres organes d’une manière
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aussi nette. Ou a vu plusieurs de ces malades qui ne peuvent accomplir le coït d’une façon normale et qui se plaignent de n’arriver qu’à des émotions incomplètes. \ oici comment plusieurs expliquent leurs mésaventure : « Ce qui m’empêche d'avoir des rapports normaux avec ma femme, me dit un homme de 3o ans, c’est que, au moment où le désir grandit, il me prend un xiolent besoin d’uriner. Je ne puis y résister et naturellement tout est changé. » Len... commence à être excitée, mais tout d'un coup elle a un besoin irrésistible d’aller à la selle au moment où elle approchait de l’émotion complète. Ici encore e’est renverser les termes que d’expliquer l’arrêt du coït par l’excitation vésicale ou intestinale; l’impuissanceàterminer une émotion forte et précise est l’essentiel, cette impuissance caractérisait déjà toute la conduite du malade, les dérivations sont 1 accessoire.
Quand la décharge se fait sur la poitrine, sur le diaphragme, sur le cœur, elle produit l’angoisse vulgaire. On peut en trouver des exemples intéressants en considérant encore une fois le fait si remarquable de la timidité. Il y a a mon axis un malentendu dans l’interprétation des phénomènes de la timidité. On note il ce propos, camme le remarque très bien M. Hartenberg, une transformation de la conduite : le timide prend des attitudes factices, il devient bourru, hautain, agressil même . les sentiments eux-mêmes sont arrêtés, métamorphosés. « .1 ai. dit Marie BashkirtsefT, des pudeurs qu’on ne s’expliquera peut-être pas, je ne voudrais pas qu on me surprit aimant, admirant quelque chose, enfin j’ai honte d être surprise manifestant un sentiment sincère, je ne puis m expliquer cela. » On altiibui toujours ces arrêts, ces métamorphoses à I émotion d intimidation, on les considère comme des résultats de^ palpitations, des étouffements, etc. Pourqui ne pas admettre que ces phénomènes d’arrêt psychique sont tout naturels au moment où h phénomène devient infiniment plus difficile a cause «le la piesence des témoins. Avoir une émotion sincère devant dix personne est un acte différent, bien plus dillicile que celui d avoir la même émotion quand ou est seul . Il est plus complexe, d ('mande une plus grande puissance de synthèse, une plus haute tension psychologique. Il suffit d’admettre que l'individu, pourune raison antérieure quelconque, est déjà un psychasthénique, cl on com-
Ilarlcnlicrg, Les timides et l<i timidité, [>. fÿi.
INTERPRÉTATION DES AGITATIONS FORGÉES
prendra qu’il ne puisse pas parvenir à cel. acte, à celle émotion supérieure. C’est alors que les diverses angoisses interviendront comme de simples phénomènes de dérivation.
Enfin nous retrouvons ce mécanisme de l’angoisse dans les accidents déterminés par l’ellort d’attention. M. Sanie de Sanctis sous cctilre : « un trouble spécial de l’attention chez un dégénéré », lait la remarque suivante : « Loin de rendre la perception plus distincte, 1 attention rendait la perception obscure, confuse, jetait le chaos dans l’esprit, du sujet et amenait une grande angoisse *. » Cette observation sur l’effort d’attention qui amène l’angoisse peut se répéter presque expérimentalement sur une dizaine de nos malades. Mais chez tous, on observera les deux faits suivants : i° l’angoisse ne se développe que si l’attention est impuissante et n’arrive à constituer aucune idée ni aucune croyance ; 2° si en aidant, en encouragant le sujet on le pousse à dépasser ce point, si on réussit à fixer son attention, à la rendre capable de percevoir le réel, l’angoisse disparait : elle n’était qu’une dérivation en rapport avec l’insulfisance des phénomènes supérieurs,
Les émotions ont un effet analogue : Dob... parle exactement comme Lise, sauf qu’il s’agit chez elle d’excitations viscérales et non de travail mental inférieur : « c’est toujours à propos d’une petite émotion, dit-elle, que l’angoisse devient énorme. Cette petite émotion devrait être le plaisir d’une rencontre, une surprise, une frayeur même. Mais non, mon émotion ne se développe pas ; car tout de suite, j’étouffe, mon cœur bat, mes jambes flageollent, je sens ma tête s’égarer et je suis prise par cette terreur de devenir folle, qui est toujours suspendue au-dessus de moi comme une épée de Damoclès. » On répéterait les mêmes observations chez TJ 1 ... , chez qui tout effort et toute émotion se transforment en angoisse et chez beaucoup d’autres dont nous avons cité des des exemples.
J’ai insisté sur cette interprétation de l’angoisse et j’ai ajouté de nouveaux exemples de la transformation de ces phénomènes psychologiques supérieurs en angoisses à tous ceux que j’avais déjà cités, car je considère cette question comme très intéressante en psychiatrie. On fait jouer un rêle considérable à l 'émotivité', maison ne paraît pas se rendre bien compte de ce qu’est l’émoti-
i. San te île Sanctis, Bollelino delta Soc. lanciana degli Ospedali di Roma, XVI,
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vite. 11 ne finit, pas se borner à en faire une exagération <le 1 émotion normale. Car il en résulterait que les émotifs ont une supériorité sur les individus bien équilibrés, qu ils sont capables de plus de finesse et de délicatesse dans les sentiments. Or cela n'est pas exact, l’individu considéré au point de vue pathologique comme un émotif n’a pas une sensibilité morale plus délicate, il a au contraire des émotions inférieures et plus grossières. Ce qui le caractérise, c’est qu’il est un faible, un insuffisant, non seulement au point de vue de la volonté ou de l’attention mais souvent même au point de vue de la sensibilité morale, de I émotion elle-même. L’émotivité n’est chez lui qu une disposition a remplacer les phénomènes supérieurs par de grossières excitations viscérales.
— La dérivation dans la rumination mentale.
Les mêmes observations peuvent être faites à propos de la rumination mentale qui n’est qu’une dérivation vers des phénomènes mentaux d’ordre inférieur. L’essentiel de la rumination mentale, c’est ce développement de pensées sans valeur réelle, sans rapporta l’action, sans certitude, en relation avec le passé, l’avenir ou l’imaginaire et non avec le présent. Ces pensées, étrangères à notre personne, à notre présent, a notre action, semblent n’avoir aucune liberté, être imposées du dehors. Elles ont donc tous les caractères des phénomènes inférieurs de basse tension.
Cette agitation mentale qui remplace « I attention a la vie » me paraît d’une grande importance : son étude permettra de comprendre bien des phénomènes qui excitent a tort 1 admiration. On a beaucoup parlé récemment de la prétendue excitation mentale des mourants n, de leur vue panoramique du passé et on en a cherché bien des explications. Sans pouvoir insister ici sur ce point, je signale en passant celte hypothèse simple: cette prétendue excitation ne survient-elle pas au moment ou par le choc, par l’asphyxie, la conscience est très abaissée, au moment où les efforts réels pour se sauver sont impuissants et supprimés et ne pourrait-elle pas être un fait analogue au mentisme, a la rumination, c’est-à-dire une dérivation de 1 activité mentale dont la tension est abaissée vers des phénomènes très inférieurs ?