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La systématisation de la dérivation

Le principe de la dérivation nous a expliqué d une manière générale comment les diverses agitations de l’esprit et du corps, les excitations viscérales qui forment les angoisses n’étaient que

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(les dépenses, des dérivations d’une force inemployée à cause de la suppression des phénomènes supérieurs. Cela ne suffit pas pour rendre compte des formes toutes particulières que prennent dans

chaque cas déterminé ces dérivations.

Quelquefois ces dérivations restent vagues et diffuses, on a vu la fuite des pensées, le mentisme qui correspond à l’excitation (h If u se de la pensée, l’agitation motrice indéterminée et l’angoisse difluse, mais le plus souvent des manies mentales, des lies, des phobies spéciales remplacent ces agitations diffuses. L opération qui joue le rôle de dérivation reste inférieure, mais elle prend une apparence systématique toujours la même, c’est ce que j appellerai la systémation de la dé idéalisation .

(.elle systématisation me parait se lormer assez facilement par la simple é\olulion de la maladie, elle résulte de trois principes génci aux qui déterminent la nature des phénomènes du psychasthénique.

I.a première raison de cette systématisation me parait être simplement la prédisposition individuelle : chacun de ces sujets réagit a la maladie d une manière particulière suivant sa nature et son éducation. Ainsi il ni a semblé que 1 on rencontrait plus d angoisses et de phobies chez les malades de l’hôpital ayant peu d éducation intel leetuclle et que l'on rencontrait plus de. manies mentales chez les malades de la ville habitués aux exercices de 1 esprit. De même on rencontre plus de tics chez les sujets jeunes que chez les sujets âgés.

Le second principe est le principe de l’habitude. Bail disait autrefois 1 : « I.a folie du doute est essentiellement caractérisée par une sorte de prurit cérébral, que rien ne peut satisfaire, la répétition des mêmes actes, des mêmes questions et des mêmes pensées tient à un phénomène organique qui ramène sans cesse les mêmes impressions. » Cette réflexion est très juste et nous aurons à l’utiliser encore en parlant des obsessions. L’état pénible déterminé par l 'insuffisance psychologique est toujours le même, et chaque fois qu’il se représente il dispose le sujet à recommencer exactement les mêmes pensées. Cela est d’autant plus vrai que le psychasthénique, dans cet état, est plus que jamais un individu sans volonté, incapable de modifier son état mental et d échapper a la tyrannie des impressions qui ramènent les

i. Bail, Revue scientifique, i88«, IJ, |j. /( G.

TUKOlilES PATJIOr.KNlQUES

mêmes idées. Précisément parce qn il est toujours 1res disposé à céder à l’habitude; il y obéit plus que jamais dans les dérivations cl quand il a commencé une lois une crise d une manière il y a bien des chances pour qu’il lasse toutes les autres sur le même modèle.

Le troisième principe sera celui de la meilleure adaptation possible : il est nécessaire de l'expliquer davantage. I.e point de départ de la crise est une action insuffisante et cette adaptation incomplète s’accompagne de sentiments d’incomplétude extrêmement pénibles. Il y a là un état d’inquiétude très douloureux, qui pousse le sujet à chercher par tous les moyens possibles a en sortir. Cette douleur ne nous a pas paru être suffisante pour déterminer il elle toute seule toute la dérivation ; mais 1 agitation mentale et physique existant réellement, cette douleur que ressent le sujet doit jouer un rôle pour la diriger en tel ou tel sens. Le sujet est mal à son aise et en même temps son esprit est agité, se remplit de pensées de toutes espèces. Dans quel sens vont se diriger ses pensées? Les pensées vont être orientées vers la considération de ce malaise et vers la recherche des moyens pour en sortir ; les agitations vont être dans la mesure du possible, un effort pour parvenir à l’adaptation complète. Elles n arrivent pas au résultat à cause de l'insuffisance mais elles vont être aussi près que possible de cette adaptation.

11 en résulte que, sauf dans les cas de grande confusion, les dérivations vont toujours avoir un certain rapport avec le phénomène primaire qui n a pas pu être achevé. Si le point de dépai t est un acte insuflisant, il y aura dans la dérivation des efforts intellectuels et physiques en rapport avec 1 acte. S il s agit d une idée sur laquelle la certitude a été impossible, il y aura un travail eu rapport avec la recherche de la certitude; c'est lace qui donne naissance à des tics et à des manies particulières.

Le premier de ces principes semble déterminer d une manière générale la disposition aux grandes catégories de réaction. 11 est bien difficile d’expliquer autrement que par des dispositions individuelles la manière dont un homme réagit à 1 inquiétude, soit par des agitations physiques, soit par des angoisses viscérales, soit par des ruminations mentales. Nous retrouverons davantage l’application des deux autres principes dans les formes particulières que prennent chacune des réactions.

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.'iOI

Les angoisses présentent peu de systématisation, les différences qu’eHes présentent tiennent plutôt à la différence des objets qui servent de point de départ à la crise, différence que nous avons étudiée sous le nom de spécialisation de l’insuffisance. Ainsi, les algies forment un groupe de phénomènes assez distinct, leur caractère distinctif n’est pas du à une modification de l’angoisse fondamentale, mais à l’association de cette angoisse avec les sensations provenant d’une partie déterminée du corps. 11 en résulte que les algies sont ou peuvent être plus continues que les autres phobies, puisque leur cause est toujours présente. On peut dire aussi que cette intervention d’une partie du corps détermine quelque modification du phénomène : les angoisses liées avec des sensations cutanées comme dans les diverses dermatophobies contiennent plutôt du prurit, celles qui sont liées avec les son-, sations fournies parla poitrine ou par le cœur donnent une place plus importante aux étouffements, celles qui sont en rapport avec les organes sexuels renferment souvent des sensations spéciales d’excitation, comme on l’a vu, dans la maladie de Jean, fa systématisation ici se rapproche beaucoup de la spécialisation.

Dans les diverses phobies intervient aussi beaucoup la pensée de l’acte qui sert de point de départ. Quelquefois il y a au début un sentiment particulier d incomplétude qui donne à l’angoisse une nuance spéciale, les agoraphobes ont souvent avec leurs angoisses le sentiment d’être isolés, d’être absolument seuls au monde, d’être en dehors de l’univers (Cas...). D’autres sentiments d’humiliation (Vol...), de crainte, de colère, peuvent modifier l’angoisse fondamentale. Je remarque en effet que chez quelques personnes, comme Cos... (177), femme de 44 ans et Vod..., probablement à cause d’un caractère irritable antérieur, l’angoisse donne au sujet l’impression qu’il est en colère. Ce fait est loin d’être insignifiant ii cause des obsessions que le sujet ne va pas tarder à en tirer.

Enfin dans certains cas, le malade prétend éprouver une émotion tout ii fait spéciale. Nous avons vu la description singulière de ce que Cae... appelle « l’émotion du chien enragé », émotion qui vient remplacer tous les sentiments en rapport avec la réalité. L’analyse de cette émotion du chien enragé nous montre cependant les mêmes troubles de la respiration et du cœur « une crispation des nerfs, un petit tournoiement du ventre et le sentiment qu’un chien lèche le bout des doigts ». Il n’y a guère en réalité que cette dernière sensation qui soit bien spéciale. C’est une

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interprétation intellectuelle, comme on en verra dans 1 éludé des obsessions, qui vient systématiser I angoisse.

Les manies mentales sont le phénomène de dérivation le mieux systématisé et qui semble présenter la plus grande variété. Cette systématisation me parait dépendre du troisième principe: l'effort vers la meilleure adaptation possible. Si au point de départ de la crise il s’agit d’une action à accomplir le sujet gardera l'habitude d’avoir un'cerlain nombre de ruminations qui concernent les actes, il présentera la mahie de la délibération, toutes les manie-, qui

ont rapport aux précautions etaux procédés, la manie de la lenteur, la manie de la répétition, du retour en arrière, la manie de la perfection, de surveillance de soi-mème, la manie des serments. < tc.

S’il s’agit d’un acte négatif, c’est-à-dire d’une action à repousser, ces mêmes manies présenteront une légère variante : ce seront surtout les manies de compensation, les manies de réparation, les pactes pour se menacer de quelque danger si on se laisse aller à l’action, les manies d’expiation et de conjuration.

Si au début de la maladie il s’agit surtout d'idées, de croyances, d’efforts d’attention qui n’aboutissent pas, nous rentrerons dans le groupe des manies de précision; ce seront les manies do la répétition, de l’ordre, du contraste, du symbole, qui joueront

le plus grand rôle. Dans ces manies à point de départ intellectuel

il faut encore tenir compte de ce fait que 1 esprit se préoccupe davantage du passé, du présent ou de l’avenir. S il s agit du passé, nous aurons des interrogations, des recherches indéfinies du souvenir, des manies de remémoration ; s il s agit du présent, nous aurons les manies d’interrogation du sort. S il s agit de l’avenir, surviendra la manie des présages, des pressentiments, etc. Une inquiétude plus grave au point de départ, chez un esprit plus cultivé, donnera lieu aux manies des explications et aux manies de l’infini.

Or, les malades sont plus ou moins disposés a penser de telle ou telle manière : nous avons déjà remarqué comme un fait singulier queXyb...vit toujours dans le passé et Mw... dans 1 avenir. Il en résulte tout naturellement que la (orme de leurs manies sera un peu différente et se systématisera dans tel ou tel sens. Bien entendu le même sujet peut passer par la plupart des manies et, suivant qu il s’agit d’une hésitation sur un acte ou d'une absence de croyance, il aura la manie des procédés ou la manie des interrogations; mais

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il arrive très souvent que les premières crises établissent d’une manière a peu près définitive la forme des manies et que plus lard les crises nouvelles, même déterminées dans d’autres conditions, conservent sous l’influence de l’habitude la forme des premières.

Les tics sont des dérivations motrices systématisées, ce sont de petits mouvements qui reproduisent en les réduisant certains actes. La raison principale de cette systématisation me parait être dans les manies mentales précédentes qui accompagnent toujours au moins en germe le développement des tics. Le premier groupe, le plus simple, est celui des efforts, ce sont des crises de grande

agitation qui ne sont que légèrement systématisées par une idée directrice, celle de faire un effort. On voit la ce travail pour parvenir a I adaptation sur lequel j’ai insisté. Nous trouvons ensuite les tics de perfectionnements qui sont tous inspirés par les manies de précision, comme on le voit dans les tics de se tâter, de se toucher le corps, de remuer les yeux pour savoir s’ils sont égarés (UI...), de secouer la tête pour savoir si on y a du mal.

D autres sont en rapport avec la manie du symbole « fermer le poing c’est comme si je disais : je ne crois pas en Dieu » (Lod...), « se gratter le nez, c est comme si on se laissait aller au plaisir génital » (Jean). Un très grand nombre de tics sont en rapport avec la manie des procédés comme les éructations de Rai... qui veut ainsi mieux respirer.

Nous avons vu ensuite les tics de défense, les mouvements pour repousser, le petit « hem, hem », pour cracher une épingle de la gorge, l’écartement des jambes de Jean pour lutter contre la masturbation, les manies de compensation et de réparation y jouent un grand rôle.

On pourra facilement appliquer ces quelques principes à la description des nombreuses manies et des tics que nous avons cités. On verra toujours comment l’effort du sujet, pour échapper aux sentiments d’incomplétude, se combine avec la situation donnée pour former cette systématisation.

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