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I. Séglas, Maladies mentales, p. Ci

INTERPRÉTATION PATHOLOGIQUE DU SYNDROME

mômes circonstances, fâcheuses mais plus graves, plus prolongées produiront le même effet sur des individus cjui apportaient peu de prédispositions congénitales.

Ces caractères sont ceux qui appartiennent à toutes les maladies dans lesquelles les prédispositions héréditaires jouent un râle. Puisque l’on considère l’hystérie, l’épilepsie, le délire des persécutions comme des maladies, il me semble juste de dire de même que la psychasthénie n’est pas uniquement une bizarrerie du caractère ou une dégénérescence, mais que c’est une maladie dont il reste à déterminer le caractère.

lout en faisant de la psychasthénie une maladie, beaucoup d auteurs hésitent à en faire une maladie spéciale et distincte des autres, ils essayent de rattacher ces symptômes à d’autres groupes pathologiques. Voici une opinion exprimée’ autrefois par Bigot et qui est encore reproduite souvent d’une manière plus ou moins explicite : « la folie raisonnante, disait-il, n’est ni un genre, ni une espèce, mais une variété de la période transitoire de la raison au délire qui se trouve dans tous les genres et dans toutes les espèces d’aliénation mentale et qui même ne mérite ce nom de variété que lorsque le caractère équivoque se fait remarquer P31’ une trop longue durée, qui laisse au second plan la période d é\idence du délire... c est une sorte de phase incertaine mêlée inégalement de délire et de raison '. » Certainement beaucoup de maladies mentales ont une période prodromique, dans laquelle il y a de la confusion, de la tristesse, des rêveries et même des idées irrésistibles dont le malade ne se sent pas le maître. Mais si on veut bien faire l’analyse psychologique de ces piodromes, on n y verra pas les caractères de l'insuffisance mentale de l’obsédé, de cette insu distance si particulière qui ne porte que sur les fonctions du réeletqui laisse intactes les opérations intellectuelles proprement dites. Dans les prodromes des maladies mentales, il y a pl u tôt de la confusion mentale, ce qui est tout autre chose. En outre, on trouvera dans ces prodromes les caractères propres a la maladie mentale qui commence : la démence spéciale de la paralysie générale, la douleur morale de la mélancolie n’appartiennent pas à la symptomatologie des

i. \ . Bigot, Des périodes raisonnantes de l’aliénation mentale. Revue scientifique, 1877, I, p. 1243.

7K0 LA PLAGE DE LA PSYCHASTHÉNIE PAKMI LES PSYGHO-NÉVHOSF.S

obsessions. Enfin des prodromes ne peuvent pas durer dix ans et nous voyons l’ensemble des symptômes de nos malades se maintenir dans le même sens pendant dix et vingt ans.

Je n’admettrai donc pas non plus des opinions comme celle de Lasègue qui rattache les obsessions à la mélancolie perplexe. Des obsédés peuvent aboutir à la mélancolie anxieuse, mais c'est là une complication de leur maladie et l’on voit bien qu'ils changent de caractère : il n’ont plus de véritables ruminations, ils ne s'interrogent plus véritablement, ils souffrent et gémissent avec une agitation vague qui a supprimé les caractères spéciaux précédents.

Je serai beaucoup plus embarrassé en présence des opinions analogues à celle de M. Arndl, de M. Morselli qui appellent cette maladie « paranoïa rudimentaire ». On peut dire, en effet, que les obsessions sont très voisines des délires systématisés, eu particulier du délire de persécution : j’ai déjà fait remarquer ce voisinage. Il n’en est pas moins vrai que l’évolution d un délire de persécution avec la conviction allant jusqu’aux actes, la svstématisation croissante, les hallucinations auditives, est loin d'être la même que celle delà maladie des obsessions. Il est probable, quand on connaîtra mieux le délire de persécution, qu'on lui trouvera un début analogue à celui de la psychasthénie, avec une certaine modification psychologique qui lui donne une autre évolution et en fait une variété distincte.

Le groupe des maladies dont la psychasthénie se rapproche le plus est celui des névroses dans lesquelles nous observons les mêmes symptômes d’épuisement nerveux et un état mental analogue. Morel disait déjà que le délire émotif est plutôt, une névrose qu’une psychose, Meynert 1 admettait que cette maladie appartient au complexus de l’hystérie et de l’hypocondrie. M. Haskovcc remarquait que « l’étiologie et la pathogénie des phobies et des idées fixes étaient les mêmes que celles de ce grand groupe de lésions fonctionnelles du système nerveux que nous désignons sous le nom de névroses2». Mais il est admis aujourd’hui que les névroses sont en majeure partie le résultat de troubles fonctionnels de l’écorce cérébrale, troubles se mani-

1. Meynort, Uobcsr ZwangsvorsteUungcn. Wien. klin. Wochenschrift. 3 mai 1888, P- »°9-

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