LES FUGUES ET LES CRISES DE DIPSOMANIE
Voici un autre detail. II lui est arrive deux fois de perdre pour ainsi dire conscience au milieu de sa fugue, il ne sait plus ce qui lui arrive a partir d'un certain point, il reprend conscience ou il se reveille, beaucoup plus loin. Ainsi, il se souvient qu*il est parti de chez lui, puis il ne sait plus ce qu'il a fait, etilse retrouve a la cascade du bois de Boulogne. Cette aventure lui est d^ja arrivee deux fois. Eh bien, on peut determiner chez lui un etat de sommeil hypnotique, incomplet il est vrai, dans lequel il retrouve tres bien le souvenir de ces deux fugues : il voit qu'il a ^te entraine par des cochers a jouer une manille, qu'il a failli ^tre ^cras6 par une voiture, qu'un charbonnier, son voisin, Ta aid6 a rentrer. Ajoutons qu'il se souvient de s*6tre dechire la main dans un de ces ^tats sans en rien sentir : d'ailleurs meme en dehors des fugues, il a peu de sensibility a la douleur surtout a gauche.
Yous voyez bien par ces details que ce cas est interm^diaire entre les trois groupes de notre classification. Pour pr^ciser, il faut voir de quel groupe il se rapproche le plus au cours de revolution. Nous eliminons Tepilepsie qui est peu nette, le sommeil cons^cutif peut aussi tenir a Tivresse. II nous semble que Timpulsion dipsomaniaque d*abord tr^s consciente au debut tend a devenir subconsciente et a amener des fugues avec amnesic et nous dirions, en resume, que la fugue tend a en prendre les caracteres hysteriques.
Comment se sont developp^s ces accidents ? La mfere avait des crises d'hyst^rie, un frfere vient de mourir ali^ne, dans un asile. Le malade avait des cauchemars et parlait en dormant dans son enfance ; il eut des fievres intermittentes a 20 ans. Par malheur, il se mit marchand de vin a 3o ans et prit Thabitude de boire. II cessa bien vite ce metier a 32 ans, mais le metier de valet de chambre qu'il prit alors lui deplaisait ; il regrettait d*6tre cnferme et aspirait a pouvoir se promener au grand air. Nous voyons se constituer en somme deux d^sirs, deux tendances : celle de boire et celle de marcher qui semblent jusqu'a ce moment normales. Surviennent des Amotions, la mort de sa mere et celle de son frere qui Font beaucoup aOecte, et depuis ce moment il est de moins en moins capable de resister a ces deux passions dominantes. L'heredit^ et probablement Talcoolisme, puis les Amotions preparent un Atat hysterique que nous surprenons a ses debuts.
lei, il y a une indication therapeutique tres nette : si ce gargon
s'abstenait compl^tement des boissonsalcooliques, aumolnsquand il le peut, en dehors des crises oil il perd conscience, il aurait fait un grand pas vers la gu^rison.
Observation 194. — Impulsions gdnitales. — Antecedents hireditaires, manies de la, conjuration, obsessions de honte, manie de la leniation.
Les autres impulsions diff^rentes de la dipsomanie pr^sentent plus nettement les caraeteres propres aux scr^puleux : nous retrouvons les hesitations, les manies des precautions et surtout Tabsence d'ex^cution dans I'observation suivante de Vob..., cette jeune fille de vingt-deux ans. II y a ici des antecedents her^ditaires notables, une grand'mere paternelle atteinte de m^lancolie anxieuse, le pere colere, violent, trfes des^quilibre, une cousine atteinte d'hyst^rie delirante. Trois gargons de cette famille n'ont aucune tare, la jeune fille qui ressemble beaucoup au p^re semble h^riter des n^vroses de ce cote de la famille. Elle etait intelligente, et pr^sentait peut-^tre trop d^excitation intellectuelle dans son enfance ; les troubles ont commence a Tepoque de la puberte vers quatorze ans. Elle a eu des tics, des grimaces a la figure et la manie de se ronger les ongles jusqu'au sang.
On la surprenait se parlant touteseuleetrepetant: «Non, non, arri^re Satan. » Elle finit par avouer qu'elle etait tourment^e par la pens^e de ne pas bien accomplir ses devoirs religieux, de commettre des sacrileges en communiant mal: il lui semblait qu'elle perdait la foi religieuse. Ce sont la des sentiments d'abaissement, de trouble des croyances, de mdcontentement de soimeme qui sont si frequents au debut de la psychasthenic. Puis Vob... passa des annees a gemir sur sa malhonnetete, sur Tidee ou le remordsdu vol, « elle etait, disait-elle, capable de combiner des plans pour voler les gens, capable de se montrer tres indelicate » ; elle avait en meme temps beaucoup d^agitation et d'angoisse.
Le dernier trouble qui s'est developpe depuis trois ou quatre ans a rapport a la conduite sexuelle et se presente non sous forme de remords, mais sous forme d'impulsions. II lui semble qu'elle est poussee a faire des choses pas convenables, elle croit qu'elle va constamment se niasturber, et avant de se coucher elle
passe des heures a coudre sa chemise et ses draps, a attacher ses mains. La voici qui ne veut plus se rencontrer avec ses frferes, pr^tendant qu'elle ne pourra pas resister^qu^elle regarde leur culotte et qu^elle va la d^boutonner si on ne Tattache pas. II est necessaire, dit-elle,de Tenfermer dans un convent, car jamais elle ne pourra attendre jusqu^au mariage sans se mal conduire.
II est a remarquer que Tobsession criminelle, analogue dans ses grands traits a toutes celles que nous avons d^ja ^tudi^es, se pr^sente non sous forme d'idees on de remords, mais sous forme d'impulsion pr^sente, cette jeune fiUe pretend qu'elle sent ses bras s'avancer, qu'elle esquisse des mouvements. On a meme dit qu'il y avait a ce propos des hallucinations kinesth^siques, capables de servir de point de depart a Timpulsion. Nous croyons que cespetits mouvements sont toujours extr^mement lagers, qu'ils n'aboutissent absolument a rien et que le sujet les fait lui-meme presque volontairement pour se prouver qu'il a une impulsion. C*est une sorte de maniede montrer Timpulsion bien plut6t quece n'est une veritable hallucination kinesthesique.
Obsbrvations 195, 196, 197, 198. — Impulsions au suicide. — Frequence de ceile obsession impulsive, phobie de la morl, idee du suicide comme interpretation de Vagoraphobie ; — besoin de direc- , lion et terreur de Visolement ; — fatigues, sentiment de desespoir — inquietudes, sentiments d'incompletude, manie de I'extreme.
Nous ehoisissons au milieu de beaucoup d^autres ces quatre malades qui sont tourment^es par une impulsion des plus vulgaires, Timpulsion au suicide. On retrouve, en eSet, cette impulsion chez un tr^s grand nombre de malades ; il est bien rare qu*a un moment donne le scrupuleux n'ait pas passe par ce tourment. Nous ne signalons que les details int^ressants particuliers a chaque malade parce que vous retrouveriez, dans chacun d'eux, tons les ph^nomenes que nous avons dejasouvent decrits.
Rel..., femme de 35 ans, semble avoir 6te amende a I'etat psychasth^nique par rafTaiblissement consecutif a des h^morragies ; elle a eu il y a cinq ans des h^morragies, r6p^t^es de Testomac dependant evidcmment d'un ulcere. On sait que Tulcere de Testomac a des rapports etroits avec Thyst^rie, cependant nous ne voyons pas ici de demonstration bien nette de cette relation. La
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malade resta un an couch^e, et se releva encore tres faible, elle ne pouvait se tenir debout et ne pouvait sortir sans ^prouver de grandes terreurs. C'^tait en somme une forme d'agoraphobie sursurvenue, comme cela est frequent, a la suite du sentiment de faiblesse. Quand elle chercha a s'expliquer cette terreur que lui causait la marche an dehors, elle se forgea peu a peu la pensee suivante : « e'est qu*il y a non loin de sa mais^n a la campagne une petite riviere que Ton doit traverser sur un pont et que dans sa faiblesse elle risque de vaciller et de tomber a Teau si elle traverse le pont ». Depuis quatorze mois, cette id^e s'est modifi^e, la malade pretend etre pouss^e a se jeter a Feau dans cet endroit, et elle n'ose plus sortir de peur d'etre attiree par la rivifere et de s'y pr^cipiter volontairement. « Yous ne voyez pas, dit-elle, que ma marche et mes yeuxse tournent toujours de ce cot^)). L'id^e de suicide est done dans ce cas une forme d6rivee de la phobie, elle ressemble au vertige qui pousse a faire ce que Ton redoute le plus. Elle s'est d6velopp6e comme une sorte d'interpretation de Tagoraphobie.
Nous pouvons rapprocher de cette malade cette jeune femme de 33 ans, Er..., c'est une aboulique, une timide, quia la peur de la solitude, le besoin d*dtre dirig^e constamment. Elle voudrait que son mari ne la quittat jamais, et se desole quand il la laisse seule en parlant pour son bureau. Tout s'est aggrave depuis une maladie du mari survenue Tannic derni^re, elle a eu peur de le perdre, et s'est accrochde a lui d'une maniere desesper^e. Quand il est present, tout va bien, il n'y a plus la moindre obsession, ni le moindre trouble ; mais des qu'il s'en va, angoisses,battements de coeur, terreur folle, et surtout sentiment d'automatisme. « II n'est plus la pour me retenir, je ne sais ce que je ferais. » Dans ces conditions se developpe Tobsession de la mort qu'elle redoute le plus etTidee qu'elle est pousseea se tuer. Cette idee remplittoute la journ6e, jusqu'au retour du mari.
La genese de Tid^e de suicide n'est pas du tout la meme chez Hi..., femme de 4? ans. Cette femme assez raisonnable jusqu'a 3o ans, s*est mariee, elle a eu cinq enfants ; son mari vient d'avoir le bras ecras^ dans une machine et pour se consoler il s*est mis a boire. Sa femme a du soutenir un proces pour obtenir une indeninite, elle doit lutter contre le mari qui devient d^lirant.
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elle est ^puisee, d^sesp^r^e : I'id^e de suicide s^est d^velopp^e naturellement a la suite de ces trop grands malheurs et de sa misfere. II n'y a de pathologique que la forme rev^tue par Tidee : cette remme pretend qu^elle ne veut pas se tuer, mais qu'elle y est pouss^e malgre elle « comme si quelque chose la jetait dans un trou noir ». En somme, c'est le sentiment d'automatisme qui s'ajoute a une idee inspir^e naturellement par sa situation.
Cette jeune femme de 3o ans, Wks..., ne devrait pas arriver a rid6e du suicide car elle est au contraire tres heureuse, plus heureuse que jamais. Elle a eu une petite (ille a Tage de 23 ans et a toujours et^ d^sol^e de la situation irr^guliere de cette enfant. II y a deux ans, elle vient d'^pouser en justes noces le pere de Tenfant. Tout est done pour le mieux et en effet elle convient qu'elle n'a jamais eu autant de raisons pour etre heureuse.
Mais c'est une pauvre femme qui n'a jamais su etre contente de rien ; depuis Tapparition des regies a treize ans, elle se cher* che des motifs d'inquietude, elle a eu la peur des couteaux, les remords de conscience, la peur de voler en rendant la monnaie, la manie de presages. « Si je suis gaie le vendredi, c'est que je mourrai le dimanche. » Elle n'a jamais pu avoir un sentiment complet, et, remarque que nous relevons en passant car elle nous int^resse, elle n'a jamais pu arriver a la jouissance complete avec son amant. II semble que ce mariage qui comblait tons ses voeux Fait encore attrist^e. Elle se fait des reproches pour avoir eu sa petite fille avant le mariage et elle craint d'en recevoir le chatiment.De la Tidee qu'elle est pouss6e a tuer son enfant eta se tuer apr^s. C'est ce qu'elle pent imaginer le plus dans sa manie des extremes. Comme nous I'avons vu souvent, I'obsession criminelle est la derniere forme de la manie de la honte de soi et de la manie de Textr^me, mais elle se pr^sente ici sous une forme plus ou moins impulsive. '
II n'y a done de vraiment remarquable que ce caractfere impulsif : il est presque toujours tres exag^r^, car ces malades, en r^alit^, n'arrivcnt jamais a Taccomplissement de I'acte auquel ils se croient pouss^s. C'est un sentiment d'irresistibilite plut6t qu'une irresistibility reelle et ce sentiment d'irresistibilite nous parait le developpement d'un des sentiments fondamentaux de Tangoisse, du sentiment d'automatisme. Quand I'attention des
malades se porte particulierement surle sentimeutd'abaissementy d'incompl^tude, quand ils sont plut6t pousses aux ruminations qu^aux agitations et aux angoisses, ils ont plutot des obsessions sous forme de remords. Quand leur attention se porte plut6t sur le sentiment d^automatisme, quand d'autre part, ils ont plus d'agitation et d'angoisses que de manies mentales, ils arrivent a Tidee d'irr^sistibilite et ils se croient pousses a accomplir des actes malgre eux. C'est ce qui les amene a ces manies d'execution partielle que nous avons deja signalees eomme pour se faire peur a eux-m6mes.
Observations 199, soo, !toi, ao3. — Les obsessions impulsives de rhomicide. — Frequence de celie ohsession, manie de Vextreme, crises de depression^ emotions , coleresy sentiment d^automatisme ; — troubles gastro-intestinaux, phobie des couteaux ; — abaissement mental, sentiment d'etrangete, dontes, manie de Vextreme.
De meme que nous avons reuni facilement plusieurs malades tourment^s par Tobsession impulsive du suicide, nous n'avons qu^a choisir pour r^unir plusieurs types de Fobsession impulsive de rhomicide.
C'est, en effet, une des plus banales parmi les obsessions de ce genre, puisque F^tat mental des scrupuleux les porte a songer a des crimes, a croire quails ne sont pas assez maitres d'eux pour resister a des tentations, et qu'ils se laisseront aller a des actions odieuses, il est tout naturel que Facte criminel le plus simple, le plus odieux, celui de Thomicide, vienne sans cesse a leur esprit. En somme, Tobsession de Thomicide est toujours en rapport avec les m^mes conditions gen^rales qui pr^sidaient deja aux obsessions pr^c6dentes, honte de soi, sentiment d'automatisme, manie de Textreme. II suffitde noter les modifications de detail quisurviennent dans revolution des difTerents cas.
Cette femme de 44 ans, Cos..., dont le p^re est alcoolique et ia m^re aussi probablement, a pr^sent^la maladie du scrupule par acces. Elle a d^ja eu deux acces graves Tun a seize ans, Tautre a vingt quatre ans. Ces deux premiers accfes n'ont pas 6t6 tr6s longs, ils se sont termines en quelques mois. Dans Tintervalle elle restait presque normale : c'est la, commc vous le savez, un type d'evolution assez frequent.
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L'un dcs acces precedents a ete determine par la mort du pere, et par Temotign qui en 6tait result^e ; I'accfes actuel, est en rapport avee des querelles de menage et peut-etre avec le debut de la menopause. En dehors des causes ordinalres des obsessions nous notons des coleres contre son mari. II semble que les angoisses et Tagitation banale des scrupuleux prennent chez elle I'aspect de Tc^motion de la colere, ou du moins lui rappellent plus ou moins justement cette Amotion. Les ph^nomenes physiologiques qui accompagnent les Amotions et qui jouent un si grand role d'apres la th^orie de James et de Lange sont loin d'avoir une grande precision, et d'etre distincts dans chaque Amotion. lis lais* sent a Tesprit line part d'interpretation considerable ; il est assez vraisemblable que tous les scrupuleux n'interpretent pas de la meme maniere ces derivations visc^rales diffuses qui constituent Tangoisse. L'un y voit de la peur, Tautre une agonie et une mort prochaine, celle-ci, preoccupee des querelles avec son mari, y voit de la colere. Ajoutez que cette idee doit modifier les symptomes emotionnels et rendre a chaque crise Tinterpretation de plus en plus juste. Ces sentiments de colere se sont joints au sentiment banal d'automatisme et elle se croit capable de commettre les crimes les plus odieux ; en partlculier, comme toujours. elle se croit capable d'etrangler son enfant qu'elle aime le plus au monde. C'est ici que le traitement bromure aura probablement beaucoup de succ^s en diminuantles reactions violentes qui serventde substratum a Tidee.
Chezcet homme de 5i ans, Bx..., arthritique et Gls de goutteux, les phenomenes psychastheniques surviennent visiblement a la suite de crises gastriques. Le trouble debute par une indigestion, puisle maladepresente deTatonie gastro-intestinale,il a la langue pateuse, il sent un gout amer dans la bouche, et peu de temps apres surviennent les maux de t^te probablement par intoxication, puis les obsessions. Celles-ci, pendant des annees, avaient la forme de la phobic classique du rasoir etdes couteaux ; nous les avons souvent renconlr^es. Plus tard, par evolution, ce fut Tobsession du suicide, sortant de la phobic du couteau, puis maintenant Tidee obsedante de couper la gorge a sa petite fille. Vous voyez Tid^^e de rhomicide qui sort en trentc ans de la phobic des couteaux.
Au point de vue du traitement, il faut tenir compte de T^tat gastrique. Nous serious curieux de savoir le r6sultat des lavages d'estomac, pratiques des le debut des troubles gastriques. LB8 OBSESSIONS. IL — a8
Une autre obsedee homicide est cette femnie de 3gans, Mod..., qui se figure qu'elle va tuer son petit neveu. C'est un enTant qu'elie a adopts depuis trois ans et qu'elle aime beaucoup, mais cet enfant n'est pas le sien et en sa quality de scrupuieuse, elieest genee dans sa conduite envers iui, elle craint toujours de ne pas faire assez bien, elle craint que Tenfant ne sache qu'ellc n*est pas sa vraie mere, etc... II parait qu'elie a 6te ^motionn^e par un d^Iire survenu dans sa maison et parce qu'on a beaucoup parte d'une pauvre folle : Amotion, abaissement mental, sentiment d'6trangete et obsession de la folic, telle est la premiere p^riode de la maladie. Quelques mois apr^s, elle transforme Tobsession de folic en obsession impulsive qui la pousse a faire du mal a cet enfant, elle arrive k Tid^e qu'elie va dtrangler cet enfant pendant son sommeil : le passage d'une id^e a Tautre se comprend bien facilement.
Dans le dernier cas celui de cette femme, Lro..., dgee de a5 ans, rid^e se forme encore d'une maniere plus classique, elle sort nettement du sentiment d'automatisme. Pere alcoolique, mere tuberculeuse, enfant toujours emotive et inquiete qui se frappe de tout, elle a et<^ tres effray^e, il y a deux ans, par une bronchite l^gere a propos de laquelle le medecin a eu tort deparler trop vite de tuberculose. Elle ressent des picotements, des fourmillements au-dessus du crane : (c II me semble qu'il me tombe a cet endroit des gouttes d'eau chaude une a une sur la cervelle. » Elle a perdu toute certitude du r^el : « II me semble que rien n'est net, que je ne comprends plus mon travail. Puis, j'ai et^ effray6e en voyant que je disais des choses malgr6 moi, que malgr6 moi je fermais la porte cinquante fois de suite. II m'a semble que malgr^ moi je pourrais faire toutes sortes d'horreurs... »
Et nous voici a Tobsession de tuer son petit gargon. Toutes ces observations nous montrent assez bien la genese des obsessions de rhomicide et leur point de d(^part dans les troubles des sentiments et dans les alterations de la volonte.
Obsebvation ao3. — Obsession de Phomioide. — Accidents hys- Uriques et accidents psychast^niques, stig mates de degendrescence, sentiments d^elrangete, sentiments d'automalisme, manie deVextreme.
Cette pauvre femme, Vod..., nous a interesses et nous Tavons
^tudiee quelque temps. C'est un beau type de scrupuleuse qui s'am^Iiore facilement par la direction morale. Ce qui avait attir^ notre attention, c'est qu'elle racontait son histoire de mani^re a faire croire qu'elle avait eu pendant longtemps des accidents hysteriques. Leprobleme des relations entre Thyst^rie et la psychasth^nie est difficile et important et nous avions cherche, si dans ce cas, il n'y avait pas unc association : apres examen cette supposition nous parait improbable.
Le pere est alcoolique comme toujours ; il Taut ajouter que cette personne est n^e jumelle et qu'elle a des stigmates apparents de d^gen^rescence : les oreilles n'ont pas de lobule, la voilite palatine est tres ogivale ; mais ce qu'il y a de plus important c'est que la tete est franchemeut asym^trique : le front est beaucoup plus fort du cote droit, et tout le c6t6 gauche de la face est plus petit que le c6t^ droit, remarquez aussi que Tiris de roeil droit est bien plus fonce queTiris de Toeil gauche. Ces stigmates physiques sont a relever : ils sont plus rares qu'on ne croit chez les psychasthenic ques. Les troubles ont commence nettement a Tage de la ans, a propos de la premiere communion ; depuis ils n'ont jamais ou presque jamais cesse. C'est un type de la maladie du scrupule a forme continue qu'il faut bien connaitre et qui s'oppose cliniquement a la maladie procedant par acces qui est plus connue. La peur d'avoir touchy Thostie avec les dents, la peur d'etre tent^e par le diable et d'aller en enfer ont constituc a cet age un premier groupe d'obsessions religieuses.
De i6 a 20 ans sc placent ces accidents qui nous avaient intrigues: elle racontait qu'elle avait eu des sommeils, des crises de nerfs, des raideurs des membres. On aurait dit de I'hysterie; mais vraiment quand on precise, ces pretendus accidents hysteriques, comme il arrive toujours chez les psychastheniques, perdentde leur nettete.
Elle n'a jamais perdu connaissance dans ces crises, elle en a toujours eu le souvenir complet, elle pouvait defaire elle-meme ses raideurs des membres, les hallucinations n'ont jamais €i6 prisds pour la r^alite. Enunmot, ce sont toujours ces agitations motrices, ces angoisses, qui ne ressemblent que de loin a de Thy st^rie veritable.
Vod... est devenue plus calme depuis qu'elle s'est marine, probablement par suite de Texcitation genitale comme elle le reconnait elle-m^me. Mais la maladie n'a jamais cess^, des phobies, des obsessions de remords se succedaient reguliferement, et Ic
trouble actuel survenu depuis un an ii*est pas une maladie nouvelle, il est simplement une aggravation d'un ^tat bicn anterieur, aggravation caus6e par la fatigue du dernier allaitement. Les syraptomes d'insuffisance sont decrits par cette malade d'une maniere int^ressante. Notez ce qu'elle dit du sentiment d'ennui 6pouvantable qui Tenvahit depuis ce moment, cc Je reste comme une hebet^e, une idiote... dire qu'il faut encore vivre une journ^e, je ne sais plus a quel moment de la journee j^en suis. J^ai des sen* sations terribles dans la tete, un plomb sur le sommet de la tete, des fourmis qui me mangent le cerveau, une envie de dormir seulement sur le dessus de la tete. » Remarquez ensuite les troubles de la perception. « Tout est devenu si drole, il me semble que je r6ve tout le temps... Est-il drole que les gens aient deux trous au milieu de la figure, ces deux trous m'agacent et me donnent des envies de me jeter dessus, je ne trouve plus le monde comme il ^tait, je ne reconnais plus personne. nVoici maintenant les sentiments d'automatisme meles a la honte de soi. (cCe qui m^agace c'est d^avoirtoujours peur d'etre punie pour des actions que je ne fais pas moi-m6me, car, je n^agis plus moi-meme. Je n^ai jamais aussi bien senti Taction continue de la puissance de Dieu, ...quelqu'un me fait faire tout ce qu'il veut. » Cette derniere phrase est remarquable, c^est le germe des idees de fatalisme, de damnation qui vontjouer un si grand role dans les grands delires. Les ali^nistes qui voient des delires confirm^s se rendent-ils assez bien compte de leur point de depart dans ces sentiments intellectuels d^automatisme, que nous montrent beaucoup mieux nos nevropathes.
Sur ce terrain a germe facilement Tobsession actuelle ; il lui semble qu'elle est poussee a tuer sa petite fiUe d'une maniere quelconque : le proced^ varie suivant Taction qu'elle fait, elle songe a lui jeter de Teau bouillante sur la tete quand elle est aupres du fourneau, a la saigner quand elle r^cure les couteaux, a lui enfoncer des ciseaux dans les yeux quand elle coud, a Tempoisonner quand elle lui donne a manger, etc.
Une derniere question : « Pourquoi done, Madame, voulez-vous toujours couper le cou a votre petite fille et ne songez-vous pas a en faire autant a votre niari ?
La MALADB,en riant: — Oh mon mari,je ne Taime pas assez pour cela.» Vous voyez Tintervention de la manie de Textreme, Tacte obs^dant c'est Tacte qu'elle redoute le plus.
La pauvre femme est tres accessible aux exhortations morales, elle a ^te tres frapp6e de voir qu'on s'int^ressait a Thistoire de sa maladie : cela lui a d^ja donne confiance. Les obs6d^s de ce genre aiment toujours beaucoup a 6tre trait^sen malades, d'abord parce quMls aiment a etre soignes, ensuite parce que cela les rassure sur le caractere moral de leur conduite : ils aiment mieux etre des malades que des criminels. II faut aussi fortifier cette pauvre femme et la reposer, et il est probable qu'elle sera sinon gu^rie, au moins ramen^e facilement a T^tatanterieur etchronique.
Observation ao3 his, — Obsession de I'homioide. — Accks angoissanis, troubles respiratoires, role de la coldre dans cette obsession.
Nous vous pr^sentons rapidement cette pauvre femme, ag^e de 3o ans,Sy..., pour vous montrer dans quel ^tat pitoyable peuvent tomber les malades au moment d^une obsession. Les obsessions, en effet, peuvent se presenter d'une maniere pour ainsi dire chronique, tourmentant continuellement les malades, determinant des paroles, des mouvements perp^tuels mais avec peu d'intensite ou bien elles peuvent se presenter par acccs, acces qui peuvent etre d*ailleurs fort longs pendant lesquels les malades sont dans une angoisse extreme, pleurant, criant, ne s'habillant plus, sans cesse occup^s a lutter contre Timpulsion. C'cst le cas de cette pauvre femme, en proie a Tune des impulsions les plus cruelles, Fimpulsion a frapper, a tuer. Remarquez les troubles considerables de la respiration qui sont bien mis en evidence par les graphiques des* figures 20 et 21 ; vous voyez ici la respiration caracteristique de Tangoisse. Cette impulsion est, en effet, Tune des plus cruelles, Tune de celles qui provoquent les plus grandes angoisses, parce qu'elle se complique de la peur terrible qu'ont les malades d'y ceder. Quand ils sont pousses a boire ou a compter, ou a blasphemer, ils ne resistent en somme que mollement et se disent: « Apres tout je boirai. » Ceux-ci, au contraire, sont revokes a I'idee de frapper, songez qu'ici la pauvre femme songe a frapper sa. fille : Tidee obsedante fixe se complique de la representation des malheurs que son execution entrainerait. C'est ce qui met cette malade au desespoir, c'est ce qui la fait demander avec instance tous les traitements possibles. Elle a
meme essay^ de se faire enfermer l\ Sainte-Anne et elle y est reside trois mois sans retrouver le calme.
N*insistons pas sur le symptome lui-meme, impulsion survenant avec une force nouvelle des qu'elle voit des couteaux, d^s qu^elle
lit dans les journaux un assassinat, diminution de tons les ph^nomenes psychologiques en dehors de Timpulsion, perte de la volenti, de Tattention, de la memoire des choses r^centes. Deux mots seulement sur Torigine vraisemblable de Tobsession actuelle quoiqu'il n'y ait gu^re de nerveux dans la famille ; c'etait une personne tres nerveuse ayant d^ja souvent la sensation de la boule, s'^vanouissant facilement. Pour son malheur, elle avait un
F:o. a I. — Respiration de Sy... pendant I'angoisse, irr^gularito complete de la respiration
abdominale.
mari ivrogne qui malgr^ ses supplications buvait de plus en plus. Elle se fucha contre lui, le prit en haine et fut pr^occupee par la pens^e de Farreter, de le punir, de le frapper. Peu a pen elle devint plus nerveuse: Tidee de frapper sed^veloppa etelle devint une obsession puis une impulsion. On pourrait dire ici que cet ^tat impulsifn^est encore qu'une Amotion particuliere devenue permanente, seulement ce n'est plus la peur ou I'amour comme nous Tavons vu si souvent, c'est la colere.
Observation ao4. — Obsession de l^omioide. — Evolution chronique, associations envahissantes , ierminaison par la suppression des actes et I'i mm obi lite.
Cette femme, Xa. . . , est tourment^e par des obsessions homicides exactement comme lesprec^dentes, leur genese nous semble etre a peupressemblable, cependantcette malade presente a nosyeuxun grand intdret a cause de son age. En effet, elle a 6i ans etcet age
est deja pour tous ceux qui ont suivi ces lemons assez curieux; sauf un brave homme qui etait tourmente par la manie de rechercher des mots, et qui avait 76 ans, nous ne vous avons gu^re presente de sujets atteignant 60 ans. Vous vous rappelez qu'iis ont tous de vingt a quarante ans; si bien que ces troubles vous ontparu une maladie de jeunes. Get exemple nous prouve qu'il y en a des cas chez des sujets ayant depass6 la premiere moiti^ de la vie. En outre, ce cas nous montre d*une maniere extremement nette les terminaisons, c'est-a-dire T^tat final vers lequel tend la maladie, auquel la maladie r^duit les sujets quand elle ^volue jusqu'au bout. Nous resumerons rapidement la vie de Xa... et nous nous arreterons sur cet etat final qui est maintenant pour nous le plus int(^ressant.
Comme il arrive dans ces grands ^tats chroniques, Xa... est une h^r^ditaire ; un oncle paternel est mort a Tasile en Tetat de m^lancolieanxieuse,le pere ^taitd^jaun bizarre quand il est mort tres jeune a 25 ans. Xa... Tut atteinte des sa jeunesse, jamais de plaisir complet dans son enfance, des inquietudes deja a Tage de huit ans, puis apres la puberty des peurs inexpliquables et toujours des craintes de mal fairc, des peurs de dire des gros mots, de mettre le feu a la maison, de se jeter sous les roues des voitures, etc. C'etaitd'abord des crises passag^res de quelques jours ou de quelques mois, un abaissement passager du niveau mental qui se relevait ensuite.
A partir de vingt-deux ans, a la suite d'une couche, I'etat morbide devint chronique et n'a presque plus jamais cess^ depuis quarante ans. II a toujours evolu6 dans le m6me sens : sentiment d'incompletude et de meContentement, sentiment d'automatisme, derivation sous forme d'agitation et d'angoisse, puis obsessions, criminelles. « II me semble, dit-elle, que je vais tuer quelqu'un, queje vais faire du mal a des enfants. » Pendant les premieres annees, le travail assez grand qu'elle avait a faire, les soucisdela vie reelle ont arrets le d^veloppement de la maladie. Vers lage de 4o ans, elle eut le malheur de se retirer des affaires sous pr^texte qu'elle ne pouvait plus r^sister a la fatigue et le trouble mental prit un bien plus grand d^veloppement.
II faut dire aussi pour Texcuser et pour expliquer revolution ulterieure qu'elle commen^ait a etre atteinte d'un grand rhumatisme deformant qui lui rend aujourd'hui la marche tres difficile et qui a tordu ses doigts. Ce rhumatisme est intcressant par son
association avec la maladie du scrupule. II a aussi contribu6 a raugmentery en rendant Toccupation et le travail plus difficile. N^oubliez pas que le travail physique et moral est une grande sauvegarde pour ces malades. Its sont perdus quand une circonstance quelconque favorise leur tendance a Tinertie. Celle-ci depuis Tage de quarante ans va de mal en pis, et nous voudrions vous faire remarquer revolution qui s'est produite.
Le caract^re essentiel de la maladie dans la derniere periode, c'est la generalisation des troubles : les obsessions qui ne se produisaient fortement qu'a la suite de circonstances particulieres se produisent maintenant a propos de tout. C*est ce que la malade explique par de pr6tendues associations d'idees : ainsi Tobsession criminelle, Timpulsion a Thomicide, se produisait autrefois a propos des couteaux comme il est de rigueur. Voyez ce qui arrive maintenant ; Xa... ne pent voir des enfants, ni les entendre, parce qu'elle pourrait les tuer; elle ne pent voir des fleurs, parce que certaines sont rouges et font penser a du sang, ni des journaux, parce qu'ils parlent de crimes, ni des arbres parce qu'ils ont des branches et que les jardiniers les coupent. Elle nepeut plus voir son fils parce qu'il a eu le malheur de metlre une fois une cravate ou il y avait du rouge. Mieux encore, nous lui avons donne une garde et le malheur a voulu qu'elle s'appelat Antoinette ; aussitot le nom de Marie-Antoinette fit penser a Techafaud, au meurtre, etc., et depuis ce moment, il - n'y a plus ni garde ni de domestique qu'elle puisse tolerer. Poussez les choses a Tabsurde, vous n'arriverez pas encore au bout : la susdite Antoinette a depose un ouvrage sur un des fauteuils de la maison, d^ou la contamination du fauteuil, mais le fils imprudent qui s'etait assis sur ce fauteuil est alle ensuite s'asseoir sur les autres sieges, il a transmis la contamination a tons les meubles de Tappartement. II n'y a plus un si^ge qui n'^veille la pens^e de Techafaud, de Thomicide, ett... Ces belles histoires se repetent toute la journee; la pauvre malade pousse des hurlements plaintifs a cause de ces hasards malheureux. u Ces choses n'arrivent qu'a moi, dit-elle, car enfin, si mon fils avait pris la precaution de changer de pantalon apres s'etre assis sur le premier fauteuil, j'aurais conserve des sieges disponibles. Tout vient de ces malheureux hasards arrives dans cette maison... II faut que je change d'appartement et tout ira bien. » Non, ce n'est pas vrai, tout ira aussi mal, car les circonstances n'y sont pour
rien du tout. Avant Antoinette, il y avait autre chose, et il y aura toujours quelque chose de semblable. Elle invente les explications apres coup ; en r^alit^, c'est la rumination, Tangoisse, qui se produisent perp^tuellement a propos de n'importe quel fait psychologique et qu'elle explique par ces associations d*id^es.
Les consequences de cette generalisation sont des j>lus remarquables : chaque obsession, nous les^vons, gene ou supprimeune action et a notre avis c'est m6me la gene de Taction qui commence. Au debut deja,il y avait impuissancea se servir deciseaux ou de couteaux ; mais avec le developpement de la maladie, les actes supprimes sont de plus en plus nombreux.
II y a quelque temps encore, Xa... se promenait au bois de Boulogne, quand Thistoire des arbres et de la hache du jardinier est survenue. Elle allait encore par les rues sans arbres, mais sa voiture a roule sur un papier rouge, done suppression des sorties. Elle voyait encore son fils, la cravate rouge Ta fait renvoyer ; elle ne peut plus voir d'amis, de peur qu'ils ne lancent des phrases malencontreuses. Elle ne peut plus tol^rer de domestiques depuis Antoinette, et la voici qui ne peut m^me plus s'asseoir. Nous avons trouve cette pauvre vieille rhumatisante, tremblante de fatigue, debout au milieu de la chambre.
Mais direz-vous, c'est de la folic complete ? Non, et voici a notre avis ce qui fait Thorreur de la situation, c^est que cette femme conserve un esprit parfaitement lucide. Elle a une intelligence qui est plutot remarquable, et quand on peut distraire son attention, elle cause m^me tres bien. Elle a pour ses propres folies plus de m^pris et plus de rires que nous ne pouvons en avoir ; mais c'est la de Tironie purement abstraite qui n'aboutit a rien de reel. Si ridicule qu'elle se trouve, elle nepeut cependant ni sortir* ni se laisser couper les ongles, ni s'asseoir. II semble qu'il y ait divorce entre Tintelligence abstraite etla volonte pratique. Xa... en est arrivee a vivre tout a fait en dehors du red, elle est parvenue a la suppression presque complete de toute action.
C'est la cette conclusion que nous voulions vous faire remarquer : le terme de la maladie, ce n'est pas la demence ordinaire, le naufrage de Tintelligence, c'est uniquement la perturbation et la destruction des actes. Tons ces malades aboutissent pen apeu k la reduction de la vie : la sociabilite disparait la premiere, ils se cloitrent volontairement, puis dans leur retraite, la vie se reduit encore, ils en arrivent a une immobilite presque absolue. II y
avalt, il y a quelques ann^es, dans le service d'un de nos maitres, M. J. Falret, une vieiile TemTne de ce genre qui restait toute la journee assise et immobile dans sa cellule et qui ne manifestait sa vitality que par les liurlenieDts de colore qu'elle poussait des que quelqu'un faisait mine d^pprocher.
Cette terminaison de la roaladie du scrupule par Tisolement de plus en plus complet et par la suppression de tous les actes nous montre quelle importance ont les troubles de la volonte dans tout son developpenient.