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CHAPITRE II

LES AGITATIONS FORCÉES

Les obsessions proprement dites, c’est-à-dire les idées représentant dans l’esprit du sujet des événements, des objets et surtout des actions d’une manière générale ne nous ont pas paru avoir un développement suffisant pour expliquer la maladie. Il existe évidemment d’autres phénomènes pathologiques qui s’ajoutent à l’obsession et qui déterminent son caractère pénible et maladif. Nous remarquons alors que les mêmes malades sont tourmentés par un autre groupe de symptômes qu’il ne faut pas confondre avec l'obsession proprement dite. Ils se plaignent que sans se représenter une idée déterminée, ils sont cependant forcés de penser d’une manière exagérée, que leur tête travaille malgré eux, qu’ils sont de même forcés d’accomplir des mouvements an moins inutiles et de remuer sans aucune nécessité, enlin qu’ils éprouvent d’une manière irrésistible des émotions violentes sans que celles-ci soient suffisamment justifiées par les circonstances présentes. Ces opérations très diverses semblent quelquefois s'effectuer à propos des obsessions, mais elles existent très souvent sans qu’il y ait une obsession, c’est-à-dire une idée générale bien précise ; elles constituent un autre groupe de symptômes plus simples que les premiers. A côté des idées obsédantes (Zwangsvorstellungen), comme disait très bien un auteur allemand, M. Thomsen, il y a des processus obsédants (Zwangsvorgange) 1 dont le cadre est beaucoup plus large.

Ces processus obsédants ont comme caractère essentiel au moins apparent de se développer d’une manière presque irrésistible, sans le consentement exprès du malade. Quoique ce caractère soit à examiner et à discuter, on peut au début admettre

i. I liomsen (Bonn). Contribution à l’étude clinique dos idées obsédantes. Arch. f. Psychialr. und Neroenkrankh., XXVII, ibyüi

[ importance de cette apparence et en tenir compte dans la désignation de ce groupe de phénomènes. Je suis très embarrassé pour adopter un terme général qui désigne tous ces phénomènes de manies mentales, de rumination mentale, de tics, d’agitations motrices, de phobies, d’angoisses, et cependant je crois essentiel de les réunir en un groupe unique. M. J. Donath, de Budapest1, se trouvant en présence de la même difficulté, a proposé le mot « anancasmes » de (ivay/.â^w, forcer). Le mot n’est pas sans intérêt, mais il est si étrange et si peu usité que j hésite à l’adopter pour titre de ce chapitre. Les Allemands ont des expressions assez heureuses, « Zwangsprocessus, Zwangsvorgiinge » : je me borne à les traduire en y ajoutant cependant un détail. Ces opérations forcées ne sont pas des opérations normales, ce sont des opérations de pensée, d’acte, d’émotion qui sont à la fois excessives, stériles et d’ordre inférieur. A la fin de ce chapitre, quand nous connaîtrons mieux ces opérations, nous verrons combien ces caractères sont importants. Il me semble que le mot « agitation » réunit assez bien ces divers caractères : aussi, faute de mieux, je réunirai ce second groupe de symptômes sous ce nom « les agitations forcées. »

Les agitations forcées peuvent être divisées en trois groupes suivant qu’il s’agit surtout de pensées, de mouvements ou de phénomènes émotionnels, en remarquant que dans chaque groupe 1 agitation peut se présenter d’une manière systématique ou d’une manière diffuse. On peut donc au début de cette étude et d'une manière tout à fait sommaire classer ces agitations forcées d après le tableau suivant dont les titres seront jutifiés ultérieurement.

1/ Systématiques, les manies

... , \ mentales.

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