LA TENDANCE A LA CROYANCE ET LA CRITIQUE DE L’OBSESSION
cniations qui l’accompagnent quelquefois sont loin d’être complètes, le malade accepte-t-il au moins comme une croyance les idées qu’il vient d’exprimer ? Il est facile de constater que ce nouveau caractère n’est, pas plus complet que les précédents. On constate en effet presque toujours très facilement que le malade est le premier à mettre en doute les sacrilèges, les accusations dont il semble si préoccupé.
Ce caractère se manifeste déjà par des traits de la conduite des malades. On les voit venir spontanément, seuls, chez le médecin et chez le médecin aliéniste ; ils demandent à être soignés à cause de certaines idées qu’ils désignent. Ils savent donc très bien qu’ils ont des idées fausses et ils savent quelles sont ces idées fausses; car jamais ils ne parleront des autres au médecin. D autre part, il est facile de remarquer qu’en présence des étrangers ils savent admirablement dissimuler ces mêmes idées, ce qu’ils ne feraient évidemment pas, s’ils les croyaient exactes. Claire qui s'accuse de tout avec un tel désespoir, qui se roule par terre en gémissant, se relève dès qu’elle entend sonner à la porte, rajuste bien vite sa toilette, se montre correcte et même gaie avec les personnes étrangères qui viennent d’entrer pendant une de ses crises : elle accepte même des compliments sur sa conduite. Lise, dans son salon, ne laisserait jamais soupçonner ce qu’elle pense : bien mieux, elle joue une sorte de comédie, car elle affecte de se moquer des gens superstitieux et il paraît que bien des personnes trouvent qu’elle verse avec exagération dans le camp des libres penseurs. Rob... s’accuse de ne pas rendre exactement la monnaie aux clients qui se présentent à la caisse. On lui a proposé cent fois, quand elle est dans une grande crise, d’envoyer un employé à l’adresse du client pour vérifier le compte et lui offrir une réparation ; elle n’a jamais voulu accepter. N’est-ce pas une preuve manifeste qu’elle sait bien au fond avoir fait un compte exact?
Les déclarations des malades sont d’ailleurs en parfait accord avec ces observations relatives à leur conduite. Ces personnes n’hésiteront pas à vous dire : « Je sais très bien que je n’ai fait aucun mal, il est inutile d’interroger personne pour vérifier. » Lod... ou Claire qui se déclarent des misérables plus coupables que les plus grands criminels ne peuvent, si on insiste, découvrir une faute précise à avouer, et elles finissent par se fâcher si j’examine devant elles les fautes qu’une jeune fille peut commettre
LES IDÉES OBSÉDANTES ET IMPULSIVES
en leur demandant sérieusement si elles les ont commises. « Si une personne, disait Lise, me racontait la moitié des choses que je viens vous dire, je la croirais complètement folle. » Un détail fort curieux chez elle, c’est qu’elle a une sœur moins âgée qui commence exactement le même délire. Lise, le reconnaît parfaitement, elle suit avec chagrin la marche de la maladie mentale chez sa sœur : « Dieu que ma sœur est bête de penser les mêmes sottises que moi. »
Nadia répète sans cesse au milieu de ses plus grandes agitations : « Je trouve ces idées ridicules, je les méprise moi-même, je voudrais tellement être en dehors de ces petites misères qui me tourmentent tellement, je ne pourrais donc jamais renvoyer ces idées que je déteste, c’est mon destin qui le veut ainsi. Il est encore bien plus triste de savoir ce que valent toutes ces belles idées et de ne pouvoir m’en débarrasser, tout en reconnaissant combien elles sont sottes. » Jean lui-même ne peut pas s’empêcher de se trouver ridicule : « l’odieux, l’absurde, le ridicule d'une maladie comme cellé-là, dit-il souvent, est inqualifiable ». « Le second homme qui est en moi, ditRk..., se moque terriblement de moi et de mes sottises. »
Après ces constatations, il faut cependant faire des réserves qui ne sont pas toujours suffisamment faites quand on parle de la conscience de ces obsessions. Il ne faut pas aller jusqu’à dire que ces malades ne croient pas du tout à la réalité de leurs obsessions. S’il en était ainsi, ils n’auraient aucune souffrance, aucune maladie.
Quand sur un point particulier, on peut les amener à mieux comprendre l’absurdité de leur idée, ils en sont pour un temps plus ou moins long débarrassés. Par exemple, j’explique à Lise avec beaucoup de peine que les enfants ne sont pas responsables des fautes des parents, elle finit par reconnaître qu'elle a compris et que j’ai raison ; à la suite de cette démonstration, pendant plusieurs mois, elle renonce à vouer ses enfants au diable. Cet heureux effet d’une explication montre bien que ces malades n’avaient pas sur ce point des idées bien claires et qu’ils accordaient une certaine croyance à leurs obsessions tout en ayant l’aii1 de les tourner en ridicule.
D’ailleurs, avec un peu de paticncé, on finit par leur faire avouer ce sentiment. Lise reconnaît parfaitement qu’il y a dans ses