DÉVELOPPEMENT INCOMPLET DE L’IDÉE OBSÉDANTE
elles suffît pour évoquer les autres clans un ordre déterminé. Chaque image entraîne avec, elle les conséquences physiologiques ou psychologiques qui en dépendent, les unes déterminant des mouvements des muscles, les autres des mouvements des organes sensoriels, les autres des modifications vasculaires et des états d’émotion. 11 est facile de constater que toutes les idées qui parviennent à cette seconde forme de développement complet envahissent complètement l’esprit du sujet et sont accompagnées de conviction profonde. Au contraire les idées qui en restent à la première forme sont vagues, n’occupent qu’une petite partie de l’esprit et peuvent n’ètre accompagnées d’aucune croyance.
On voit très bien par les expériences de suggestion le passage graduel de la première forme à la seconde quand dans l’esprit du sujet l’idée se développe, c’est-à-dire déroule tous les éléments qu’elle contenait implicitement grâce à l’éducation antérieure et tend de plus en plus à se compléter. Le sujet passe de l’idée abstraite à l’idée concrète qui lui parait de plus en plus réelle et à laquelle il accorde le plus en plus de croyance.
En décrivant la manière dont se présentait l’idée fixe du choléra chez Justine j’ai pu montrer que c’était grâce au développement parfait de tous les éléments contenus dans cette idée qu’elle pouvait prendre cette puissance énorme de conviction et se transformer en une réalité incontestable. En un mot toutes ces études anciennes brièvement résumées nous amènent à penser que la conviction est en rapport avec le développement que les idées prennent actuellement et qu’au contraire le défaut de croyance est en rapport avec un développement tout à fait incomplet de ces mômes idées.
Sans discuter complètement la question de la nature de la crovance ne pouvons-nous pas appliquer à nos malades scrupuleux le résultat de ces anciennes éludes, ne pouvons-nous pas soupçonner que leurs obsessions n’entraînent pas la conviction parce que ce sont des idées à développement très incomplet. C’est cette différence capitale justement remarquée depuis longtemps qui a donné lieu à la distinction importante entre les idées fixes admises complètement par l’esprit du malade et les obsessions qui restent toujours incomplètes et qui n’entraînent pas la conviction.
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LES IDÉES OBSÉDANTES ET IMPULSIVES
L’étude que nous venons de faire ne nous montre-t-elle pas qu’à ce point de vue l’obsession des scrupuleux ne présente pas la môme forme que celle des hystériques. L apparition de l’idée est beaucoup moins nette : l’association des idées qui 1 amène est beaucoup plus large et plus vague. Elle n’est pas due au déclenchement automatique d’un ressort, mais à une recherche du sujet. L’exécution est très loin d’fitre complète et les actes quand ils existent ne sont qu’ébauchés. L’hallucination n’est qu'apparente et la représentation ne se complète pas assez pour prendre le caractère de réalité extérieure. Nous pouvons résumer ces caractères en un mot. L’obsession des scrupuleux est caractérisée par un développement très incomplet des éléments contenus dans l’idée et elle diffère sur ce point de la suggestion et de l’idée fixe hystérique où ce développement est aussi complet que possible.
11 en résulte que sur ce point l’obsession des scrupuleux se rapproche des idées normales caractérisées elles aussi par un développement incomplet. Sans doute nous avons observé qu’il y a plus de durée, plus de facilité d’évocation, plus de tendance à l’acte et à la représentation que dans la moyenne des idées normales, surtout si l’on tient compte du contenu de ces idées et du peu d’importance qu’un homme normal leur attacherait. Le degré du développement est donc plus grand que dans la vie normale, on peut dire qu’il est variable suivant les cas, mais qu’il est toujours intermédiaire entre le faible développement normal et le développement complet des suggestions hystériques, sans arriver jamais ni à l’un ni à l’autre terme. Le fait le plus anormal à ce point de vue c’est, comme nous l’avons remarqué, la durée et la fréquence de pareilles idées plutôtque leur grand développement.
Il n’en est pas moins vrai qu’après cet examen on ne peut s’empêcher de constater que par leur force, leur degré de développement, leurs éléments positifs, ces obsessions ne diffèrent pas énormément des pensées normales et on reste étonné du trouble qu’elles amènent dans la vie des malades. Pour comprendre ce trouble il faut donc examiner encore ces malades à d’autres points de vue, chercher les autres symptômes qui accompagnent leurs idées obsédantes et voir si ces nouveaux symptômes ne donnent pas à l’obsession son caractère pathologique et sa raison d’être.