‹ Les obsessions et la psychasthénieChapitre 63 sur 352 · Les manies de l’explication · texte numérisé non relu

Les manies de l’explication

La recherche peut dépasser les faits du passé et ceux de l’avenir ; elle peut porter sur tous les problèmes scientifiques ou philosophiques. C est la recherche pour la recherche, sans intérêt immédiat.

Cette forme de la manie est la plus connue, elle se trouve décrite souvent sous le nom de lolie de 1 interrogation, lolie métaphvsique, etc. C’est le Crübelsiicht, le Fragetrieb des auteurs allemands, c’est l’une des formes de la psychasthénie qui a été décrite en premier lieu par Griesinger. Un de ses malades ne pouvait entendre le mot « beau » sans se poser malgré lui une série inextricable et indéfinie de questions sur les problèmes les plus obstrus de l’esthétique. Le mot « être » le lançait dans la série des discussions métaphysiques. « Je ruine ma santé, disaitil, en pensant sans cesse à des problèmes que la raison ne pourra jamais résoudre et qui malgré les efforts les plus énergiques de ma volonté me fatiguent sans trêve. Le cours de ces idées est incessant,.. Cette réflexion métaphysique est trop continue pour être naturelle..., chaque fois que ces idées reviennent, je lente de les chasser et je m’exhorte à suivre la voie naturelle de la

LES A CITATIONS TOUCHES

pensée, à ne pas m’embrouiller le cerveau de choses abstraites et insolubles et cependant je ne puis me soustraire à l’impulsion continuelle qui martèle mon esprit. » Depuis ce travail de Griesinger, cette manie mentale a été décrite bien souvent. « [/obsession peut prendre la forme interrogative, disait M. Saury :

« Pourquoi les couleurs sont-elles inégalement réparties, les arbres verts, les pantalons rouges, le deuil en noir? Pourquoi les hommes ne sont-ils pas plus grands ?1 » Une observation de M. Ladame est fort remarquable : il s’agit d’une femme qui depuis l’enfance se posait à elle-même toute espèce de questions insolubles dont elle cherchait en vain la réponse de manière à troubler toute son activité. Ce sont des questions relatives à la création (Schopfungsfragen). « Est-ce que le monde a pu se faire tout seul ? Peut-on diviser un objet en parties infiniment petites? Comment Pâme sort-elle du corps, etc.?2 »

J’ai pu observer chez de nombreux sujets tous les degrés de ces recherches depuis les questions les plus humbles sur le costumes, jusqu’aux plus grands problèmes métaphysiques. Elg..., jeune femme de 19 ans, s’interroge à propos du costume que porte la personne qu’elle regarde : « Pourquoi porte-t-on un tablier ? Pourquoi met-on une robe..? Pourquoi les messieurs n’ont-ils pas de robes ? » et quand elle s’absorbe dans ces questions elle peut ni écouter ni répondre. Un homme de 3j ans, Qs..., s’interroge sur la fabrication des objets, « comment a-t-on pu faire une maison ? un bec de gaz?... » Il essaye de s’arrêter en murmurant : » Allons ne t'emballe pas, n’y pense pas, » mais il revient à la question : « Comment peut-on faire brûler du gaz ? Comment de l’air peut-il s’enflammer et éclairer ?.. » Rost... se borne à chercher « la définition du violet». Za... s’interroge sur des problèmes de morale: « Qu'est ce qu’une mauvaise pensée? En ai-je eu avec ou sans mon consentement ? Car tout est là, mais qu’est-ce que c’est qu’un consentement? » Za... est resté trois ans à méditer sur le mot « consentir » sans arriver à une solution.

Nem..., après avoir éprouvé un sentiment d étonnement en voyant un individu qui lui paraissait drôle, trouve tout surprenant et s’interroge sur tout. « Comment se lait-il qu’il tonne, qu’il y

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