CHAPITRE IV LES OBSESSIONS DU SAGRIL£GE
La manie de Textreme est Tune des plus fr^quentes que pr^sentent les psychasth^niques, c'est une forme que prend tout naturellement leur agitation mentale sous I'influence des sentiments d'incompl^tude. Quand cette manie s'applique aux obsessions criminelles, elle les transforme en les exagerant : d'un c(H^ le crime quails se repr^sentent s'applique aux choses les plus v^n^rables, de Tautre il est con^u sous la forme la plus odieuse possible. C^est la le caractere g^ndral des obsessions sacrileges qui sont toujours constitutes dans la pens^c du sujet par Tassociation ou la juxtaposition d'une idee infiniment respectable et d'une action meprisable et odieuse.
Observations 217, a 18, 219. — Obsessions des crimes religieux. — Angoisses et manies A propos des exercices religieux, impossibiVM des actes religieux, agitation motrice et agitation mentale.
II est trop Evident que les id6es et les sentiments religieux doivent jouer un role considerable dans les preoccupations des scrupuleux. Nous les avons deja rencontres a bien des reprises, dans les manies de la perfection et de la repetition des prieres, dans les angoisses causees par des confessions et des communions, dans toutes les obsessions de remords. Quand les sujets ont ete pendant longtemps tourmentes par des phenomenes de ce genre, ils peuvent arriver tr^s facilement a une interpretation religieuse de leurs troubles, interpretation qui va devenir obsedante et accompagner dorenavant les troubles les plus legers. Yoici trois cas encore assez simples de ces obsessions religieuses.
Le premier, celui de cette demoiselle de 35 ans, Leb..., est le plus banal. Yous pouvez le considerer comme le type d'un tres
470 LES OBSESSIONS DU SACRILfiGE
grand nombre d'obsessious pour lesqueiles vous serez consult^s. EUe est malade depuis I'age de i6 ans a peu pres sans interruption ; c'^tait une enfant d^Iipate d'une famiile qui compte plus de tuberculeux que de nevropathes. Sa mere, que vous voyez prfes d*elle, est une petite femme trop douce, trop timide, qui n^ose pas lever les yeux. Elle n'a jamais 6i6 troublee par des obsessions veritables, mais il est clair qu*elle a I^ue a sa fille le meme caract^re aboulique et qu*il y a la encore un cas d^^volution de la maladie a travers plusieurs generations. Les regies vinrent a i4 ans, et les sentiments d*abaissement commenc^rent peu de temps apres; a i6 ans, la maladie etait constitute. Elle consiste, au debut, en angoisses et en manies relatives aux confessions. A la pens^e de se confesser, la jeune fille devient anxieuse au moins quinze jours d'avance, elle veut s'y preparer, et pour cela faire deux choses, sentir fortement ses sentiments de foi et retrouver ses p6ches. Or, Tattention ne pent arriver ni a Tune ni a Fautre operation, il lui semble qu'elle n^est pas croyante (sentiment d'incompletude), et elle ne sent jamais qu*elle a retrouv6 tons ses peches.
En realite, elle fait tres peu d*actions religieuses a ce moment : des qu^elle veut les faire, son esprit s'^gare, Teffort religieux amcne des angoisses, ou bien des recherches interminables sur des choses qui n*ont rien de religieux, comme les noms de toutes les personnes avec lesqueiles elle s'est promenee. Vous voyez les derivations visc^rales et mentales. Une de ces derivations prend une importance particuliere, ce sont des excitations sexuelles suivies de masturbations auxquelles elle se sent invinciblement poussee quand elle prepare une confession. On comprend que cela ne diminue pas les remords et les scrupules; les memes troubles plutot plus graves se reproduisent a propos des communions.
II en est ainsi pendant plusieurs ann^es, jusqu*a une seconde p^riode qui semble s'6tre developp6e insidieusement depuis une dizaine d^ann^es. La jeune fille ne pent pas comprendre qu'elle soit malgre elle aussi peu religieuse, et elle cherche une explication de ces fautes qu'elle se reproche tant. II lui semble qu*elle n'est pas comme les autres femmes, que le diable Tinspire et la pousse a se conduire le plus mal au moment oil elle veut etre le plus religieuse. Au moment de se confesser, elle sent des impulsions a se toucher, a faire des malpropretes, a blasphemer de toutes manieres. Kile en a conclu qu'il lui faut renoncer a toute
pratique religieuse, mais elle ne peut pas s'y decider : a chaque instaDty elle cherche a prier, a preparer UDe confession pour verifier si rimpuision au sacrilege existe toujours, et bien entendu les m^mes tourments reeommencent. Savie estainsi epouvantable depuis des ann^es.
Nous allons tacher au moins au debut du traitement de supprimer les pratiques religieuses qui sont dangereuses pour elle. Mais, a notre avis, il faudra parvenir a les retablir peu a peu. En effet, ce n*est pas guerir un psychasth^nique que de se borner a supprimer les actions qui s'accomplissent d*une maniere imparfaite et a propos desquelles ont lieu les derivations penibles. Se borner a cette suppression, c'est plutot favoriser la maladie, la developper: Tessentiel de la maladie c'est, en effet, cette suppression des actes, c'est a cela qu'elle aboutit naturellement dans son evolution. Les scrupules religieux aboutissent tout seuls et spontanement a Timpossibilite complete de tout acte religieux, il ne faut pas trop favoriser cette tendance en conseillant au malade la suppression complete des actes religieux ou sociaux qui provoquent les angoisses. Supprimons-les d'abord pour rendre le calme au sujet, exergons-le au debut a des actions plus simples pour lui; puis, des que la volonte et Tattention auront fait des progres, exhortons-le a recommencer avec calme et confiance les exercices religieux en rapport avec son education et ses croyances. En un mot, un scrupuleux religieux n'est pas gu^ri quand il ne fait plus de confessions, mais quand il arrive a les faire sans angoisses et sans ruminations.
Cette femme de 5i ans, Xy..., pr6sente exactement la meme maladie avec cette seule difference qu'elle est plus ag^e et que les troubles plus anciens semblent plus graves. Elle est dans une agitation continuelle, rouge, essouiUee, elle bavarde incessamment et on Tentend qui repete : <c Va-t'en, Satan, laisse-moi, je veux etre sauv^e. » Les idees de sacrilege ne se presentent pas uniquement a propos des actes religieux, mais a propos des actes quelconques. Elle se croit deshonoree et damn^e quand on veut lui faire mettre sa chemise ou la faire manger sa soupe. En un mot Tobsession, comme nousTavons deja vu dans des cas anciens, s'est generalisee et trouble toutes les actions.
Chess cet homme de 36 ans, Ki..., les obsessions sacrileges ont
472 LES OBSESSIONS DU SAGRILfiGE
pris uDe forme un peu sp^ciale. Sa femme a pr^sent^ quelques troubles a la suite de son dernier accouchement et le medecin lui a conseill6 d'eviter une nouvelle grossesse au moins pendant quelque temps. Le mari, dejii scrupuleux depuis longtemps bien entendu, a dt6 6pouvantc : il s'est pose le probleme religieux bien connu : cc Est-il permis d'avoir avec sa femme des rapports qui n'ont pas la conception comme but? » Voici dix mois qu*il medite sur ce probleme sans arriver a une solution. Mais a ce proposy il se demaude s'il n'a pas accompli, sans y prendre garde, une foule de sacrileges. II recherche tons les actes dc sa vie et surtout les actes sexuels pour les examiner au point de vue religieux, et y decouvrir une foule de sacrileges.
Le malade : « Je vis ^ternellement avec cette idee de p6che, de crime conlre nature, de mort, d'enfer; je sais bien que je suis a peu pres un honn^te homme, et cependant je pense toujours que je suis damn^, que j*ai m^rite mille fois un enfer ^pouvantable, un enfer special pour moi tout seul, plus cruel que pour les autres. Cette discussion est epouvantable, elle m'enleve toutes les forces pour me bien conduire et je ne pourrai plus resister aux tentations sacrileges qui m'obsedent continuellement... C'est un peu fort, je ne crois pas a Tenfer, et je suis tourment^ par la peur de Tenfer bien plus que les gens qui y croient. Je voudrais bien savoir une bonne fois si je suis religieux ou si je ne le suis pas... »
Yous remarquez ici le developpement de la manie de Tinterrogation et en general le developpement des manies mentales, aussi il est int6ressant d'observer que Tobsession du sacrilege se presente plutot sous la forme de remords que sous la forme d*impulsions proprement dites ; c*est une regie assez g6n6rale que nous avons souvent constat^e.
De ces trois malades, il y en a deux dont nous pouvons vous donner de bonnes nouvelles. L^homme aux ruminations m^taphysiques s'est amdliore facilement, il a ^t^ trcs frapp^ des explications que nous avons donn^es devant lui ; en general, ce genre de malades tire profit des explications que Ton donne sur leur mal. lis comprennent mieux ce qu*il y a de pathologique dans leurs id^es, dans quel sens doivent etre dirig6s leurs efforts. II a fait tres vite des progrcs.
La jeune fille de 35 ans, Leb..., apres trois mois de soins, va
L'OBSESSION DE L'ENVOUTEMENT 473
r^ellement beaucoup mieux, a la condition de sUpprimer encore a peu pres completement tous les exercices religieux, ce qui n'est ^videmment qu*une gu^rison toute relative.
Quant a la troisieme malade, Xy..., son agitation a augments et elle a dil etre envoy^e dans un ^tablissement special.
Observation 220. — Obsession de I'envodtement. — DysestMsies, interpretations d^lirantes, folic communiqude.
Deux mots seulement sur cette brave femme, victime d'un malheur autrefois trfes commun et aujourd'hui heureusement devenu beaucoup plus rare. On pourrait dire qu'elle nous presente le type d'une ancienne soufirance que Ton croyait disparue : a ce titre elle m^rite quelque inter^t.
Cette femme, Tbl..., agee de 4o ans, est la victime d'une tentative d'ens^outement : vous allez voir que ce n'est pas une situation agr^able. Depuis plus d'un an elle eprouve des tourments vari^Sy des tremblements et des secousses dans les membres^ des frissons sur la peau, mais surtout des impressions plus desagr^ables encore. Elle sent qu'on tire sa robe, que Ton cherche a mettre la main dans ses poches, que Ton secoue ses clefs dans sa pocbe. On fait remuer son lit la nuit : « Ca craquille autour de moi tres fort et d'une maniere tres 6nervante ». On la pousse par I'^paule, on lui souffle sur le visage, on chuchote pres d'elle, et elle n'a jamais pu voir ni soup9onner ceux qui se livraient a ces mauvaises plaisanteries.
Vous direz que c'est tout simplement un cas de d^lire de persecution au debut, quand les diff^rentes illusions et hallucinations sont encore vagues et peu syst^matisees. C'est possible, et cette femme pent en effet aboutir au delire de persecution, mais pour le moment, le cas est moins net et il ne s'agit pas du delire classique de Las^ue avec conviction, avec evolution lente et developpement systematique d'un trouble du caractere.
Yoici I'histoire. Cette brave femme, un peu faible d'esprit bien entendu, a et6 il y a dix ans dans une baraque de foire se faire tirer les cartes. On lui a dit la bonne aventure, on lui a fait voir un esprit sous la forme du buste d'un enfant et, en definitive, on lui a extorque cent francs en la menagant de grands malheurs si elle revclait sa sotte expedition. Remarquez, cependant, qu'elle
474 LES OBSESSIONS DU SAGRlLfiGE
est reside saine d'esprit et que malgre sa m^saventure, qui la tourmentait bien un peu, elle s*est bien port^e jusqu^a Tann^e derniere. A ce moment, elle setrouvedans une situation difficile a expliquer, remplissant les fonctions de gouvernante a tout faire aupres d^un vieux monsieur a moitie fou. Get ii^dividu est malade et pour reconnaftre son mal, il a fait venir un certain abb^, au moins suspect, qui a diagnostiqu^ un ensorcellement. On a cherche Torigine du sortilege, et apres bien des conferences, on a constate que c'^tait la domestique qui avait jet^ un sort sur le patron et que ce mauvais sort venait probablement des menaces faites il y a dix ans, par la somnambule de la foire. La-dessus, ce pauvre trio a bati nous ne savons quelle folic histoire sur Tenvoiitement. On a surcharge la pauvre femme d'amulettes pour la preserver des mauvais sorts. Elle porte suspendu au cou un triangle sacre entour^ de signes cabalistiques. Elle etudic, sur le conseil de Tabbe, la priere de Charlemagne et son commentaire. Vous n'^tes plus surpris, maintenant, qu'elle se sente « agripp^e par sa robe » et qu'elle entende des « craquillements ». Le patron etudie avec elle les mouvements mysterieux de la robe et ils font de la folic a deux ou a trois.
Une preuve encore qu'il s'agit bien d'une sorte d'obsession passag^re chez une d^bile, c'est que nous avons eu facilement une influence momentanee. Apr^s une bonne semonce, elle a brilkle le triangle et la priere de Charlemagne et a ete debarrassee de tout pendant quinze jours, mais ensuite les mouvements de la robe et les craquillements ont recommence. Nous esp^ronsqu^apres vous avoir ete presentee et avoir entendu publiquement railler sa sottise elle va etre debarrassee pendant un temps plus long. Nous lui conseillons de renoncer serieusement aux somnambules, aux abbes gu^risseurs de sorts et aux sortileges, car ces envoi^tements pourraient bien la conduire aux Petites Maisons.
Observation 221.— Obsession sacrilege chez an scrupuleux. — Importance du conlenu de V obsession chez les psychaslhiniques, representation de Vkme dans un lieu ignoble, scrupules, manie de r extreme.
Vous savez que, depuis deux ans surtout, nous nous sommes beaucoup int^resses ici aux obsessions et que nous avons cherche
L'OBSESSION SACRILfiGE CHEZ UN SCRUPULEUX 475
a V0U8 signaler Ics details int^ressants a propos de chacun des cas qui se pr^sentaient. C'est ce que nous avons encore a faire aujourd*hui a propos de ce brave gar^on : en un mot, c'est un obs^d6, mais son obsessio.n souleve de tres curieux problemes de clinique et de psychologic qui sont loin d'etre r6solus ; quoique la question soit tres delicate, nous allons tacher de vous la faire comprendre.
En general, le contenu de Tobsession, c'est-a-dire la pens^e particuliere qui obsede Tesprit, n'a pas une tr^s grande importance au point de vue du diagnostic. Que Ton soit obs^di^ en pensanta un incendie, ou en pensant constamment a un cadavre qu^on a vu, on est toujours purement et simplement un obsede. L'int^r^t ne consiste ordinairement que dans les circonstances qui accompagnent Tobsession. Y a-t-il oui ou non des hallucinations, du langage interieur automatique, des impulsions au mouvement ? I/id6e se prdsente-t-elle sous forme de crise? Est-elle oubli^e apres la crise ? Y a-t-il amn^sie, conscience, subconscience ? Yoila d'ordinaire les caracteres interessants et ces caract^res, notez-le bien, peuvent exister tous avec n'importe quelle id^e : une id6e ^rotique, ou une id^e de peur de Tincendie, ou Tobsession du cholera, peuvent aussi bien Tune ou Tautre se presenter avec ou sans hallucinations, avec ou sans amnesic, etc. Dans ces cas en general, le contenu meme de Tidee ne depend que des circonstances dans lesquelles Tindividu s*est trouv^ au moment oil il etait suggestible. Telle jeune fille que nous vous avons pr^sent^e etait obs^d^e par la pensee d'un monsieur qu*elle a vu joner du cornet a piston dans un bal de village et telle autre par la pens6e d'un voleur qu'elle a rencontr^ dans la cave. Le fait de penser au cornet a piston ou au voleur transforme si peu lamaladie que nous pourrions supposer un ^change entre ces deux malades sans aucun inconvenient. En un mot, dans ces cas, Texistence de Tidee obs^dante nous indiquait d'une maniere g^n^rale la suggestibility du sujct, mais le contenu de Tidec fixe, la representation de tel ou tel objet ne nous apprenait pas grand*chose de plus.
Eh bien, en est-il toujours ainsi ? Non, deja depuis longtemps des observateurs comme Lasegue, Falret, avaient montr^ que dans certains cas le contenu meme de Tidee fixe est un sympt6me de r^tat d'esprit du sujet. Avoir toujours des id^es de persecution ce n'est pas entierement le r^sultat du hasard, comme le fait de r^ver au cholera ou de revera un amoureux. Cela indique une
476 LES OBSESSIOnS DU SACRfL^E
tendance particaliere de Fesprit et cela peat mettre snr la Toie d*une predisposition mentale pins grave que la suggestibilite pure et simple.
II nous semble qu'il en est de meme pour certaines id^es tres bizarres qui, aa premier abord, paraissent dues au simple hasard, mais qui se repetent toujours les memes chez certains malades tout a fait speciaux. Eiles nous revelent, par leur simple contenu, des antecedents particuiiers et nous amenent a an diagnostic special. Ces idi^es, pour les distinguer des autres, poorraient etre designees, faute de mieux, nous ne tenons pas an mot par an nom que proposait Tun de nous qui depois quelque temps a en beaucoup Toccasion de s'en occuper, no'tas les appellerons des obsessions sacrileges.
Voici ce que nous entendons par ce mot : ce genre d*idees bien special consiste dans le rapprochemeoty Tassociation de deux termes. Tun infiniment respectable et profon dement venere par le sujeU Tautre extremement sale, obscene et surtout particulierement repugnant pour le sujet m^me. CVst, en un mot, Taccolement de ce qu'il y a de plus venerable et de ce qu'il y a de plus honteux. Vous allez d'ailleurs tout de suite comprendre la nature de ces idees par Texemple que vous avez sous les yeax.
Cet homme de 34 ans. On..., a, surtout depuis deox ans, one obsession qu*il trouve epou van table, qui lui fait com mettre miUe absurdites et qui empoisonne sa vie, mais il n*a jamais ose en parler a personne telle ment il en est honteux, tellement il trouve ridee a la fois ridicule et monstrueuse. Dernierement, il a vu, parait-il, un livre que nous venions de publier sur les nevroses ; il Fa feuillete et a appris avec stupefaction que des medecins s*int^ressaient a des cas seniblables et en parlaient serieusement. De la, la bonne pensee qu^il a eue de venir se confesser : nous pouvons lui garantir une chose certaine, cVst qu*il a vu juste en compreoant qu'on oe se moquera pas de lui, qu'au contraire on le plaindra et qu*oo Faidera a se guerir.
Eh bien ! voici cette idee : 11 a perdu son pere et son oncle qu'il aimait extremement et depuis deux ans, il est obsede par la pensee de la me de son pere, ou de Tame de son oocle, pensee poor lui in&niment venerable et il Tassocie constamment avec Tideed^ane chose tres repugnante, les excrements des hommes. 11 ne peat s^empecher de penser a chaque instant que Fame de son pere est dans ce tas d'excrements, que Fame de son oncle sort du derriere
UOBSESSION SAGRlLfiGE CHEZ UN SCRUPULEUX 477
de M. un tel, que ces ames glsent au fond des cabinets et d'autre^ variantes sur ce joii theme.
Avant de continuer I'examen du sujet arretons-nous un peu sur cette idee. Un observateur superficiel va dire que c'est la une id^e quelconque d6termin^e par le hasard des circonstances. Un homme que vous avez vu ici a trouv^ une ecaille de faience dans un ceuf sur le plat qu'on lui servait et, dor^navant, il est obs^d^ par la pens^e des ecailles, des ^pingles dans tout ce qu'il mange, association fortuite chez un suggestible, dira-t-on ? Non, ce n*est pas du tout notre opinion ; d'abord Tassociation est si baroque qu'elle reclame reflexion, ensuite, ce qui est plus grave, c^est que une telle idee, si elle ^tait due au pur hasard, devrait se presenter rarement. Or, ce que ce pauvre homme ignore completement, c'est que les malades qui viennent nous confesser des id^es tout a fait semblables sont assez nombreux.
II y a d^ja presque un siecle, Esquirol racontait qu*il a observe avec stupefaction une hallucination des plus baroques chez des jeunes Giles extremement pudiques et religieuses. Elles etaient obs6d^es par la pensee et par Timage visuelle d*un membre viril souillant une hostie. Cette description d^Esquirol est encore vraie mot a mot aujourd'hui. Nous connaissons une jeune fille et une jeune femme, qui sans connaitre la patiente d'Esquirol bien . entendu, r^petent mot a mot ce qu'elle disait. Ce sont les memes gemissements, le meme ^tonnement, elles qui sont si pudiques, d'avoir une pensee pareille. Quant aux personnes qui vous racontent qu*elles ont Tidee de jeter de la boue sur les eglises, de cracher sur les livres saints, qu'elles voient les chiens pisser sur Tamede leurs parents, nous en avons une dizaine d*observations.
Nous le rep^tons done, cette obsession n'est pas fortuite puisqu^elle se r^pete dans des circonstances si dift^i^rentes. Elle indique un certain ^tat d'esprit. Pour vous le prouver, nous allons prendre les autres symptomes qu'avaient les jeunes femmes dont nous parlous et demander a ce malade s*il les connait. Est-ce que cette obsession existe seule chez lui ? Est-ce qu*il n'a pas Thabitude d'employer des proc^des bizarres pour la chasser ? En un mot, apres la manie du sacrilege, est-ce qu'il n'a pas la manie de Texorcisme ? Nos jeunes femmes avaient des tics, des contorsions, des impulsions a faire des promesses au diable pour exorciser Tidee mauvaise. Ce brave homme nous raconte que pour chasser une pareille idee dont il a horreur, il ^tait autre-
in LES OBSESSIONS DU SACRlLfiGEl
fois pouss^ a se crever les yeux, qu'aujourd'hui des qu'il a Tidee, il faut qu'il appuie fortementla tete centre un carreau. S'il constate que le carreau n'a pas casse, c'est que Tidee est partie, qu'elle n'est pas vraie, si le carreau cassait ce serait le contraire. Aussi il n*appuie pas Lien fort. Vous voyez done que ce malade a en meme temps que son obssession sacrilege des manies mentales que nous connaissons bien et que nous avons d^ja d^sign^es sous le nom de manies de la conjuration et manies de rinterrogation du sort.
Avant Tid^e sacrilege, nos autres maladesavaient d'autrestourments. Elles avaient des scrupules, ne pouvaient faire aucune action de pcur qu'elle nefiltmauvaise, se reprochaient tout plaisir et devaient Texpier aussitot. Notre homme est tout surpris que Tonparlede cela. « Comment, dit-il, Tavez-vous devin6 ? Void des ann^es qu'il est un scrupuleux, qu'il est tourment6 par la peur effrayante de mentir, la peur de se mal conduire, et surtout la peur de s'amuser. II n*ose plus frequenter personne, il ne pent prendre aucun plaisir complet. » Ce sont la encore des caracteres que vous connaissez bien et que nous vous avons present^s comme des sentiments d*incompletude, resultant d^ailleurs de v^ritables insuffisances psychologiques. Cette peur, cette g^ne qu*il ressent des qu'il essaye de s'amuser est Tcxpression d'un arret de Temotion incapable de devenir r^elle, de se mettre au niveau des circonstances presentes et r^elles.
Tons ces cafact^res nous montrent qu'il s'agit de la m^me maladie, de la psychasthdnie : ces idees sacrileges sont une phase du delire du scrupule. Mais il faut se demander comment et pourquoi les psycbasth6niques en arrivent si facilement a la conception de telles idees sacrileges d'un aspect si particulier. A notre avis ces id^es sont la consequence a la fois des sentiments d'incompl^tude qui poussent les malades aux obsessions de la honte et du crime et d'une manie mentale tres curieuse et tres fr^quente chez eux, la manie de Textreme. lis sont incapables de 8*arreter dans aucune conception parce qu'ils n'eprouvent jamais le sentiment de la certitude de la r^alit^, et a force de chercher a pousser leurs idees au dela, toujours au dela, ils en arrivent aux pensees les plus extravagantes. C'est a force de penser a la moralite qu'ils finissent par se repr^senter le comble de I'lmmoral. Ils jouent pour ainsi dire au jeu des combles, et c*est ce qui fait varier l^gerement leurs idees suivdnt leur situation et
LfiS OBSESSIONS SACRILEGES ET EkOTlQUES 470
letir milieu. Les jeunes filles mettent en jeu le membre viril et rhostie dont les hommes ne parlent pas parce que c'est la ce qui leur semble le comble du crime. C'est cette exasperation maladive qui pousse aux aberrations de lu messe noire et autres singeries, parce que ces gens-la cherchent en tout le comble de Thorreur. Pour les comprendre, il faut avoir ^tudie tout Tetat mental du scrupuleux, ses troubles de la volont^, ses indecisions, ses sentiments d'incompletude et ses manies mentales. Yous retrouveriez tous ces ph^nomenes chez ce pauvre homme On... qui est avant tout un indecis, qui ne prend son parti de rien, qui n'arrive jamais sur aucun point a une idee nette et une. Nous avons deja fait cette 6tude sur beaucoup d'autres malades; il nous sufiit de vous montrer aujourd'hui comment la nature de I'idee sacrilege am^ne au diagnostic du delire du scrupule. 11 en r^sulte aussi que ce n*est pas Tidee en elle-meme qu'il faut traiter, mais le scrupule et le trouble de la volonte dont il depend.
Observation 33a. — Obsession sacrilege, hallucinations 6ro« tiques. — Obsession de la honte de soi, sentiments d*incompletude, tic des efforts, influence des excitations.
Cette malade, ag^e de 35 ans, est une des plus remarquables que nous ayions eu Toccasion d'examiner, nous ne pouvons que resumer son etude ^ Le grand trouble, ou plut6t le trouble qui est aujourd^hui devenu le principal, est une obsession erotique et sacrilege qui semble se presenter sous forme d'hallucination. Par crises frequentes, plus de cent fois par jour, pretend-elle, la malade voit subitement apparaitre a sa gauche un homme tout nu ou plutot les parties sexuelles d'un homme en train d'accomplir un acte absurde, celui desouiller une hostie consacree.L*hallucination pr^sente quelqucs variantes : il y a quelquefois plusieurs membres virils autour de I'hostie, ou bien c'est une femme qui met rhostie sur ses parties genitales, tantot c'est un chien qui fait ses ordures sur Thostie, tant6t Thostie est simplement m^lee a de la boue, a des excrements, enfin quelquefois, c'est un pr^tre qui vient appliquer I'hostie sur les parties genitales de la malade
I . Cette malade a ^te longuement ^tudi^e dans le premier volume de cet ouvrage sous le nom de Claire. II suffit ici de rapprocher les principaux points - de cette pbservation qui ont ct6 examines isolcment dans difT^renls chapitres.
480 LES OBSESSIONS DU SACIllLfiGE
ou sur son anus. Le caract^re vraiment hallucinatoire de cette image est tr^s contestable ; tout cela est vague, sans realite objective : (( C'est au loin, dit la malade, comme si il y avait en moi une autre personne qui verrait bien ces choses, tandis que moi je ne les vois pas bien. »
Ce qui est plus net, c'est le caractere subit de Tapparition, ou plutot de ridee qui surgit brusquement en meme temps qu*un sentiment d*aneantissement, de perte de la conscience : « II me semble que je meurs et cela passe tres rapidement. » La description de la ninlade rappelle beaucoup ce qui se passe dans les vertiges ^pileptiques. Cette hallucination est la partie principal, le centre de tout un delire portant surtout sur la honte de soi et complique dc mille ph^nomenes de tics et de manies. II nous suffit pour Texpliquer sommairement d'en montrer Involution en groupant les principaux faits qui se sont montr^s successivement, qui se sont ri^unis les uns aux autres et qui coexistent tons aujourd*hui, au moins pendant les mauvaises periodes.
Peu d'ant^cedents her^ditaires, cependantun oncle excentrique etbizarrre, probablement alcoolique, le p^re goutteux, aboulique et timide. C'est encore un cas d'evolution familiale du caractere timide et scrupuleux. Enfant bien portante, tr^s douce, tres aimable, craignant toujours de mal faire, mais sans aucun trouble apparent jusqii'a la puberte, regies a i/i ans, et peu apres lestourments ordinaires des psychastheniques pour les confessions, les examens de conscience interminables, les inquietudes horribles pour avoir omis un p6che, etc. Ce qui se developpe au debut, c'est evidemment un etat neurasth^nique avec les fatigues, les troubles digestifs, qui amenentchez elle des vomissements, la constipation opiniatre, les troubles de circulation qui lui donnent les mains et les pieds froids et gluants, le nez rouge ainsi que les oreilles. Notons qu'elle est sujette a des oedemes des paupieres et des l^vres que Ton constate frequemment chez les arthritiques. Remarquons aussi cette dilatation ^norme des pupilles qui accompagne les grands troubles et qui disparaissent avec eux. Les maux de t^te ont commence a Tage de quinze ans, ils n'ont jamais disparu depuis dix ans, la tete parait a la fois vide et engourdie, elle est lourde, surtout du cote droit, il y a de grandes douleurs au vertex, comme s'il y avait a cet endroit (c un vide plein, un trou noir oil il n'y a rien et qui se remplit de mauvaises id^es comme si elles y bouillonnaient. »
LES OBSESSIONS SACRILEGES ET fiHOTlQUES ^81
L'alteration principale dans la p^riode du debut et qui n'a cess^ de grandir, c'est une aboulie vraiment extraordinaire : tous les actes sontdevenus, memo en dehors des obsessions, d'une lenteur invraisemblable. EUe remet toujours Taction d'heure en heure, de jour en jour, elle ne fait rien qu'au dernier moment, meme dans les plus petites ehoses ; si elle veut vous dire quelque chose, elle n'arrivera jamais a le dire, si elle y arrive, qu'a la fin de la visite,quandellevoit que decidement on va la quitter. II Taut qu'on lui laisse des heures pour se preparer a parler, a manger, k aller aux cabinets. Ses actions si lentes sont arretees par le plus petit obstacle : tantdt elle ne fera rien parce qu'il y a du soleil, tantot parce qu'il n'y en a pas, tout devient un pretexte a remettre Taction commenc^e. La fixation de Tattention est encore plus difficile peut-6tre et il y a une instability tout a fait visible qui met un d^cousu etrange dans sa conversation. Elle n'arrive plus a terminer non seulement aucun acte, ni aucune lecture, mais m6me aucune Amotion; tout reste chez elle vague et a demi acheve.
Get engourdissement se manifeste meme, ce qui est rare chez les psychasth^niques par des troubles de la sensibilite. Non seulement elle parle sans cesse dubrouillard qui est constamment devant elle, du mur qui la separe de Text^rieur, de ses membres morts, du trou qu'elle sent sous le sein gauche et ou tombe sa personnalite, mais encore on constate en la mesurant a Ta[?sthesiometre une certaine alteration de la sensibility tactile et surtout de la sensibility a la douleur dans tout le cote droit. Cette anesthesie n'est pas fixe comme celle des hyst^riques, elle se modifie bien vite par le plus petit effort d'attention, mais enfin elle existe d*une maniere assez r^guliere.
Ce qui s'est d^veloppe ^normement, dans cette premiere periode a Toccasion ^videmment de cet engourdissement, c'est ce que nous avons appele les sentiments d^incompletude. Cette malade est bien remarquable quand elle raconte pour la centi^me fois avec desespoir qu'elle a senti vers Tage de quinze ou seize ans « une lumiere qui s'en allait tout doucement, qui s'eloignait d'elle de plus en plus, un mur qui s'^levait lentement, qui la separait du monde exterieur et qui ]a separait de ce qu'elle ^tait jadis. 11 lui a sembl6 que tout devenait faux, qu'elle ne pouvait plus saisir la r^alite, que tout se voilait et se compliquait de plus en plus. Tout paraissait loin d'elle et triste... Le sentiment de
482 LES OBSi^SSIONS DU SACR1L£G£
la volont^ s'est ^galement trouble, c'est comme si on m'avait enleve graduellement toute ma liberie. De temps en temps, cela se dissipait, il me semblait que mes chaines tombaient et que j'^tais libre et puis cela recommengait. » L'inqui6tude est devenue ^norme, une apprehension continuelle sans trop savoir de quoi la tourmentait nuit et jour : a C^etait Tespoir et la confiance qui me manquaient. » Cette inquietude s'est portee sur tout : les actes, le corps, Ic lieu meme ou elle se trouvait, rien ne lui paraissait stable, tranquille, definitif; elle ne se croyait jamais bien portante dans aucun organe, et elle ne se croyait jamais bien nulle part, elle voulait toujours changer sans trouver de quietude en aucun endroit.
Ces troubles ont semble bientot se localiser sur un point particulier, c'est surtout la confiance et la foi religieuse dont elle a le plus senti la diminution ; peut-^tre, comme nous Tavons souvent remarque, parce que ces sentiments plus delicats que les autres sont en r^alite les plus difficiles et sont alt^res les premiers. Son grand tourment a el6 pendant des annees cette diminution de la foi. Elle allait tourmenter incessamment ses parents et son confesseur en disant qu'elle perdait la foi religieuse, et en demandant qu*on lui rendlt la croyance. Le pretre s'^tonnait a juste titre de sa facon de perdre la foi, il lui demandait si elle n'avait rien lu contre la religion, s'il y avait quelque chose qu'elle ne comprenait pas, un argument qu'il falli^t r^torquer. La pauvre enfant n'avait pas Tombre d'une discussion a faire, elle ne perdait pas la foi a la maniere d'un philosophe qui raisonne, elle la perdait par une atonie de ses facult^s psychologiques superieures, par une diminution de la tension qui n'avait rien a voir avec I'argumentation philosophique. Au debut, de temps en temps, sous des influences en apparence minimes, par un beau soleil, apres un repas agr^able, apres une c6remonie touchante, tout remontait de niveau et la foi revenait sans preuves nouvelles bien entendu. Puis les eclipses furent plus profondes et de plus longue durce, bientot la foi ne revint jamais completement malgr^ de frequentes oscillations, et voici dix ans que le sentiment d'incompletude est reste perp^tuel.
La malade qui decrit admi-rablement son etat, appelle ce premier groupe de phenom^nes, la premiere periode de sa maladie, et pretend que vers Tage devingtans commenga une seconde periode qu'elle appelle elle-meme « la fuite des idees ». En realite
LES obsessions sacrileges ET fiROTIQUES 483
c'est la periode des phenomenes secondaires, des tics et des manies mentales auxquelles elle ne peut plus r^sister. Elle a toutes sortes de tics; mais les plus curieux, ce sont les tics d^eSbrts que nous n^avons jamais vus aussi remarquables. Le sentiment d'insuffisance est si p^nible qu'elle invente toutes sortes de grimaces, de coutorsions, d'eObrts physiques pour y 6chapper. Elle sent qu'il y a la une faiblesse mentale, qu'il faut faire un efTort pour en sortir ; mais ses efforts sont uniquement symboliques et physiques. Ce sont des secousses des bras, des jambes, de la gorge, des morsures a ses mains, des changements du rythme respiratoire, et surtout d'enormes contorsions du corps. Elle en arrive a se rouler par terre, a secouer son ventre et son thorax de la mani^re la plus extraordinaire : il lui semble qu'il faut faire un efTort ou du ventre ou du cceur, et elle se roule ainsi pendant des heures. On comprend comment des observateurs non prevenus pourraicnt se tromper sur le diagnostic ct comment ils prendraient facilement ces contorsions pour des crises d'hysti^rie. A notre avis, les caracteres sont tout difftrents ; la conservation de la conscience, et, apres la crise, la conservation de la m^moire, la possession que le sujet garde de lui-meme et qui lui permet de s'arreter brusquement des que quelqu'un entre, le caractere volontaire de ces contorsions en font un tout autre ph6nomene.
Ces crises d'efTorts, qui en realite se rapprocheut des agitations motrices et des tics, sont tres frcquentes chez les psychasth^niques et se presentent sous divers aspects. Les malades pr^tendent faire des efforts, ou des expiations, ou des mortifications. Une autre malade que nous etudions en ce moment, Ne..., jeune fille de 20 ans, se raidit continuellement au point de simuler des contractures, elle prend dans son lit des positions fausses, fatigantes, elle se prive de boire en niangeant, elle mange tres lentement, elle grince des dents, etc., tout cela « pour faire des efforts qui sont n^cessaires, pour se transformer par des mortifications ». Celle-ci a ^te plus loin, puisqu'elle a pris la singuliere mauie de se briller la peau des bras en y versant des gouttes d*eau bouillante et de se Her les cuisses avec une ficelle tres serr^e. Comme les psychasth^niques, elle n'a pas Tintention de se blesser gravement, c'est accidentellement qu'elle s'est fait une brulure trop forte. Mais elle cherche dans la douleur et dans Teflort une excitation qui la sortc de ses p^nibles sentiments d'incompletude. Ces
48i LES OBSESSIONS DU SACIllLfiGE
crises d'eObrtsdoiveDt etre bien connues, elles sent tout ii fait caract^ristiques de ces scrupuleux.
A cote de ces agitations physiques, se d^veloppent chez Claire les manies mentales : manie de la recherche, manie de retrouver exactement la meme pensee a la meme heure et au meme endroit, ma Die de faire tout par ordre, et de repasser toujours par les m^mes phases avant d'arriver a un mot ou a une action nouvelle, manie de la repetition, manie du retour en arriere, qui lui fait prendre le chemin de fer en horreur et qui lui fait exiger le retour a la station prtx^dente, manie des serments, etc., etc., il n'est pas une de ces manies a laquelle elle ^chappe. Les phobies sont moins developp^es, car en sa qualite de malade avec rumination meutale, elle a peu d'angoisse, mais il y a encore ' une foule d'objet, de mots, de lieux qu'elle redoute et qui provoquent particulierement des crises d'efforts : citons simplement entre autres les cabinets d*aisance. Voila les agitations physiques et mentales qui remplissent cette seconde p^riode.
La malade dit tres bien que peu de temps apres est survenue une troisieme periode quand elle a eu malgre elle des id^es horribles, capables de lui montrer plus clairement encore la chute profonde qu'elle avait faite. Ce sont 6videmment les obsessions precises qui se sont d^velopp^es a ce moment, d'abord Tobsession de la honte de soi a un degr6 invraisemblable, puis Tobsession sacrilege. D'apres ses dires, il n'y a plus rien en elle qui soit rest6 a peu pr^s presentable, elle se m^prise en tout, et elle d^clame contre ses sens, contre sa m^moire aussi bien que contre sa volonte et contre ses sentiments. Elle n'est plus bonne qu'a regarder et a accomplir des sacrileges « a regarder les parties de Dieu sous le voile qui cache le Christ », puis a se repaitre du spectacle du membre viril souillant une hostie. Ces obsessions qu'elle declare elle-m^me plus ridicules que les precedentes manies des eSbrts lui paraissent indiquer une periode plus grave dans sa maladie, parce que avec sa manie de precision elle les a rendues symboliques. Son abaissement est represents par un precipice dans lequel elle est descendue, dans lequel il lui semble qu'elle continue toujours a descendre plus ou moins vite et son irreligion s*est symbolisec dans Thallucination sacrilege que nous connaissons. Aussi, cette derni^re periode est-elle remplie par les obsessions hallucinatoires.
C'est a ce moment que Claire, agee de aS ans, fut conduite a
LES OBSESSIONS SACRILEGES ET fiROTlQUES 483
Paris et fut examinee par plusieurs medecins, en particulier par M. Magnan. Malgr^ les reticences de la malade qui cacha en particulier les hallucinations du membre viril et de Thostie, M. Magnan diagnostiqua des crises d*obsession sur un fond de deg^n^rescence mentale. Quand deux ans plus tard nous avons eu a examiner la m6me malade, nous avons et6 oblig6 d'arriver a une conclusion analogue et de rattacher ses troubles a des tics et a des id^es obsedantes chez une psychasth^nique.
II est en efTet important de remarquer que meme dans la derniere p^riode Claire a conserve toute sa lucidity et qu'elle a la conscience a peu pres complete de ses obsessions, au moins en dehors des grandes crises. Cette jeune fille preseute sans doute des troubles de Tattention volontaire comme tous les psychasth^niques, mais ellen'apasde confusion mentale proprement diteet, quoique la maladie dure defpuis bien des ann6es, il est impossible deparler de troubles dementiels. Une personne qui fait preuve d'un certain talent artistique, qui travaille avec acharnement et avec succes le dessin et la peinture « precisement pour lutter contre ses id^es », qui nous ecrit dans de longues lettres de fines analyses psychologiques de ses tourments ne nous semble pas se rapprocher de la d^mence precoce a laquelle nous avions song6 un moment.
D'autre part il est difficile de considerer comme un d6lire m6lancolique systematise des idees qui se pr^sentent de cette mani^re. La malade a toujours su cacher ses pens^es de honte et ses hallucinations « afin qu'on ne la prit pas pour une imbecile... » Elle sent fort bien a qu'au fond elle se conduit aussi bien que les autres et elle reste stup^faite d'etre aussi tourmentee par de telles absurdites. » Ses hallucinations si incompletes, « qu'elle ne prend pas pour des realites », qui ne sont que des symboles ne doivent pas faire illusion et faire croire a la systematisation du delire. Si dans les grandes crises d'efforts « elle croit bien qu'ily a quelque chose a faire », dans d'autres periodes qui separent les crises elle rit d'elle-meme et semble une personne entierement normale, intelligente et aimable. Malgre le developpement considerable de la maladie, nous sommes bien en presence du meme trouble que chez les malades precedents. Sans doute il n'est pas absurde de craindre pour Tavenir un delire melancolique plus ou moins systematise ou meme une demence finale. Comme nous le verrons ailleurs, la maladie des obsessions ne met pas le sujet a
486 LES OBSESSIONS DU SACRILfiGE
Tabri des autres psychoses. Bien au contraire, elle leur offre probablement un terrain tres favorable. Mais pour le monieDt, ces psychoses ne se sont pas d^velopp^es et la maladie quoique grave reste un ^tat psychasth^nique.
Pour essayer de lutter coutre le d^veloppement des troubles mentaux, nous avons impose a cette malade toute Thygiene physique et mentale que nous avons souvent decrite. Nous n'insistons que sur un point : il est facile de remarquer que toutes les excitations mentales, quelles qu'elles soient, le changement, la distraction aussi bien que T^motion la relevent pour un temps plus ou moins long. La mort de son p^re Fa guerie pour trois mois, une maladie de sa mere que nous avions jug^e grave Ta transform^e pour quelques jours, mais on ne pent pourtant pas lui presenter constamment des agonisants. II faut essayer de Texciter par tous les moyens possibles : a C'est lui rendre un enorme service que d'arriver a la faire pleurer. » Provoquer chez elle une colere, une joie, un espoir, ou une douleur est un travail quelquefois trcs difficile que nous arrivons cependant a faire souvent. Exciter Tattention, obtenir un effort r6el de la volont^, ce sont des exercices qui Tout tres souvent amelioree d'une manifere considerable.
Quel a 6i6 le resultat de ces efTorts ininterrompus pendant cinq ans? 11 faut d*abord convenir en un mot que Claire n'est pas guerie, qu'ellc est encore tres anormale et que les grands troubles pourraient facilement reapparaitre. Mais ceci constate, il faut reconnaitre que la maladie loin de progresser a r^gulierement r^troc^d^.
L'am6lioration a lieu par periodes « d'instants clairs » plutot que par un progres continu. Voici en effet de quelle maniere le traitement est en ce moment organist. La malade qui habite d*ordinaire la province vient passer quelque' temps a Paris, quand les troubles mena^ants exigent un nouveau traitement. Apres un sejour de deux ou trois mois, Claire a retrouv^ lecalme et retourne dans son pays. A ce moment, elle n*6voque plus de representations sacrileges, elle n'a plus de crises d'agitation motrice. Elle s'occupe, travaille reguli^rement et a une vie en apparence tout a fait normale. « Le plus diflGcile, dit-elle, c'est de convenir avec moi-meme que je suis bien portante comme autrefois, le mieux est de ne pas y penser. » Malheureusement cet 6tat, dont nous nous contenterions fort bien, ne dure pas plus de quclques mois.
L'OBSESSION DU FACTE AVEC LE DfiMON 487
Apres trois ou quatre mois il y a ^videmment abaissement du niveau mental, « lalumiere s*eIoignede nouveau », les agitations et les obsessions recommencent graduellement, et quand Claire vient nous retrouver, elle est de nouveau fort troublee. Nous sommes disposes a croire que dans ce cas comme dans plusieurs autres, par le progres de I'age et par T^dueation de Tesprit, les p^riodes de reehute s'^loigneront de plus en plus.
Observation aaS. — L'obsession du pacte avec le d6mon. —
Engourdissements, sentiment dHncompUtudey manies mentales, manie despactes.
L'observation de cette- malade, Lise, ag6e de 28 ans, comme celle de la precedente, ne pent que vous etre r^sumee, ear la plupart de ces faits vous sont deja bien connus, il suflfit de vous montrer a quel point ces manies mentales peuvent se d^velopper et comment elles peuvent troubler la vie tout entiere*.
Lise estactuellement, et depuis plus de quinze ans, uneobsed^e sacrilege, perpetuellement occup^e a m^diter sur le culte du ddmon, sur le princIpe du nial, sur les services que le diable pent lui rendre en echange des ames qu'elle lui donne et en particulier de Tame de ses enfants qu'elle se figure avoir offerte au d^mon pour obtenir sa protection. On dirait un grand d^lire mystique chez une alienee syst^matique. II n*en est rien : Lise a toute sa raison, elle tient sa place dans la soci^te, et il y a a peine quelques personnes qui soup^onnent les invraisemblables folies qui remplissent son esprit. Elle est parvenue,parun longexercice, a se dedoubler complctement, elle pent agir et causer correctement et passe aux yeux de tons pour une personne pleine de sens, tandis qu'elle continue au dedans d'elle-meme sans interruption son bavardage sur le diable et sur le petit commerce qu'elle entretient constamment avec lui. Mais si elle pent dissimuler, et elle u'en souGTre pas moinset elle est bourreleede tristesses, d'inqui^tudes, de tourments a propos de ces marchandages dont elle discute perpetuellement la valeur.
Comme dans l'observation pr^c^dente nous sommes ^tonnes de
I . Beaucoup de details de cette observation se irouvent ^tudi^ dans les diff^rents chapitres du premier volume de cet ouvrage.
4K8 LES OBSESSIONS DU SACHlLfiGE
ne pas trouver d'antecedents hereditaires bien nets pour une affection aussi grave et aussi tenace. Cependant une grand^mere, sans avoir ^te alienee, Tut autoritaire et bizarre, les parents semblent assez raisonnables. Nous ne pouvons que faire toujours la m^me remarque, c'est que le pereet la mereont cette disposition a manquer d'^nergie active, cette tendance a remplacer la vie active par la viede la pens^e, cette disposition a la delicatesse morale et aux scrupules qui nous ont deja semble plusieurs fois la preparation a la maladie psychasthenique chez les descendants. Dans cette famille, cela est trop Evident, puisque non seulement Lise est atteinte aussi gri^vement, mais que son frcre pr^sente une maladie absolument semblable, quoique un peu moins grave.
La maladie a debute, cela est important, des la premiere enfance avant la puberte. A cinq ans Lise n'^tait pas une enfant comme les autres, triste, reveuse, m^ticuleuse, incapable de se donner compl^tement a unjeu, elle avait d^ja des manies de rangement et de precaution. Grands scrupules a douze ans, bien entendu a propos de la premiere communion, manie de Tinterrogation pour savoir si elle a la vocation religieuse, pour savoir si elle a promis au ciel d'entrer au convent. A quinze ans, nouvelle crise de scrupules religieux, interrogations interminables sur la v^racite de la religion, sur le probleme de savoir si elle croit a Teucharistie, ou si elle n'y croit pas. Puis, graduellement, meditations sur le salut, en particulier sur le salut des personnes qu*elleaime.
Elle se demande ce qu'elle pent faire, ce qu'elle pent promettre pour obtenir ce salut : la manie des promesses et des pactes prend un d^veloppement ^norme que nous avons rarement rencontre a ce degre. Pour sauver Tame de son pere ou de ses frferes, elle promet deux ou trois autres ames au demon, puis elle trouve cela absurde et criminel et promet de faire ou de ne pas faire tel acte pour les racheter. II lui semble qu'elle doit promettre la chose qu'elle aime le mieux pour offrir au demon un sacrifice agreable et la voici qui promet I'ame de ses enfants. C'est ce qui Tamene a discuter sur la puissance du demon, sur la valeur de telles promesses et peu i\ peu se constitue des Tage de vingt ans une veritable obsession mystique qui a pris par moments degrandes proportions, que nous avons pu reduire mais non supprimer.
A IVige de 20 ans Lise fut traitee par Charcot qui conseilla le mariage. 11 y eut, en effet, apres le mariage une periode d'amelioration pendant un an ou deux. Puis la malade retomba dans les
L'OBSESSION DU FACTE AVEC LE DfiMON 489
memes ruminations mentales et dans une p^riode de grande agitation survenue au debut d'uhe grossesse elle fut presentee a M. Magnan qui la consid^ra comme une obs^d6e typique et r^ussit pendant quelque temps a ameliorer son ^tat par I'usage du bromure. Quand nous Tavons ^tudiee un an apres, les interrogations sur le d^mon ^taient devenuescontinuelles et avaient envahi toute la vie de la malade qui etait devenue incapable de se livrer a aucune autre occupation.
II est int^ressant de rechercher quels sont les troubles fondamentaux qui semblent chez cette malade les conditions du d6lire. Nous sommes frappes du role que parait jouer Tengourdissement physique et moral dans la pathogenic de ces ruminations. La malade pr^sente au plus haut degre les troubles physiques de la neurasthenic : atonic gastro-intestinale typique et grave, colite muco-membraneuse,amaigrissement, fatigues, insomnies,rachiaIgie, c^phalalgie du vertex, la peau devient facilement seche et pulv^rulcnte, grande disposition a Texzema qui reapparait a tout propos.
L*6tat mental est caract^rise par une aboulie fondamentale, aggrav^e bicn entendu pour les actes qui ont quelque rapport avec les obsessions predominantes. L'attention complete est diflScile, Tesprit est comme eparpill^, il faut un ciTort fatigant pour lire, pour ^couter. <c Dhs qu'il y a pres de moi plusieurs personnes, je ne comprends plus du tout; j^entends les mots et je ne sais pas cc que Ton dit, rien n'est stable ni fixe devant moi. Les sons ni les idees n'entrent pas avant dans ma t6te, c'est comme un manque de vie que j'ai dans la tete. » L'engourdissement se manifeste dans toutes les sensibilit^s qui sont reduites, surtout du c6t6 droit: il y a par moments une veritable analgesic analogue a ce que Ton observe dans I'hysterie, ce qui est bien rare chez les psychasth^niques. Le m^me abaissement du niveau mental est surtout curieux dans les Amotions, la malade n'a jamais d'^motion vive, il y a toujours une partie d'elle-meme qui n*y prend pas de part, aussi est-elle toujours comme gen^e, guind^e, incapable d'aucun laisser-aller, ni dans les affections ni dans les antipathies. Sans doute les idees qu'elle a en t6te constamment jouent un role dans cet arret des Amotions et comme tons les malades de ce genre Lise est dispos^e a tout mettre sur !e compte des idees obsedantes. « Je suis, dit-elle, sans cesse poussee a m'observer, a me critiquer ; si je me laisse aller a un
i«0 LES OBSESSIONS DU SACRILEGE
sentiment, j'ai envie de me moquer de moi. » II est vrai que les choses se passent quelquefois ainsi, mais ces id^es, ces ruminations ne sont que des phenomenes secondaires, elles sont ellesmemes une consequence de Tincompl^tude des phenomenes psychologiques, ce sont des phenomenes de derivation et a notre avis Tarret de la volonte, de I'attention, de T^motion est anterieur. Des que la malade a ete un peu excit^e, remontee, les sentiments se developpent et les ruminations diminueut ou disparaissent. Sa famille s'^tonne alors de la voir plus gaie et plus vivante. On se rend alors mieux compte de Tengourdissement considerable qui d'ordinaire amenait toutes ces insuflisances.
Sur ces engourdissements, qui sont chez elle lephenomene fondamental de beaucoup le plus important, se greCTent quelques tics, un irbs petit nombre d'angoisses, mais surtout des ruminations mentales, des manies des nombres, des manies des eObrts, des manies des precautions, des hesitations, des interrogations, des associations d*idees, et surtout au premier rang la manie des promesses, des sermeuts et des pactes. II semble que ce soient ces promesses et ces pactes qui arr6tent Taction et les sentiments ; nous sommes disposes a croire au contraire que c'est cet arret qui donne naissance aux reveries. Tout effort violent, soit pour parvenir simplement au sommeil hypnotique', qui hien entendu n'est jamais complet chez elle, soit pour sentir une emotion, soit pour faire un acte d'attention, suffit pour faire disparaitre la manie des pactes pendant plusieurs jours.
II est tres curieux de noter combien une amelioration de ce genre lui coQte de peine ; elle vit evidemment plus heureuse et plus calme quand son esprit est ainsi plus actif, plus tendu, plus pr^s du reel, mais cette activite plus grande lui cottXe un effort inou'i et continu. Elle finit par en etre epuisee et il fautqu'elle se laisse aller de nouveau a un engourdissement progressif qui va bientot, elle ne le sait que trop, ramener les ruminations et toutes les obsessions sacrileges. On dirait qu'elle a besoin d'etre malade, et au debut de notre observation nous ne pouvions pas comprendre pourquoi elle semblait ainsi rechercher les rechutes tout en les redoutant beaucoup. Ces personnes, pour se maintenir a un niveau mental moyen compatible avec la vie reelle, out besoin d'un travail, d'un effort analogue a celui que nous donnons momentanement dans une lutte, dans un concours: il est facile de comprendre qu'ils ne peuvent pas continuer cet effort indefini-
LES OBSESSIONS DU PAGTE AVEC LE DfiMON 49i
ment. Nous avons amene Lise a remonter ainsi tres souvent et pendant de longues periodes, mais elle retombe par moment, parce que la nouveaut^ du traitement, les proc^d^s d^encouragement s'^puisent et qu'elle sc fatigue de se bien porter.
Quand elle est trop faible pour se tendre davantage, il faut se borner a calmer les ph^nomenes d'excitation secondaire par le bromure et attendre une circonstance favorable pour la faire remonter de nouveau. Aucun sujet ne nous a mieux fait comprendre cette impuissance fondamentale, hereditaire, tout a fait eonstitutionnelle, qui se retrouve chez le plus grand nombre de ces malades, impuissance de Tactivit^ c6r^brale pour s*adapter a la realite. Cette insuffisance c^rebrale ne supprime que les phenomenes de haute tension, les fonctions du reel, elle laisse subsister les phenomenes de basse tension, c'est-a-dire les representations imaginaires et les pens^es abstraites, elle est meme compatible avec un brillant developpement intellectuel. C'est une impuissance que le traitement pent diminuer, qu'il pent pallier, mais que jusqu'a present nous sommes incapables de faire disparaitre.
II est juste de remarquer cependant qu*aujourd'hui a Tage de 32 ans la situation de la malade est extr^mement modifi^e. Les obsessions proprement dites, les ruminations sur le culte du demon et sur les pactes faits avec lui n'existent plus a proprement parler. La malade pretend y penser encore de temps en temps quand elle sent son esprit fatigu^, mais elle a remplace les idees precises par des chiffres, par des symboles qui les ri^sument, et ce sont simplement ces chiQres, ces mots rapides qui reviennent a sa pens^e. On ne pent plus dire qu'il y ait la une recrimination analogue a celle qui existait autrefois. Aussi Lise ne se pr^occupe-t-elle plus de ces idees et peut-elle, dans une mesure a notre avis encore incomplete, se livrer a ses occupations. Elle vient encore nous voir, mais d'une maniere bien plus irr^guli^re et a des intervalles souvent assez longs. Dans des cas de ce genre, il semble bien, comme ledisaitM. Jules Falret, que Tid^e obs^dante ne disparait jamais completement. Le traitement se prolonge, il ressemble plus a une education et a une direction qu'a un traitement proprement medical, mais il a evidemment des resultats importants.