‹ Les obsessions et la psychasthénieChapitre 254 sur 352 · I. Egger, Revue philosophique. i8yG. 1. p · texte numérisé non relu

I. Egger, Revue philosophique. i8yG. 1. p

INTERPRÉTATION DES AGITATIONS FORCÉES

C’est surtout dans l’étude de nos malades que l’agitation mentale se présente comme une simple dérivation. Nous le constatons encore chez les timides : pourquoi donc M. Hartenberg1 n’admet-il pas de timidité intellectuelle? « Il faut, dit-il, qu’il y ait toujours dans la timidité une émotion objective organique. » Ce n’est point mon avis : l'essentiel de la timidité, ce n’est pas la forme de la réaction consécutive à la suppression de l’acte, c’est l’aboulie sociale, c’est-à-dire la suppression ou la réduction de l acté quand il doit être accompli devant des hommes, et il y a des timides à dérivation individuelle. « Je veux être bonne, dit Nadia, je veux être aimable, être polie, et je ne peux pas. Je pense toujours aux conséquences, c’est ce qui me paralyse : il me prend des envies de rêver, de me .plaindre vaguement du destin toujours contre moi ; je me mets à rechercher si j’ai été polie la dernière fois avec cette personne. Et en rêvant à tout cela, je reste aujourd’hui devant elle sans rien dire, glacée, paralysée et très impolie. » La même personne joue très bien du piano quand elle est seule, mais elle ne peut jouer devant quelqu’un « parce que son esprit est distrait de la musique par le souvenir d’une foule de serments et de promesses ». Mw... ne peut pas monter à bicyclette s il y a quelqu'un d’étranger avec elle « parce qu’elle est obligée de faire des serments à chaque arbre, à chaque poteau télégraphique qu’elle traverse ». On retrouve dans ces paroles la même interprétation fausse déjà signalée : c’est l’acte réel qui n’est pas accompli dans sa plénitude et c’est la rumination qui vient ensuite comme dérivation.

Il en est de même si on examine les efforts d’attention. Jean est au travail et essaye de s’intéresser à ce qu’il lit, il fait effort, il se tend pour ainsi dire, il est probable que la tension de son système nerveux augmente, il va comprendre et apprendre quelque chose, c’est à ce moment qu’il se produit une fuite et que les évocations psychiques, le fou rire cérébral, les conjurations contre le mauvais sort sé déchaînent d’une manière irrésistible « C’est drôle, dit Red..., depuis quelque temps que je ne peux plus faire attention et mes idées n’ont aucune suite. Je ne suis tranquille que si je ne cherche pas à faire attention. À l’église j’essaye de prier avec attention et confiance, et voici que ma foi s’ébranle. Je me demande s’il est vrai que Dieu voit tout ce que

i. Hartenberg, Les timides et la timidité, p. 181.

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je fais ; je me demande pourquoi les descendants d Adam et <1 È\e ont une' nature si difformité de celle de leurs premiers parents ? Pourquoi dégénérons-nous puisque nos premiers parents étaient bons? Que sera-ce alors dans les temps futurs? Pourquoi Dieu nous a-t-il rendus responsables des fautes d Adam et d Èye ? J ai l’impression que je tombe dans le fatalisme, qu'un destin p< sur moi cl m’empêche de penser comme je le veux. Kl moi qui voulais simplement faire une petite prière et me sentir confiante ! » On a remarqué avec raison qu’il y a dans ces phénomènes une exagération de l’association par contraste'. Mais l’exagération de cette association est déjà une marque d’activité mentale inferieure qui se substitue à une activité de tension plus élevée.

Enfin je rappelle seulement ce qui a déjà été longuement démontré, c’est que l’émotion qui s’arrête se transforme en rumination. Lise raconte très bien comment toute émotion, un ennui ou même un plaisir, détermine ses rechutes. « Cela commence par une petite émotion, on dirait quelle va grandir mais tout d’un coup elle s’arrête, elle ne va pas jusqu’à moi, il me semble qu’elle disparait et je reste plongée dans mes idées. » C’est cette même malade qui, dans les douleurs de l'accouchement, ne trouvait qu’une seule chose de terrible, les interminables idées que

ces douleurs amènent avec elles.

Pour montrer que dans ces cas, la rumination mentale est la conséquence de l’arrêt des phénomènes primaires, attention ou émotion réelle, il faudrait répéter les mêmes arguments que précédemment. Cette rumination ne survient que si le phénomène primaire s’arrête et on peut toujours constater avant qu elle ne survienne des signes de cet arrêt. Nous avons montré que le sentiment de « déjà-vu » est un signe de cette absence de réalité dans la perception, on a souvent noté que ce sentiment est suivi par de l’agitation mentale : « Pendant un moment, dit M. Lalande, j ai eu l’impression que j’avais déjà vu tout cela et il se produisit dans mon esprit un tel tourbillon de souvenirs et d’images que je crus devenir foui. 2 3. » On note toujours ce tourbillon de pensées a la suite des doutes, des sentiments de dépersonnalisation0.

Au contraire, si le phénomène primaire arrive a se développer,

i. Paullian, L’activité mentale et les éléments île. l’esprit, p. 3 4 a (Paris, K Alcan).

•2. Bernard-Leroy, L'illusion de fausse, reconnaissance, p. i a6 « Paris. 1 . Alcan).

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