Les problèmes de la vie
Je signalerai d’abord les problèmes posés par la vie. Quelles que soient les précautions des parents pour épargner à leurs enfants toute difficulté à résoudre, quelle que soit la prudence du sujet pour n’engager de lutte avec personne et pour ne se mêler de rien, il est impossible d’éviter qu’il ne se présente jamais une décision à prendre, un problème à résoudre. Très souvent, dans une douzaine de mes observations, par exemple, l’accident survient à propos du mariage. Tout a. été si bien préparé que le
is:w
L'EVOLUTION
mariage s’esl. presque fait tout seul, mais cependant il arrive un moment où notre débile doit enlin laire quelque chose lui-même, c’est-à-dire prononcer le « oui » sacramentel. Il laut se décider, décider si « oui » ou « non » on consent à ce mariage : le sujet s’aperçoit alors peut-être pour la première fois de sa vie qu'il doit choisir, conclure et que cela a quelque importance.
Le moment où il s’aperçoit de celte nécessité est plus ou moins tardif. Les uns, ce sont les plus sages, sentent la difficulté avant les fiançailles, les autres, toujours heureux de retarder une décision à prendre, disent « oui » aux fiançailles sans réfléchir et sans se décider simplement, suivant leur habitude, pour ne pas désobliger et ne pas engager de lutte : ils se réservent pour plus tard. La nécessité de la décision leur apparaît au moment du mariage. D’autres attendent plus tard encore, et se laissent marier sans savoir ce qu’ils font, puis se posent la question au moment de l’acte conjugal ou même plus tard encore, après quelques mois de vie commune ils se demandent, si oui ou non, ils acceptent ce mariage. Quoi qu’il en soit de ces différentes époques, une fois la question posée, la situation est toujours la même. Le malade par suite de l’abaissement de sa tension psychologique est incapable d’arriver à une décision. Ses efforts aboutissent seulement a des phénomènes de dérivation, ruminations interminables, folie du doute, angoisses, etc... J’ai cité déjà trop d exemples de ces jeunes filles qui se demandent si elles aiment ou si elles détestent leurs fiancés, de ces hommes qui ne savent pas s'ils pourront s’habituer à leurs femmes pour y revenir ici. M. Savage a décrit quelques-uns de ces « troubles de 1 esprit déterminés a l’occasion des fiançailles ». 11 admet que « ce qui produit le trouble c’est la concentration des sentiments et des émotions vers les organes de la reproduction, c’est 1 accumulation des désirs et des besoins par défaut d’assouvissement1 ». Si j admets 1 importance du fait, j’hésite à admettre I explication : 1 incapacité de prendre une décision en présence d'une situation nouvelle et grave me parait bien plus importante qu’un inassouvissement génital très hypothétique. D’ailleurs le même trouble, comme je 1 ai dit, survient même après le mariage et d'ailleurs il existe dans des actes très différents.
i. G. Savage. Des troubles d'esprit développés & l’occasion des fiançailles. Journal uf mental Science, octobre 1888, Irait, de V. Parant, b'nccphalc, 1888.
LES CONDITIONS MORALES DÉTERMINANTES
Beaucoup d’autres circonstances déterminent le début du mal par un mécanisme analogue à celui que nous venons devoir dans le mariage, par exemple, les changements de situation. Un professeur de l’enseignement secondaire se trouve sur le point d’être chargé d’un cours dans l’enseignement supérieur, un instituteur primaire va être changé de classe et va enseigner dans des conditions légèrement différentes : cela sullit par déterminer des crises terribles de doute et d’angoisse. On a l’habitude de désigner ces phénomènes comme des émotions et de dire que dans ces cas la maladie a une origine émotionnelle. L’émotion me paraît ici secondaire, la question essentielle est de savoir pourquoi un changement de classe est émotionnel : il ne l’est que parce qu’il pose au sujet un problème, qu’il le force à prendre une décision, à faire effort pour une adaptation nouvelle. Des faits de ce genre se présentent assez souvent au début de la folie du doute.
Voici les changements qui, chez mes malades, ont joué le plus souvent un rôle. Le fait de se retirer des affaires détermine la maladie dans deux cas, la nécessité de choisir une carrière intervient dans quatre cas, le problème de la vocation religieuse, entrer ou non au couvent, dans huit cas, le changement de résidence dans trois cas, le changement de fortune dans deux, un héritage embarrassé et des procès dans trois, l’introduction de domestiques nouveaux dans la maison ou le départ de domestiques anciens dans cinq. Peut-être peut-on rattacher au même groupe les embarras moraux causés par un enseignement nouveau et les troubles apportés dans les anciennes croyances par des lectures nouvelles : c’est ainsi que dans deux cas la classe de philosophie a été pour des jeunes gens le point de départ des obsessions.
Un fait qui a une très grande importance au point de vue pathologique, c’est la première communion qui pourrait être rangée à la fois dans ce groupe et dans les suivants. Cet événement impose un effort d’attention qui rend l'acte difficile, il pose des problèmes relatifs à la croyance, enfin il émotionne, c’est ainsi qu’il esl si souvent le point de départ de la première crise d’angoisse ou de scrupule.
Dans un groupe voisin nous placerons les circonstances qui imposent au psychasthénique un effort, une lutte qu’il a toujours évités. Une plaisanterie obscène dans un cas, un reproche sérieux dans trois cas, la nécessité de cacher l’inconduite du mari dans
MO