‹ Les obsessions et la psychasthénieChapitre 61 sur 352 · Ginestoux, Revue scientifique, 1897, I · texte numérisé non relu

Ginestoux, Revue scientifique, 1897, I

LES AGITATIONS FORGÉES

le dernier point serait à vérifier. On connaît le malade célèbre de Legrand du Saule qui en entrant chez le médecin lui demandait la permission de compter d’abord les boutons de son gilet. Jean n’a-t-il pas imaginé de compter le nombre de lettres qui dans l’alphabet séparent les différentes lettres d’un mot: le mot « mère » est pour lui 7, 12, 12 ; car entre M et E il y a 7 lettres et 12 entre R et E. Zo... se croit obligée de compter toutes les épingles qui sont dans la maison afin de vérifier si elle n en met pas dans la soupe.

Enfin dans des cas plus complexes les malades ont besoin de compter jusqu’à des nombres déterminés; Ser... et F... exigent que chaque question leur soit répétée trois fois avant qu elles daignent répondre. Mw..., jeune fille de 28 ans, compte malgré elle le nombre de doigts avec lequel elle touche un objet : pour rien au monde elle ne voudrait toucher un objet avec 7 doigts à la fois, aussi pour l’éviter prend-elle la résolution de ne rien toucher qu’avec une seule main. Rien n’y fait, elle a touché 1 objet complètement avec trois doigts et légèrement avec le quatrième, cela fait 3 doigts 1/2 et elle pense forcément que, si elle avait mis les deux mains, cela ferait 3 1/2x2 c’est-à-dire 7. Jean compte ainsi une foule de choses, le nombre de fois qu’il avale sa salive, les battements de son cœur; il compte par 4 et par multiples de 4, « un, deux, Irois, quatre, il faut que je les compte sans quoi j’étoulïerais et je ne pouvais pas m’arrêter avant quatre; cinq six, sept, vous savez qu’on ne peut pas s’arrêter à sept : huit, j’ai été obligé d’aller jusqu’à huit. Si l’excitation était très forte, il faudrait encore une série de quatre. Quelquefois il faut aller jusqu’à 32,64 ». Je remarque en passant que ce compte des battements du cœur est tout à faire imaginaire : j’ai essavé une fois de compter moi-même son pouls pendant qu’il comptait à sa façon les battements du cœur, nos comptes étaient absolument discordants. Il compte ainsi toutes sortes d’actions bizarres que nous retrouverons à propos de la lutte contre les obsessions et à propos de la manie de compensation. Un autre malade Vv... me disait naïvement qu’il avait besoin de compter pour se raccrocher à quelque chose. Je crois que ce malade a raison, l'arithmomanie n’est pas une obsession spéciale, une idée fixe isolée, c’est une manie mentale, une sorte de besoin pathologique de précision qui peut s’appliquer à toutes les obsessions, et même à des idées quelconques.

LES MANIES DE L’AU DELA

Page 1