Morel, Délire émotif, p. !\oo
LES IDÉES OBSÉDANTES ET IMPULSIVES
curieuses pour que leur action n’ait aucune conséquence et reste insignifiante. Tel est le cas intéressant rapporté par Hall : « on cite, dit-il, le cas d’un homme d’Etat célèbre qui a rempli dans son pays les fonctions politiques les plus élevées et qui, lorsqu’il dîne en ville, est invariablement accompagné d’un domestique spécialement chargé de rapporter à domicile les couverts d’argent que son maître ne manque jamais de dérober1. » Je suis disposé ;i croire que si ce personnage prenait réellement les couverts c’est parce qu’il comptait sur la présence de son domestique. Voici un cas du même genre : Bs... (187), un homme de ans, qui a l’impulsion au suicide h la suite d’une obsession amoureuse, commence par se mettre au téléphone, appelle sa mère et son médecin, vérifie s’ils l’écoutent et leur annonce que maintenant c’cst fini et qu’il avale du chloroforme. Naturellement on court à sou secours et 011 constate qu’il a réellement pris une certaine dose de chloroforme ; il est d’ailleurs très heureux de se laisser soigner.
Ces derniers cas nous permettent de comprendre comment de temps en temps, d’une manière exceptionnelle, il peut arriver des accidents. L’obsédé, qui ne voulait exécuter qu’un simulacre, a mal pris ses précautions et, si l’acte s’exécute complètement, c’est tout à fait contre les intentions du malade. M. Séglas 2 3 fait aussi très justement remarquer que l’obsédé peut se laisser aller à des actes extrêmes sans céder pour cela à des impulsions. Ils en arrivent quelquefois, assez rarement à mon avis, au suicide, non parce qu’une obsession impulsive se réalise, mais parce qu’ils sont désespérés par leur maladie et qu'ils se tuent de sang-froid. M. Nicoulau8, dans un article intéressant, montre une femme obsédée par l'idée et la terreur de la mort qui en arrive à des tentatives de suicide pour échapper à l’angoisse causée par la crainte de la mort. En dehors de ces cas exceptionnels, la réalisation de l'impulsion est chez les malades de ce groupe tout à fait insignifiante.
11 me semble nécessaire d’admettre un troisième groupe composé d’un petit nombre de malades qui semblent exécuter complètement ou du moins d’une manière assez grave des actes