L’obsession et l'impulsion du crime
Les obsessions singulières qui constituaient une sorte de manie de sacrilège n’existent pas seules chez ces malades. On peut même dire que le plus souvent elles ne se présentent que très tard, lorsque l’évolution de la malade est déjà bien avancée. Chez ces mêmes malades on rencontre d’autres idées un peu différentes soit qu’elles existent encore simultanément avec les obsessions sacrilèges, soit qu elles aient dominé antérieurement et n’existent plus qu’à l’état de souvenirs ; chez d’autres sujets moins gravement atteints on ne rencontrera pas d’idées vraiment sacrilèges, mais uniquement ces obsessions moins graves.
Ces malades sont tourmentés pendant des années par des préoccupations toujours du même genre relatives à la religion ou à la morale. Il nous faudra rechercher plus tard quelles sont les raisons qui fixent ainsi l’esprit vers un même ordre de réflexions morales, pour le moment nous nous bornons à constater et à décrire. Ces personnes semblent s’intéresser vivement aux problèmes religieux et philosophiques, ce qui est permis à tout le monde, mais elles le font d’une façon absorbante, pénible et tout à fait excessive.
Lise s’interrogeait des journées et des nuits entières sur la question du salut, elle ne s’intéressait pas précisément à son propre salut, mais à celui de son père, plus tard au salut de son mari, de ses enfants. Elle spécule maintenant sur le problème du bien et du mal dans le monde, sur le problème de l’action mutuelle des âmes les unes sur les autres. Elle en arrive à se faire une sorte de philosophie ou de religion personnelle, mystique et enfantine, tandis qu’elle néglige complètement la religion officielle. Une autre malade, Ger..., examine naïvement comment il est possible que Dieu soit descendu sur la terre pour sauver les hommes et pour la sauver en particulier ell e-mêine. Py... ( 1 33), une fillette de i5 ans, est bourrelée d’inquiétudes à propos de la fin du monde, cela l’amène à examiner les théories de la création, des miracles, de l’existence de Dieu. « Ce serait si terrible, répète-t-elle c*n pleurant à chaudes larmes, si Dieu n’existait pas. » On a déjà vu que Lod... mêle des idées religieuses à tous ses actes même les plus vulgaires, elle ne peut passer devant une boulangerie sans s’interroger sur le mys-
LES IDEES OBSÉDANTES ET IMPULSIVES
1ère do l'Eucharistie et elle ne peut sa déshabiller quand elle est seule parce qu’elle est gênée par la présence continue de Dieu. On pourrait multiplier ces exemples qui montrent suffisamment la direction religieuse et philosophique des rêveries de ces malades.
D autres plus nombreux encore et dont l'étude est particuliérement intéressante s’occupent plutôt des problèmes de morale concernant la conduite humaine. On..., le brave homme qui voyait l’âme de son oncle dans les cabinets, avait été auparavant pendant des années tourmenté par les problèmes relatifs à l’honnêteté ; il s’interrogeait avec angoisse sur les preuves du droit de propriété, sur le devoir de résister, etc. Nb..., un littérateur intéressant, étudie malgré lui la nature de l’amour, de l'amitié, de la charité. We... (170), une jeune fdle de ig ans, a la prétention de résoudre le problème de la responsabilité et veut mesurer jusqu’à quel degré elle est responsable. Un homme de 3a ans, La.. .(216), est entré à 20 ans au séminaire afin de pouvoir satisfaire son goût pour les questions théologiques, il s’absorbe dans ces études d’une façon si anormale que le supérieur le signale au médecin et que celui-ci exige son renvoi du séminaire et l’invite à changer d’études. A' peine sorti des spéculations religieuses, il va comme poussé par un instinct choisir l’étude du droit et il recommence avec le même acharnement les discussions sur le bien, le mal, le crime, le délit, la punition, les droits, etc., si bien qu’on a dû lui interdire ces nouvelles études comme les précédentes. De pareilles études semblent bien permises et paraissent indiquer simplement un goût, une direction particulière et plutôt intéressante de l’esprit. Mais nous aurons à étudier la forme que prennent de telles pensées et à voir combien leur développement est anormal.
Pour le moment remarquons seulement que ces spéculations ne restent pas désintéressées chez ces malades, elles se mêlent toujours à des préoccupations personnelles relatives à des actions déterminées. Ce n’est pas d une façon théorique qu’ils pensent à des actes religieux, h des actions bonnes ou mauvaises, ils se sentent poussés à les accomplir. I.e mal semble 11e pas être bien grand quand il s’agit d actions bonnes ou indifférentes : Leb... (217), une femme de 35 ans, est sans cesse poussée à dire des prières, à aller à la messe, We... sent une impulsion qui l’entraine à se faire religieuse, à entrer dans un couvent, Dor...