I. Nevroses el idees fixes, II, p
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a cause de tous ses dc^fauts. Elle 6tait paresseuse et tres vaniteuse, elle voulait sans cesse qu'on s'occupat d'elle, qu'on la consolat, qu'on la dirigeat comme tous ces malades de volonte faible.
Elle soutient que son pere veritable, Ssa..., non seulement la frappait mais tres souventabusait d'elle. Yous comprenez que vu son etat de delire il est tres difficile de savoir que penser de cette accusation, cependantvoici un petit fait qui la rend vraisemblable. L*un de nous a ecrit a ce personnage en le priant de venir lui parler a la Salpetrifere, le pere a repondu par un petit mot tr^s sec qu'il ne pouvait se d6ranger etant a la campagne. Corame tout justeroent nous habitions Tet^ non loin de la, nous lui avons 6crit de nouveau qu'il aurait moins de derangement en venant nousvoir a deux pas de chez lui a la campagne : cet individu n'a pas daign^ r^pondre. Cela montre au moins qu'il ne tenait guere a s'expliquer sur Tetat de sa fille.
Celle-ci,tresmalheureuse et trestourment^ea propos de la conduite de son pere, s'est reproche toutes sortes de choses, elle pr^sentait au debut un veritable delire du scrupule et elle allait se confesser perpetuellement.Un pretre la prit en pitie, lui conseilla de ne plus voir son pere qui se conduisait mal et lui donna toutes sortes de bons conseils. La voici boulevers^e par la honte, par les remords, par Tamour pour ce pretre qui a pris une grande influence sur elle et elle entra dans un hopital ce printemps en • pr^sentant un veritable etat de delire. Ce delire ressemblait a de la confusion mentale : elle avait des hallucinations c^rotiques et mystiques, elle interpr^tait toutes ses actions dans un sens religieux et symbolique. Elle se souvient encore aujourd'hui de ce delire : a Jesentais, dit-elle, la grace dubonDieu, parce que je me brossais les dents dans le bain. Je me voyais ensevelie dans une eglise^ je voyais les catafalques. Le bon Dieu m'a parle, m'a dit que je vivrais, que jc serais heureuse. » Ces delires au cours de la confusion plus ou moins grave sont assez frequents chez les scrupuleux, nous en avons d^jh vu plusieurs exemples.
Elle s'est r^tablie cependant, mais d*une maniere imparfaite, en eOet quand elle est calme dans son bon sens, elle se plaint d*une maniere assez raisonnable. Elle dit qu*elle se sentchang^e, qu'elle n'est pas faite comme auparavant, qu'elle ne comprend plus comme auparavant, qu'elle n*a plus sa volonte a elle, qu*elle ne fait plus, et ne pense plus ce qu'elle veut. Tout cela est tres juste, ce sont ces sentiments dc diminution de la volonte et de
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ratlention, de diminution de la perception de la r^alit^ qui sont si frequents chez tous les abouliques et qui sont particuli^rement d^velopp^s apres une periode de confusion.
De tels sentiments inspirent in^vitablement Tidee qu'on est change, qu'on n'a plus sa personne, qu'on est mort, qu*on est ressuscit^. II y a quelque temps nous voyions une pauvre femme qui apres la fievre typhoide avait conserve pendant quelque temps une singuliere illusion. EUe croyait qu'elle 6tait morte pendant sa maladie, puis qu*elle ^tait ressuscitee sur une autre planete. L'arc de triomphe qu'elle voyait de ses fen^tres 6tait une pale imitation faite par les habitants de la planete de notre arc de triomphe terrestre.
Celle-ci a tout naturellement eu des r^ves du meme genre, touta-fait en accord avec ses secrets d^sirs : depuis longtemps, elle avait en horrcur son veritable p^re, elle aurait bien voulu le changer contre Tabb^ D... ; elle r6va que le changement 6tait r^ellement accompli. Le caractere religieux de celui-ci changeait les amours terrestres en amours mystiques. Les objets etant devenus pour elle m^connaissables elle se voyait dans un autre monde et par consequent dans le ciel. Son d^lire n'^tait en somme qu'une fa^on de nous exprimer a sa manicre qu'elle avait des troubles de perception de sa personne et du monde exterieur.
Sans doute une personne intelligente et surtout attentive aurait pu distinguer que tout cela n'^tait qu'un reve, mats cette distinction du reve et de la realite est plus difficile qu'on ne le croit. Les caracteres distinctifs s'att^nuent fortement dans T^tat psychasthenique et il est tout naturel que cette malade d^nu^e de toute attention ne parvienne pas a faire cette difference. La preuve en est un progres tres curieux qui s'est fait dans sa maladie. Elle se porte en reality de mieux en mieux; quelques soins d'hygi^ne, le repos, quelques directions de son attention ont fort attenu^ les troubles de perception. Aussi, il y a des jours oil elle reconnait parfaitement que tout cela est un reve. Elleavoue qu'elle n'y comprend rien, qu'elle n'est plus dans la reality : « Je sais bien que je ne suis pas au ciel mais ou suis-je ? Je ne comprends rien a ce qui se passe. » Mais cette lucidity ne dure pas longtemps et des qu'elle se fatigue le d^lire recommence.
C'est done un cas nouveau de confusion du reve et de la veille a la suite des troubles de perception des psychastheniques et nous nous attendons a une guerison a peu pres complete.
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Observation a3i. — DMire de persecution et d^lire de scrnpule. — Ruminations meniales, manie de rosciUalion, inquietude, sentiment du mauvais fonciionnement cerebral.
Nous continuoDs a vous presenter a l^occasion des cas qut sont interm^diaires entre les nevroses et les psychoses. Nous sommes persuades que cette ^tude est importante pour le neurologiste qui doit savoir que les nevroses d^terminent presque toujours des troubles de la pensee et se dirigent dans leur d^veloppement vers Talienation, pour Talieniste qui trop souvent ne voit ces maladies que trop tard et ne soup^onne pas leur d^but purement n6vropathique.
Yoici une personne de 35 ans, Ha..., qui pr^sente ou plut6t qui pr^sentait nettement il y a deux mois les sympt6mes d'un d6lire de persecution. Elle venait en efiet se plaindre d'etre tr^s tourmentee. « On rendortdanssachambre,o/2rhypnotise,o/i la pousse dans le dos, on lui fait faire des pirouettes. Mais surtout on lui parle a travers le mur, les voix se melent de tout ce qu'elle pense, r^petent ses pens6es, les tournent en ridicule ou bien la distraycnt de son travail en lui racontant des betises, en lui disant qu'une de ses tantes a cent trente ans. Enfin les voix Tinsultent, Tappellent garce, putain, la menacent de la faire mourir a la Salp^triere, etc. »
Yous notez ici les troubles dans le sentiment des mouvements : a Elle se sent pouss^e. » Yous remarquerez les hallucinations de Touie qui repetent ses pens^es et qui Tinsultent, puis les interpretations delirantes, Tid^e qu*il s'agit de personnes agissant en travers du mur et qui Thypnotisent. C'est bien un d6lire de persecution, encore fruste, mat coherent, maisqui ne demande qu'a se developper eta se completer.
Pour rinterpretation de ce delire si singulier et si important, nous voudrions noter ici quelques details relatifs a son m^canisme et rapprocher cette malade d'autres sujets que nous avons etudi^s ensemble. Yous vous souvenez en particulier dela malade presentee mardi dernier et dont le delire de scrupule ^tait si bizarre. Nous avons fait a son propos quelques remarques sur les scrupuleux, sur leur manie de s'accuser eux-m^mes, leur m^contentement de leur personne, leur hesitation, leur inquietude, etc.
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Eh bten, nous voudrions vous montrer qu'il y a beaucoup d'analogie, surtout dans les debuts, entre le d6lire de la persecution et le delire du scrupule.
Cette personne, Ha..., que nous avons sous les yeux, est aujourd'hui une pers^cut^e, mais elle est en m^me temps et surtout elle a ete depuis longtemps une scrupuleuse. Depuis des ann^es elle est inqui^te a propos de son travail, elle se reproche toujours de ne pas travailler suffisamment et elle se tourmente de tout. « Pourra-t-elle gagner sa vie, ne sera-t-elle pas renvoy^e, etc. ?» Bien plus, elle avait des nianies qui sont tout a fait caracteristiques du ddire du scrupule, celle de faire des serments, par exemple, pour s'exciter au travail. Tons les scrupuleux font ainsi des serments pour une foule de choses, c'est un moyen de fortifier en apparence une volonte qu'ils sentent chancelante.
Elle avait aussi une manie bien caracteristique, celle de se poser des alternatives mentales, de faire des sortes de pactes comme les scrupuleux. Une de nos malades scrupuleuses raisonne continuellement ainsi : cc Si je fais tel acte, si je joue du piano par exemple, je donne mes enfants au diable ; si je ne fais pas tel acte c'est que jepromets a Dieu d'Mre religieuse, etc. » Un acte entraine toujours une consequence qu'elle redoute. Un degr6 de plus existe chez un autre de nos malades scrupuleux, il sent une voixi/i/eVi^///'^', qu'il attribue, il est vrai, a une femme de chambre et cette voix lui reproche chacune de scs actions en lui en indiquant les motifs et les consequences plus ou moins reelles. « Tu as^pris un fiacre, lui dit la voix, pour eviter de rencontrer des femmes dans le tramway, tu n'en seras pas moins immoral..., etc... » Allons encore un peu plus loin et ces hesitations de la conscience, ces oscillations entre les consequences diverses, ces remords plus ou moins ridicules vont s'exprimer par une hallucination exterieure et nous aurons le cas de cette pauvre femme qui presente les oscillations des scrupuleux avec la forme des hallucination des persecutes. Quahd elle songe a sortir, quand elle hesite entre telle ou telle promenade, elle entend au travers du mur une voix qui se moque d'elle et lui dit : u Si tu vas aux Halles tu seras une vieille putain, si tu vas aux Tuileries tu seras une vieille foUe et Suzanne te tuera. » Elle se decide a aller aux Halles et la voix se moque d'elle comme la voix de la femme de chambre de notre scrupuleux et elle lui crie : a C'est vrai que tu es une vieille garce. »
On pourrait constater la meme analogic dans beaucoup de
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details du d^Iire. Le point de depart des deux cot^s est un sentiment d*inqui^tude de I'esprit : il y a dans les deux cas une periode de preparation qui est netlement une p^riode d'inqui6tude a laquelle les malades reagissent d'une maniere ou de Tautre suivant leur caractere et leurs predispositions ant^rieures, dans le sens du scrupule quand ils sont doux et timor^s, dans le sens du delire de persecution quand ils sont plus agressifs et surtout plus orgueilleux.
La grosse di(ncult6 dans F^tude de ces grands delires c'est de comprendre la nature de cette inquietude fondamentale. Les alii^nistes qui ont bien not6 cette phase d'inquidtude prec^dant ces delires syst6matiques ont presque toujours employ^ un mot qui nous semble bien vague. II s'agit toujours, disent-ils, de troubles de la ccenesthesie. Voyez encore a ce propos un interessant m^moire de MM. Yigouroux et Decasse, voyez aussi une discussion curieuse de ce memoire dans Tarticle recent de M. Marandon de Montyel. « De la genese des conceptions d^lirantes et des hallucinations dans le delire systematise » dans la Gazette des hdpitaux, 5 juin 1900. M. Marandon fait observer que, d^ja en 1888, a la Society m^dico-psychologique, il attachait ces idees a des troubles ant^rieurs de T^motivite qui n*etaienl pour lui que des troubles CGenesth^siques.
Tout cela est exact en general, mais que faut-il entendre par ces troubles coenesth^siques? Ordinairement on entend par ce mot des sensations anormales venant des divers visceres, des troubles dans la sensibility du coeur, des poumons, de Testomac. Sans doute cette femme se plaint de quelques troubles gastriques et intestinaux analogues a ccux que d^crivent tons les neurastheniques : ces troubles sont-ils sulHsants pour expliquer le delire? En aucune fa^on. II est facile de constater que de tels troubles beaucoup plus graves existent chez beaucoup de malades sans amener aucun delire, quails peuvent manquer chez beaucoup de scrupuleux et de persecutes, que souvent enfin ils sont la consequence plutot que le point de depart du trouble cerebral.
A notre avis, ce sentiment d'inquietude est cerebral plutot que visceral, c'est un sentiment de mauvais fonctionnement cerebral qui joue le role principal. Ce qu^il Taut analyser ce sont les troubles dans le fonctionnement de I'esprit, troubles que nous connaissons encore tres incompletement. On y constate bien des modifications de Tattention et de la volonte, des exagerations de
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rautomatisme, etc... Ces malades ont un sentiment d'automatisme dont nous avons souveot parl^, un sentiment de perte de leur indSpendance, de perte de la volont6 dont lis souffrent longtemps avant de d^lirer.
L'id^e obs^dante est une sorte de symbole qui resume et r^unit tous ces sentiments anormaux des malades relativement au m^canisme de la pensee, c'est pourquoi ils Taccueillent avec tant d'ardeur.
Ce qu'il faudrait pouvoir modifier chez eux c'est cet 6tat de la Yolont^etde Tattention. Notez qu'ici, par exemple, d^s que la malade n^est plus seule, d^s qu'elle travaille dans un atelier, au lieu de travailler seule dans sa chambre, son courage se raffermit et les id6es fixes aiminuent tout naturellement.
Nous avons souvent 6tudi6 d^ja ce mecanisme du d6lire etcette analyse de I'^tat d^inqui^tude. Bornons-nous a rappeller aujourd'hui cette analogic qui existe dans les debuts entre les pers^cut^s et les scrupuleux.
Observation a3:2. — Obsession de lutte et crise d*agitation« — Le symbole et la m^taphore dans la latte physique sabstitui A la lutte morale, persecution et scrupule,
Ce malade, un homme de 4o ans, Lrm... qui vient de nous raconter ses mis^res, est tourment^ par une vari^t^ d'obsessions vraiment bien curieuse. L'id^e qui tourmente ce malade est plus particulierement int^ressante parce que son contenu le rapproche d'un grand d^lire, le d^lire de persecution, dont la pathogenic est si peu comprise, et qu'elle est en quelque sorte interm^diaire entre les n^vroses et les psychoses.
L'etude de cas de ce genre nous amenera plus tard a comprendre par quelles transitions le malade pent passer des etats neurastheniques aux divers troubles de Taboulie, aux id^es obs^dantes de scrupule, au delire de persecution. Malheureusement ce malade ne se pr^te pas tres bien aux fines analyses psychologiques, parce qu'il ne parle pas tres couramment le fran^ais. Son cas va nous servir surtout a poser divers problemes que les etu~ des cliniques de cette ann6e contribueront peu a peu a edaircir davantage.
Cet homme est deja venu a la Salp^triere, il y a pas plus de dix ans, pour consulter Charcot sursesidees fixes. Nous ne sommes
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pas bien silrs que Charcot Fait bien compris, car a cette ^poque il parlait a peine fran^ais. On Ta probablement rapproche de ces n^vropathes voyageurs, juifs pour la plupart, qui cherchent de ville en ville un soulagement a leurs maux et a propos desquels M. Meige a fait sa jolie th^se qui a pour titre « le Juif errant ».
Ce n'^tait qu'une partie de la v^rite : aujourd'hui ce pauvre homme explique mieux son obsession qui est toujours la meme et qui a plus de seize ans de dur^e : tachons de comprendre cette id^e singuliere.
Lrm... pense constamment a un de ses amis M. X... qu^il a laiss^ en Russie et qui ^tait autrefois son associ^ dans un petit commerce. Mais en pensant a ce pcrsonnage, il se figure etre en concurrence, ou mieux en lutte avec lui. II a Tid^e « que X... lui fait du tort, lui passe, comme on dit, sur le corps, qu'il s'enrichit, qu^il avance plus que lui. » Ensuite ou presque en m^me temps, car tout cela est fort confus, il se figure qu'il fait a X... de justes remontrances, que X... les prend mal, qu*il r^siste, qu'il lutte, qu^Iveut le battre. Notre malade tout en se sentant faible contre X... se croit forc^ de r^sister, de se d^fendre, il a irhs peur, mais il faut bien essayer quelque chose. Alors, il invective X..., il cherche a se proteger contre ses coups et meme a les lui rendre, c'est dans son imagination uncbataille terrible contre ce pauvre X... La bataille ne reste pas "uniquement dans la pens^e : Lrm... prend des attitudes de combat, envoie en Tair des coups de poing, il court en avant, en arriere, il mord ses propres poings a la place de ceux de son adversaire, et tout convert de sueur il court se sauver. Cette bataille imaginaire occupe plusieurs heures chaque jour, elle ^puise le pauvre homme, qui est toujours fatigue, craintif et qui garde le sentiment perp^tuel qu'il est vaincu dans ce combat.
Ajoutez les caractferes habituels des obsessions, Tangoisse surtout, ce trouble respiratoire qui accompagne sou vent le developpement de Tobsession, la conscience a pen pres complete, car le malade sait bien que ce combat est absurde, quMl est seul dans sa chambre et que X... est an fond son meilleur ami: ajoutez les doutes, les interrogations, les hesitations a propos de cette hostility de X... Ce sont la des caract^res g^n^raux communs a tous les obs6des, tandis que le contenu special de I'obsession, I'idee de lutte contre un ancien ami et de d6faite, est tout a fait sp^ciale et doit nous int^resser.