‹ Les obsessions et la psychasthénieChapitre 329 sur 352 · LA PROPHYLAXIE · texte numérisé non relu

LA PROPHYLAXIE

condition interdisant le mariage, mais on peut en tenir compte dans In mesure du possible. M. Talbot, dans un article récent sur la dégénérescence et le mariage1, insiste sur le danger des unions consanguines qui accentuent les caractères familiaux. Il fait remarquer à ce propos que ce danger n’existe pas seulement dans les unions entre membres d’une môme famille; il observe que dans les mêmes professions, dans les mêmes milieux se développent les mêmes tares, les mêmes dégénérations à un degré peut-être plus élevé que dans les mêmes familles et que ces tares rendent également dangereuse l’union de ces familles entre elles. J’ai été frappé de cette remarque en voyant le délire il u scrupule se développer dans des familles universitaires, dans des familles de magistrats, où le père et la mère appartiennent au même milieu depuis plusieurs générations. Quand cette tare psychasthénique commence ii se développer, il serait bon non seulement d’éviter les unions consanguines, mais encore d’éviter les unions dans le même milieu moral et de croiser non seulement les races, mais aussi les situations et les éducations professionnelles. Malheureusement ces précautions sont bien difficiles à prendre, par une sorte de fatalité nos futurs psychasthéniques sont souvent séduisants surtout pour des esprits du même ordre. Leur douceur, leur honnêteté exagérée par l’absence de combativité, la subtilité de leurs sentiments et de leurs idées, les rendent souvent sympathiques et ils se cherchent entre eux. J’ai souvent été étonné de l’adresse extraordinaire que déployait un scrupuleux pour découvrir une femme aussi atteinte que lui : faudra-t-il s’étonner ensuite si les enfants sont des obsédés. Il est inutile d’insister beaucoup sur ces précautions que l’on devrait prendre pour relever l’énergie de la race et éviter la chute de la tension jusqu à l'insuffisance ; le médecin sera bien rarement consulté sur ce premier point de prophylaxie.

Le second point de la prophylaxie doit être I hygiène et l’éducation d’un enfant pour lequel on a des raisons de supposer une prédisposition. Ce conseil sera demandé plus souvent que le précédent par les parents qui sont eux-mêmes atteints de troubles psychasthéniques et qui s’efirayent en apercevant les premiers signes de la maladie chez leurs tout jeunes enfants.

i. Dr Talbot, Dégénérescence et mariage. Tlie alienist and nenrologisl, janvier «»99-

LE DIAGNOSTIC ET LE TRAITEMENT

11 n’y ii guère ii insister sur l’hygiène physique, elle doit être celle du futur arthritique, nourriture simple, à mon avis surtout végétale, suppression totale des vins, des alcools et réduction delà viande ; vie au grand air, à la campagne, si possible, habitude des sommeils prolongés en couchant l’enfant de bonne heure ; pratiques d’hydrothérapie.

Au point de vue moral il y a toute une éducation à faire. L'enfant de très bonne heure doit être habitué au mouvement qui est un des grands antagonistes de la rumination mentale, il doit faire beaucoup d’exercices physiques de toute espèce. Mais il faut que ces mouvements 11e soient pas incoordonnés, l’agitation motrice étant pour lui un danger, il faut que ces exercices soient réglés et adroits. Je considère comme essentiel de développer l’adresse des mouvements physiques. Les scrupuleux sont de terribles maladroits qui ne savent rien toucher, rien manier. Il faut habituelles enfants dès le plus bas âge à se servir de leurs membres, à apprendre des métiers manuels, ils doivent savoir travailler la terre, le bois, le papier, faire pousser des plantes, construire des objets, agir sur la réalité.

Un autre caractère de ces exercices est bien plus difficile à faire accepter par les familles : il faut que ces exercices soient jusqu à un certain point dangereux. Les enfants et les jeunes gens doivent apprendre, et apprendre h leurs dépens, à laire attention a la réalité, à surveiller les instruments qu’ils emploient et les mouvements qu’ils font. Ce danger joue un rôle essentiel : quand il a été surmonté il donne aux jeunes gens confiance en eux-mêmes, il remonte leur niveau mental par la satisfaction de la difficulté vaincue. « Le fait de s’ètre trouvé en lace d’un danger, dit très bien M. Mario, et de l’avoir surmonté heureusement est pour l’organisme mental l’équivalent d’avoir résisté à une infection pour l’organisme physique. Il crée en même temps un pouvoir défensif qui permet de résister à de nouveaux et plus graves dangers1. » 11 résulte de ces remarques que ces enfants doivent être habitués à agir seuls à leurs risques et périls : il faut de très bonne heure dans une foule de circonstances les abandonner a eux-mêmes, les laisser se promener et même voyager seuls. La nécessité les forcera à s’adapter aux circonstances, à devenir pratiques, ce qui est l’antipode du scrupule ou de la phobie.

i. Marro, La puberté, j>. 4a5.

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