CONFUSION MENTALE AVEC ATTITUDES CATATONIQUES
peur sc developpe sur un terrain hysterique et en garde quelques caracteres. On pourrait remarqiier ici meme que la rdp6tition de pelites crises de stupeur, separ^espar des intervalles de lucidity, se rapproche encore des allures de Thyst^rie. Nouspourrons probablement conclure d'une maniere plus nette quand la malade se sera r^veill^e de la crise actuelle si nous parvenons a nous faire comprendre d'elle.
La seule chose que nous sachions avec certitude, parce qu^elle nous est longuement expliqu^e dans une lettre de la mere, et parce que la tante qui accompagne la malade confirme cette description, c*est que la jeune (ille pr^sentait depuis plus de six ans une serie d'obsessions scrupuleuses. Les manies de la repetition et les manies de la perfection lui faisaient passer des nuits entieres a genoux pour arriver a « bien dire une priere ». EUe a eu des obsessions de remords non seulement a la suite des confessions, mais encore a la suite d'un bal ou elle croyait avoir ete inconvenante. Les angoisses qu'on nous, decrit et qu^elle avait dans la rue se rapprochent des agoraphobics. En un mot, cette jeune fille a ete une obs^dee et une phobique pendant six ans, et vous voyez qu*elle est aujourd'hui dans un ^tat de stupeur avec attitudes catatoniques.
506 LES ACCIDENTS VfiSANIQUES
DEUXIfiME SECTION DELIRBS SYSTEMATISES
Observation a3o.— DMire systimatique, irotique et mystique.
— Confusion du reve et de la realiti.
Nous continiierons autant que possible au debut de ces lemons du mardi a vous presenter quelques malades atteints de troubles psychologiques. Ces applications de la psychologie a la clinique nous permettront de passer en revue les principales n^vroses que nous ne devons pas negliger pour Tetude plus precise des lesions organiques du systeme nerveux. Elles contribueront dans quelques cas a vous preparer aux etudes de psychiatrie qui completent si necessairement les recherches neurologiques.
Cette jeune femme de 26 ans, Ssa..., a ete amende dans le service il y a deux mois et elle pr^sentait au d^but un 6tat tout a fait bizarre qui nous a quelque peu embarrasses. Elle paraissait tout a fait incapable de marcher et de remuer, il a fallu la porter en brancard, elle expliquait tres mal son 6tat et semblait delirer completement.
<( Elle 6tait dans le ciel, disait-elle, et non plus sur la terre, elle attendait son pere spirituel et ne ferait rien tant qu'il ne serait pas la. Elle parlait directement avec le bon Dieu qui lui commandait d'attendre patiemment. » Pendant quelques jours on ne put rien en tirer de mieux et elle restait couchee immobile dans son lit, refusant meme de manger. Heureusement qu'un hasard nous permit de prendre la direction de son esprit : elle nous r6p^tait sans cesse qu'elle n'ob^irait qu'a son petit pere; nous avons eu Taplomb bien facile de nous declarer son petit pere et cette declaration a eu un plein succ^s. <( C'est vrai, a-t-elle repondu, vous le representez, je ferai ce que vous voudrez. w Nous lui avons alors commande de se lever, de marcher, de manger, de travailler dans les salles et depuis ce moment elle se conduit fort correctement eu repliant : « Mon petit pere me Fa dit, je ferai ce que veut mon petit pere. » Mais elle a continue a avoir un delire en apparence tres complexe. Nous ne savons si elle va vous Texposer aujourd'hui, car elle va beaucoup mieux depuis
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quelque temps et clle se pr^sente suivant les jours sous des aspects tres variables.
Dans les moments oil elle adopte completement son delire, en voici les points principaux : d'abord elle declare s'appeler Genevieve D..., et refuse le nom de Marie Ssa..., qui est son vrai nom. Elle croit ^tre la fille d'un monsieur D..., et d'unc dame Jeanne W... Ce monsieur D... qu'elle n'a jamais connu serait le frere d'un abb(^ D..., pour lequel elle a une grande passion. En somme elle se croit beaucoup plutot la fille de Tabbe D... ; c'est par une sorte de discretion vis-a-vis de cet ecclesiastique qu'elle consent a n^etre que sa niece. Cette filiation rcligieuse ameue dans son esprit des consequences bizarres, elle croit qu'elle n*est plus sur la terre, mais dans le ciel et qu'elle jouit d'un bonheur immense en recevant les caresses de son pere spirituel qui Tappelle son petit Jesus. Comme elle est deja dans le ciel, elle n'est plus soumise aux conditions de la vie terrestre, elle est immortelle, elle est certaine de ne plus jamais souffrir, de ne jamais mourir. Yoici en quelques mots un grand delire dont les diverses parties sont suflfisamment coordonn^es, qui a une certaine unit6, c'est ce qu*on appelle en psychiatrie un delire systematique ou une paranoia. Si vous ajoutez que la conviction de la malade semblait profonde, qu'elle paraissait avoir des hallucinations vous auriez ^t^ tout portes a la considerer comme attcinte de paranoia incurable, d'un de ces delires mystiques systematiques qui ^voluent pendant toute la vie.
Nous avons eu quelque hesitation avant d'accepter ce diagnostic a cause du souvenir d'un malade presque semblable que beaucoup d'entre vous ont vu ici il y a quelques annees. C*etait un pauvre maitre d'etudes qui changeait aussi son nom et se croyait le fils naturcl d*un banquier et d'une grande dame. Nous avons ^t6 amends a reconnaitre qu*il y avait chez lui un ^tat de r^ve en somme assez passager^ Aussi avons-nous recherche avec quelque soin le developpement de ce singulier delire, cela n'a pas et6 facile, ear nous n'avons pas pu recueillir de renseignements suffisants donnes par la famille. Yoici ce que nous croyons vraisemblable : nous ne savons pas grand'chose sur les parents, le pere devait etre un singulier personnage, cette enfant fut tres malheureuse dans sa famille, elle etait peu aimee et sans cesse frappee