L’INTERPRÉTATION DE L’IDÉE OBSÉDANTE
tentement de la conduite. Il est trop évident que les sentiments d’humilité, de honte sont le point de départ des obsessions de la honte de soi et de la honte de corps.
Les idées criminelles ont la même origine. Dob... dans un wagon de chemin de 1er, se sent si peu maîtresse de sa volonté qu elle se demande si sa main ne va pas malgré elle ouvrir la portière. De là ii penser que 1 on est capable de commettre un crime il n’y a qu'un pas. Bien souvent les malades qui prétendent être poussés à l’homicide ou au suicide expriment simplement par là le sentiment qu’ils ont de leur faiblesse de volonté. Bien entendu, la manie du contraste joue un rôle et les crimes inventés sont ceux qui sont les plus dangereux dans la situation du malade : la caissière a des impulsions à voler, le musicien « a faire exprès des fausses notes à l’orchestre de l’Opéra ».
Très souvent le malade se rend compte que ce crime n est pas présent et par les manies de remémoration, de recherches flans le passé, il les transforme en remords. Il cherche avec une ardeur incroyable où et comment il a bien pu tuer quelqu un il y a quinze jours, ou bien il invente tout un délire rétrospectif flans lequel ses maîtres auraient abusé de lui à I école primaire. Rk... va plus loin encore et il cherche si a 1 âge de quatre ans, quand il venait avec sa petite sœur de un an moins âgée dans le lit de son père, il n’a pas attenté à la pudeur de celle-ci. Déjà dans ces cas l’obsession s’éloigne un peu du sentiment initial, mais ce n’est qu’une apparence. Quand Kl... est obsédé par la pensée que son enfant n’est pas de son mari, il est évident qu’elle dissimule un remords génital, c’est comme si elle se demandait si elle a trompé son mari, et eette question qu’elle ne précise pas dans son esprit résulte du sentiment qu’elle a de ne plus être maîtresse de sa volonté.
Les sentiments d’incomplétudc intellectuelle qui sont si nombreux et si intéressants deviennent le point de départ d’une foule d’obsessions qui semblent tout à fait incompréhensibles si on ne se reporte pas à ce début; je n’en signalerai que quelques exemples. 11m... ( 1 35), femme de ai ans, qui vient d’accoucher il y a trois mois, est obsédée pas la pensée que son enfant est un monstre; quand elle le voit, elle constate qu’il est normal, mais dès qu’elle le quitte des yeux, elle pense qu’il présente les difformités les plus extraordinaires. Fatiguée par la grossesse, elle a eu des troubles
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de perception « le monde me paraissait drôle, je ne pouvais pas mettre le monde à sa place, il y avait quelque chose de dérangé qui m’empêchait de voir les choses comme elles étaient... » Puis elle eut, comme phénomène de dérivation, la manie mentale d’interrogation. Cette manie était systématisée par le sentiment précédent. « Comment cela se fait-il qu’il y a du monde, pourquoi et comment y a-t-il des arbres, comment les bêtes ont-elles cette figure étrange? » L’enfant naquit sur ces entrefaites et, l'attention de la malade se fixant sur lui, fit naître à son propos les inquiétudes et les interrogations précédentes. Le trouvant étrange, s’interrogeant à son propos pour savoir comment et pourquoi il avait cet aspect bizarre, Uni... en vint tout naturellement à la conception qu’il était un monstre étonnant.
Le même mécanisme se retrouve dans bien des cas, We... n’a pas seulement l’obsession de la vocation manquée en rapport avec les sentiments d’incomplétude volontaire, elle a une obsession assez fréquente V obsession de la signification . Elle croit que tous les objets, les plus petits événements ont un sens mystérieux, qu’il lui faut chercher. Il nous faudra plus tard reprendre l’étude de cette pensée à propos des mystiques. Chez cette malade l'explication de cette obsession est fort simple et elle la donne ellemême : « que voulez-vous, dit-elle, il y a si longtemps que je vois les choses d’une manière drôle, bizarre, pas naturelle ; je ne puis plus m’empêcher de croire qu’il y a quelque chose là-dessous, vous en feriez autant si vous voyiez toutes les figures de vos amis vous faire des grimaces ».
L’obsession idéaliste de Rk... qui spécule sur « l'irréalité du monde », l’obsession psychologique de Mb... qui recherche « la différence de certitude entre la vue et le toucher » n'ont pas d’autre origine que ce sentiment de rêve à propos de la perception.
Ria..., après une opération chirurgicale, a trouvé que les objets avaient un aspect étrange; comme elle est fort ignorante elle ne s’est pas élevée jusqu’à la conception de 1 idéalisme, elle s est bornée à accuser ses yeux et elle a une obsession relative à une maladie des yeux « qui fait danser lesobjets. » Dans le même cas Ilot..., jeune fille de 16 ans, arrive à la conception qu elle est absolument aveugle, bien que l’examen de ses yeux montre une vision parfaite. « Mais je vois drôle, cela me fait penser que je ne vois pas ». Le même sentiment d'étrangeté dans la perccp-