‹ Les obsessions et la psychasthénieChapitre 8 sur 352 · L'OBSESSION ET L'IMPULSION DU SACRILÈGE · texte numérisé non relu

L'OBSESSION ET L'IMPULSION DU SACRILÈGE

boue, des excréments. Pendant certaines périodes de grand troubles, c’était un prêtre qui venait appliquer l’hostie sur les parties génitales de la malade elle-même ou sur son anus. Toujours elle est poussée à collaborer à ces abominations, à faire les actes elle-même ou à les favoriser par son consentement. Aussi ces images provoquent-elles une angoisse horrible: elles bouleversent la malade ; lui donnent, dit-elle, à chaque fois, une espèce de crise de nerfs, lui enlèvent toutes ses idées, toute sa volonté.

De telles pensées paraissent au premier abord bien étranges et bien exceptionnelles. Mais si on observe ces malades on voit d’abord qu’elles sont chez eux très fréquentes. Il y a un siècle Esquirol décrivait déjà des hallucinations semblables à celles de Claire. Si nous examinons plusieurs autres malades nous allons retrouver souvent des idées très analogues à ces deux exemples. Ce sont toujours des pensées obsédantes et impulsives relatives à des attentats monstrueux contre des choses religieuses ou infiniment respectables.

Lise spécule depuis des années sur ce thème : le culte religieux du démon. L’idée obsédante n’est pas chez elle aussi brutale que chez les deux malades précédents, ce n’est pas une image simple apparaissant tout à coup, c’est une méditation longue et compliquée tournant autour de quelques idées principales que je résume en conservant le vague de l’expression qui caractérise cette malade. « Il y a un principe du mal comme un principe du bien... le mal est un Dieu comme le bien... le contraire de Dieu, vénérer le contraire de Dieu... quelle est la puissance du démon... prier le démon autant que Dieu... si on ne croit pas au démon ne pas croire à Dieu non plus... demander au démon des services et lui donner en échange ce qu’on aime le plus... lui demander tout ce dont on a envie... donner au démon l’âme de ses enfants... etc. » La dernière idée est l’obsession capitale de cette malade qui est constamment tourmentée par la pensée et le désir de vouer au démon l’àme de ses enfants.

Un autre malade, Za... (Obs. 216), homme de 32 ans, rêve à violer une vieille femme devant une église. Leb... (Obs. 217), femme de 35 ans, se sent poussée par^Satan à se masturber toutes les fois qu’elle prépare une confession. Nous verrons plus tard ce qu’il faut penser du phénomène lui-même, excitation génitale au moment d’un effort pour accomplir un acte

LIÎS IDÉES OBSÉDANTES ET IMPULSIVES

religieux. Pour le moment remarquons seulement que la malade a ii ce propos une obsession « je pense tout le temps que le diable me pousse à faire des malpropretés pour m’empêcher de faire mon salut... ». Pour Xy... (Obs. 218), femme de 55 ans, le diable intervient dans toutes ses actions, elle 11e peut pas manger sa soupe ou changer de chemise sans penser qu elle fait à ce moment un acte agréable au démon et sans croire qu’elle a à ce moment l’intention de lui être agréable. Lod... ne peut voir un crachat par terre sans penser que c’est une hostie, ne peut donner à boire à son chien sans croire qu’elle donne le vin et l eau de l’Eucharistie, ne peut boire elle-même sans croire avaler le vin de la messe. Ger... se figure qu elle veut « tuer le bon Dieu ».

Enfin, ce qui est banal chez tous, c’est l idée du blasphème, « parler mal des choses divines, penser au démon en faisant des prières et insulter Dieu au lieu de. le prier..., ne savoir exprimer que la haine de Dieu d’une façon mauvaise et grossière, se révolter contre Dieu et le maudire, dire des blasphèmes dès qu’on pense à la religion... cochon de Dieu, etc. » telles sont les paroles que répètent un grand nombre de ces malades. Ceux-là mêmes qui ont des obsessions d’une autre nature comme Vol... (96), femme de 21 ans, mêlent la divinité et la religion à leur maladie : « Je suis damnée, je lutte contre Dieu si je lutte contre mon cerveau malade, je me moque de Dieu si je consens à me soigner. » L’idée de sacrilège se mêle aux autres idées.

On voit par ces exemples faciles à multiplier que ces obsessions, si fréquentes chez les scrupuleux, ont un trait commun. Elles sont toutes constituées, semble-t-il, par deux pensées associées : l’une d’ordre élevé, le plus souvent religieuse et en tous les cas infiniment vénérable, aux yeux du sujet, Dieu, l ame, les enfants, l’église, l’hostie et de l’autre une pensée basse, répugnante, ignoble, les excréments, les organes génitaux, les paroles grossières, ordurières. Cette association constitue une insulte pour la première pensée et l’on peut dire que toutes ces obsessions sont constituées par la pensée d’un sacrilège : de là le nom sous lequel j’ai déjà eu l'occasion de les désigner plusieurs fois. les obsessions et les impulsions sacrilèges. Le premier fait que nous ayons à relever chez nos scrupuleux c’est qu'ils sont tourmentés perpétuellement par la pensée du sacrilège.

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