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LES FUGUES ET LES CRISES DE DIPSOMANIE

d'une mani^re irresistible k accomplir toutes sortes d'actions, des vols, des suicides, des homicides mais, en r^gle tres g6n6rale, ils n'accomplissent en r^alite absolument rien, si bien que d'ordinaire, il n'y a guere a se pr^occuper au point de vue pratique du danger de ces impulsions. Presque toujours quand une impulsion criminelle s'execute c'est qu'il s'agit d'une autre maladie : Epilepsia ou trfes souvent hysteric. Le psychasth6nique execute peu et trfes incompl^tement : il y a done ici une exception remarquable pour le dipsomane.

Voici Texplication que nous en proposons ; la difference tient surtout a Tabsorption de Talcool. Au d^but le malade hesite dans Texecution de son impulsion absolument comme tons les autres obs^des ; il n'e^t pas du tout decide a chercher Tivresse, il cherche une excitation, et il croit la trouver facilement dans quelques gouttes d'alcool. De m^me que dans les autres impulsions, il se borne a commencer une petite partie de Taction ; mais I'alcool determine une ivresse qui change les conditions mentales, qui supprime la rumination, Th^sitation, qui transforme Tesprit du psychasthenique en determinant un retr^cissement du champ de la conscience analogue a celui de Thysterique. L'individu devient suggestible et execute jusqu'au bout Timpulsion commencee.

Observation iqS his. — Fugues et crises de dipsomanie. —

Diagnostic des fugues, sentiment de depression, impulsion a marcher et a Loire, amn^sie, la crise se rapproche de Vhysterie.

II y a deuxans, nous nous sommes beaucoup int^ress^s aux fugues et nous en avons etudie plusieurs cas tr^s remarquables. A ce propos, nous avons etabli une classification des diverses esp^ces de fugues. Si vous vous en souvenez, nous admettions trois groupes : i^'les fugues 6pileptiques, caracteris^es d'abord par les symptomes epileptiques, petites convulsions au debut, sommeil a la fin,et surtout par Tinconscience, rinintelligencedusujet; 2^ les fugues hysteriques, avec Tadaptation intelligente pendant la fugue et surtout Tamn^sie consecutive et le retour des souvenirs pendant le sommeil hypnotique; 3^ les fugues psychastheniques avec memoire consecutive, impulsions conscientes pendant I'acc^s et encore satisfaction apres Texecution de Timpulsion. II est bon de vous rappeler, et nous I'avions dit deja d'ailleurs, que toutes les

classifications, en tn^decine surtout, ne doivent pas etre prises trop au pied de la lettre et qu'elles ^tablissent des divisions beaucoup trop brutales au milieu de ph^nomenes qui se suivent en variant d*une maniere continue. Si nous h^sitlons a croire qu*il y a beaucoup d'intermediaires entre ces trois vari6t6s de fugues, nous n^aurions qu^h ^tudier et a chercher a classer le cas de ce gar^on.

Get hommede 87 ans, Byi..., presente surtout depuisle moisde Janvier des troubles bizarres qui T^tonnent lui-m^me. Au milieu de la nuit, ilest prisd'un trouble, d*une tristesse ; il luipassedes ombres devantlesyeux,ilsentdesdouleursala nuqueetaux tempos et il eprouve le besoin irresistible de sortir. A peine dehors, des qu'il a franchi la loge du concierge, il a Fesprit plus lib.re, moins sombre. Mais il est envahi par la pensde obs^dante de boire, il sent que la boisson lui feradubien, qu'clleva le remettre ; il court au premier cabaret, prend un verre de vin, le vide sans rien dire. Quelquefois cela suffit pour que Timpulsion soit termin^e, seulement les choses recommenceront de la m^me maniere, trois ou quatre fois dans lajournee. Souvent il n*en est pas ainsi et il lui faut rccommencer la m6me c^r^monie dans quatre ou cinq cabarets diflferents. Dans ce cas, a Timpulsion de boire s*ajoute Timpulsion a marcher et il s'en va chercher ces cabarets a de grandes distances. II tient a marcher a pied, de preference au milieu de la chaussee ; pendant cette marche, il tient la t^te baissee et il rumine de tristes pens^es sur la mort de sa mere et celle de son frere qui sont survenues r^cemment.

Vous voyez qu'il peut raconter tout cela et qu'il garde par consequent de la fugue un souvenir assez complet; nous devrions done dire qu'il s'agit d'une fugue psychasth^nique et, dans ce cas particulier, d'une crise de dipsomanie. Mais voici des details embarrassants : la crise commence par la sensation de coups sur la nuque, par Tobnubilation; il y a au d^but quelques convulsions de la face, la bouche s'ouvre et se refernae malgre lui, il devient tres rouge. La fin de la crise est suivie d'un phdnom^ne assez particulier : il faut qu'il se couche et qu'il dorme d'un sommeil profond pres d'une demi-heure, souvent il se reveille de ce sommeil par un cri et il est tout en nage. Ces caracteres nous font penser maintenant a la fugue epileptique. Nous ne nous y arreterons pas trop car les actes pendant la fugue sont bien intelligents et coordonnes pour des convulsions epileptiques.

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