‹ Les obsessions et la psychasthénieChapitre 348 sur 352 · Haskovcc, op. cit., p · texte numérisé non relu

Haskovcc, op. cit., p

INTERPRÉTATION PATHOLOGIQUE DU SYNDROME

Testant par des perturbations psycho-physiologiques, on ne peut donc pas les opposer trop complètement comme on le faisait autrefois aux psychoses. Aussi peut-on dire justement avec MM. Pitres et Régis que la psychasthénie se rattache aux états mixtes, que c’est une psycho-névrose.

Pour préciser maintenant sa place parmi les psycho-névroses il faut voir ce qui la rapproche ou la distingue des formes voisines. Je ne reprendrai pas ici la comparaison des névroses au point de vue du diagnostic qui a déjà été faite dans un chapitre précédent, j’insiste seulement sur les conceptions générales que l’on peut se faire de ces diverses névroses et sur les relations que présentent entre elles ces diverses conceptions générales.

J’ai déjà montré les rapports étroits de la psychasthénie avec l’épilepsie. Je crois que dans les deux maladies il v a des oscillations considérables du niveau mental et que des abaissements ou des chutes de la tension psychologique ou nerveuse entendue comme il a été dit jouent dans les accidents de ces deux névroses le rôle principal. Mais dans l’épilepsie, autant que nous pouvons le savoir, cette chute est considérable et momentanée. Elle va jusqu’à la perte complète de conscience pendant un temps assez court, ensuite la tension se relève non pas sans doute d’une manière complète, mais d’une manière suffisante pour que le sujet se sente à peu près normal et ne se plaigne pas d’ordinaire de ces sentiments d’incomplétude qui sont si caractéristiques du psychasthénique. Les phénomènes de dérivation se retrouvent, je crois, dans les convulsions de l’accès : ils sont violents et d’ordre tiès élémentaire, c est-à-dire que la dérivation ne se lait pas sous forme de ruminations mentales, phénomène conscient et relativement supérieur, ni sous forme d’états émotifs conscients, ni sous forme de ces mouvements encore à demi intelligents qui sont les tics, mais sous la forme des mouvements les plus élémentaires. Dès que ces caractères de l’accès épileptique diminuent, dès que la chute de tension est moins grande, mais se prolonge plus longtemps, quand les dérivations sont moins élémentaires, on voit apparaître des délires épileptiques qui se rapprochent beaucoup des phénomènes psychasthéniques. Quelques-uns d’entre eux déterminent des sentiments d’incomplétude, des doutes sur la réalité de la personne et du monde extérieur tout à fait identiques à ce qui existe chez les obsédés. Sans voir dans cette proposition autre chose qu’une image destinée à montrer les rap-

poi ls apparents de ces deux psycho-névroses, il nie semble que l’état psychasthéniques est une épilepsie atténuée et chronique.

Les rapports de la psychasthénie et de 1 hystérie sont intéressants et instructifs. Au premier abord les deux maladies semblent être assez voisines : l’aboulie, I aprosexie existent dans 1 une

comme dans l’autre, il y a dans les deux névroses une diminu tion de l’activité nerveuse et mentale. Cependant Morel remarquait déjà que le délire émotifse rapproche plus de la neurasthénie que de l’hystérie. Beaucoup d’auteurs ont déjà remarqué de même la grande différence clinique qui sépare la psychasthénie de l’hystérie. J’ai beaucoup insisté pour faire ressortir cette opposion qui me semblait curieuse : en voici les principaux points. Le psychasthénique est surtout un incomplet dans tous ses phénomènes pathologiques, il a desimpulsions mais elles ne s’exécutent pas, il a des hallucinations mais elles ne paraissent pas réelles et il n’est jamais trompé par elles, il a des idées obsédantes mais il sait qu’elles sont fausses et il est le premier à les mettre endoute. il a des périodes d’agitation et des périodes d'immobilité, mais il ne va jamais jusqu’à l’attaque ni jusqu’au sommeil, ces crises n’amènent jamais l’amnésie, il se sent dédoublé mais il n a jamais de subconscience et il sait toujours très bien ce que pense la seconde personne. Ce caractère d’incomplétude se retrouve encore dans les phénomènes normaux qu'il a conservés, il ne sent pas bien, il ne se souvient pas bien, il ne fait pas bien attention, il n’agit, pas bien, mais il n’a point d’anesthésie complète, ni d’amnésie, ni de paralysie. En un mot il est incomplet toujours et partout, mais jamais il ne va plus loin que cet état d insuffisance générale ; il a surtout un « voile sur la pensée » qui obscurcit les phénomènes psychologiques supérieurs, qui les diminue partout, mais qui ne détermine nulle part de lacune précise ou prolonde.

L’hystérique présente sur tous ces points des différences importantes : d’une part, les phénomènes que l’hystérique a conservés sont tout à fait complets et vont jusqu'à la fonction du réel : le malade ne doute ni de sa personne ni des choses extérieures. Bien mieux ces phénomènes conservés sont plutôt trop développés, le sujet exécute complètement ses idées impulsives, si complètement et si facilement même qu’il suffit de lui inspirer une idée pour qu'il la transforme en acte, il développe ses images jusqu a l'hallucination complète et il suffit d'une suggestion pour que celte hallucination surgisse, il arrive très facilement a la convie-

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tion extrême. D’autre part, l’hystérique pousse aussi à l’extrême les phénomènes négatifs et il présente dans son esprit de véritables lacunes : il a des anesthésies, des amnésies, des paralysies, des subconsciences véritables. Sans doute ces lacunes ne portent d ordinaire que sur la conscience personnelle, mais cette conscience même présente des lacunes qui n’existent pas chez l’obsédé.

A quoi tiennent ces différences remarquables? A un fait capital que présente I hystérique et qui n’existe pas chez le psychasthénique, au rétrécissement du champ de la conscience. L’hystérique restreint son activité mentale, se concentre en quelque sorte sur quelques phénomènes, il en résulte que les phénomènes conser- \és ne sont pas abaissés, incomplets, mais qu’ils sont plutôt trop développés et que les phénomènes négligés s’effacent de plus en plus et disparaissent de la conscience personnelle. Ce qui caractérise 1 hystérie c’est ce rétrécissement, cette localisation sur certains points de la force subsistante. La faiblesse mentale se manileste dans cette maladie comme faiblesse de synthèse, tandis que dans la psychasthénie elle se manifeste par un abaissement général de tension et par la simple diminution des fonctions supérieures ou fonctions du réel à peu près sur tous les points. Si 1 on peut ainsi dire, la réduction de la conscience semble se faire géométriquement chez le premier, en réduisant le nombre des fonctions conservées, dynamiquement chez le second en îéduisant la force, la perfection de tous les phénomènes. Sans doute il y a quelques cas de transition: le plus curieux me semble constitué par 1 étatd esprit de certains extatiques, mais en général cette différence entre les deux psycho-névroses est très nette.

Beaucoup d auteui's rapprochaient les obsessions, la folie du doute, les phobies, de la neurasthénie (Westphal, Krapelin, Ki afft-E bing, Morselli, \ entra, Bouveret, Levillain, Féré , Mathieu , etc.) Récemment les auteurs, qui ont essayé de constituer comme maladie distincte la névrose d’angoisse, ont voulu la séparer de la neurasthénie et même l’y opposer. Les conceptions de M. Freud ' sur ce point ont été très bien résumées et discutées dans le travail de M. Hartenberg sur la névrose d’angoisse1 2.

1. S. l'reud (de Vienne), Sur la légitimité do séparer de la neurasthénie un syndrome défini sous le nom de névrose d’angoisse. Neurol. Centralblalt, i8g5, p. i.

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