Les périodes critiques
Au cours de cette longue évolution les phénomènes pathologiques ne sont-ils pas soumis à quelque loi de transformation, ne traversent-ils pas certaines périodes caractéristiques ?C est laqueslion que Legrand du Saulle s’était déjà posée et qu il avait essayé de résoudre par sa théorie connue des deux périodes dont la première était remplie par le doute et la deuxième par le délire du contact. 11 affirmait en un mot que les sujets débutaient par les ruminations mentales puis continuaient par les phobies. C est lii une hypothèse malheureusement inadmissible, beaucoup d auteurs se sont hâtés de montrer la marche inverse, la phobie du contact d’abord, puis au bout de quelques années les ruminations
LA MARCHE DE LA MALADIE
mentales1. J’ai déjà souvent discuté cette question et je crois que les ruminations ou les phobies dépendent de l’état d’esprit du sujet, de son éducation; des circonstances provocatrice et ne se succèdent pas suivant une loi régulière.
Une autre période signalée par Legrand du Saulle est plus intéressante, « ce que je constate, dit-il, c’est que le signe différentiel qui sépare la seconde période de la première consiste dans les révélations absolument inattendues du malade, dans le récit prolixe de souffrances non soupçonnées, dans l’inauguration d un système de questions sans fin, dans la sollicitation réitérée de paroles rassurantes et dans l’extrême facilité avec laquelle une pei sonne de 1 entourage dissipe momentanément les perplexités, en apparence les plus vives 2 ».
Il \ a dans cette remarque des exagérations : le besoin de diiection existe dès le début et lait partie des symptômes de l’insuffisance psychologique. Mais il y a la cependant une observation très juste à propos des révélations des malades. Presque toujouis les malades gardent longtemps secrètes leurs angoisses, ils ont un sentiment vague de n être pas comme tout le monde, une sorte de honte qui les retient ; d’autre part ils sont timides et ne savent pas s exprimer ; enfin la famille fait tous ses efforts pour ne pas voir ce qui se passe et pour ne pas accepter même le soupçon d une maladie mentale. Il arrive un moment où les choses éclatent, où les souffrances du malade le lorcent a parler, h rechercher une direction plus précise. Je n oserai pas dire que ce moment commence une seconde période mais il est certainement très important et presque toujours il est le point de départ d’une recrudescence du mal. Le malade faisait des efforts, pour cacher ce qu’il éprouvait, la cessation de ces efforts lui est nuisible. On pourrait même diviser en deux degrés ce changement indiqué par Legrand du Saulle ; il y a un premier moment oii le malade révèle son mal aune personne déterminée, à un parent, à un prêtre ou a un médecin, maisoù ileontinue à lecacheraux autres, et un second moment beaucoup plus tardif où il éprouve le besoin de raconter ses tourments a tout le monde ; ce deuxième moment est le signe d’une aggravation beaucoup plus considérable.
Une autre loi avait été signalée par M. Séglas « dans bon nom-