OBSESSION DE LUTTE ET GRISE D»AGITATI0N
Avant de rechercher IWigine de cetle idee, remarquez en passant un detail. La lutteentre Lrm... et X..., si tant est qu'elle ait jamais existe, a et^ une lutte morale, lutte entre deux commer^antsassociesqui cherchaient a sedepasser runl'autre, toutau plus a se voler Tun Tautre. Au contraire, dans son obsession la lutte est materielle : ils se battent a coups de poing, ils se mordent et Lrm... a une peur aOreuse des coups qu'il va recevoir. II y a la comme une m^taphore qui transforme Tid^e en image, la lutte morale en lutte physique. Ce caractfere est frequent dans les r^ves et Ton sait combien les delires, les divers 6tats automatiques et Tobsession en particulier se rapprochent des r^ves. Permettez-nous de vous rapporter cet exemple donn6 par un auteur italien Sante de Sancti dans son dernier livre tres interessant « sur les songes ». Un individu tourment^ par des embarras financiers est toute la journee pr6occup<^ par la pens^e de ses cr^anciers qui le harc^lent. II s'endort avec cette id^e triste, dans son sommeil il reve qu'il est tourmente, harcel^ comme dans la veille. Mais les tourments sont tout autres, ils sont physiques: ce sont des piqikres continuelles sur toute la peau et ses ennemis sont simplement des poux dont il est couvert : les cr^anciers se sont transformes en poux. Ici la bataille physique est quelque chose du m^me genre, une expression imag^e propre au reve d'une lutte qui pr^occupe le sujet.
Cette id(^e de lutte obsedante est une sorte d'id^e de persecution. D'oii vient-elle ? Remontons pour la chercher le cours de la vie du malade. II nous explique lui-m^me un trait deson caract^re qui en estle point de depart. « Je n'ai jamais pu supporter, dit-il, la pensee que quelquun etait fdclie contre moi, » Cette id6e que quelqu^un est m^content de lui, lui en veut, Ta toujours boulevers^ : a cette pensee il s'agite, il remue, il court, il se met en sueur, il a a la fois une emotion intense et une grande agitation physique.
II faudrait, pour son bonheur, qu'il ftit convaincu de la sympathie de tons ceux qui Tentourent: afai besoin d'4tre aimen^ dit-il tristement. Le mot est joli, ne croyez pas qu'il soit rare, nous connaissons une collection de malades qui le r^petent, nous avons plusieurs belles observations d^individus,hommesoufemmes peu importe, qui se livrent a toutes sortes d'absurdit^s pour a etre aim6s». C'estun besoin tout special de certains esprits faibles et qu'il ne faut pas confondre avec Tamour proprement dit. Notre
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hommc a toujours eu ce besoin, il a toujours horriblement redoute la pens^e que quelqu^un ^tait fach^ contre lui ct cette pensee devenait facilement une obsession terrible pour le plus l6ger pretexte, parce qu'elle correspondait a une disposition fondamentale de son esprit. Un reproche quelconque de son associ^, la simple id^e de la concurrence commerciale a suffi pour faire eclore Tobsession qui le tourmente encore maintenant.
Pourquoi, direz-vous, a-t-il a un si haut degr^ cette crainte de voir des gens fach^s contre lui, pourquoi a-t-il ce d^sir exag^rd d'etre aim^, d'etre approuv6, d*6tre encourage? Nous en trouvons la raison dans une autre disposition d'esprit qui cette fois nous est bien connue, car nous Tavons souvent ^tudi6e Tannic derniere. « Ce qui me tourmente le plus, c'est que tout le temps je crois que je fais mal, que j'ai tort, que je me conduis mal... chaque chose que je fais, aussitot j'en ai du repentir, je crois qu'il faut faire autrement. » Cette fois c*est le veritable scrupule, ce m^contentement de soi-meme qui a sa source dans une inquietude permanente et dans le d^faut de la volonte. Nous avons souvent eu Toccasion de revenir sur ces rapports du d^lire du scrupule et de Taboulie.
Pour le moment, remarquons que c'est un m^contentement de soi-meme qui am^ne ces esprits h desirer les conseils, les encouragements, Taffection d'autrui. lis ont aussi besoin d'une atmosphere de synipathie pour les rassurer, ils ne peuvent pas tol^rer la moindre hostility parce qu'ils se sentent au fond incapables d'affronter la lutte : de la quelquefois une susceptibilite invraisemblable et de v^ritables obsessions dans le genre de celle-ci qui les rapprochent des persecutes. Dans certains cas, le d^lire de persecution etle delire du scrupule ont une memeorigine, Tepuisement nervcux, Temotivite, le d^faut complet de volonte personnelle.
Quelle est, chez cot homme, Torigine premifere de cette faiblesse mentale et nerveuse ? Remarquons qu'il est russe et qu'il est d'origine isra^lite, et il est vraiment frappant de constater dans cette race un nervosisme tout particulier. Ajoutez que son pere etait un timide, un craintif, un scrupuleux comme lui. Yous comprendrez qu^il nc fait qu'exag^rer les dispositions que son p^re lui a transmises. Dans un cas fort curieux de scrupule et d'hypocondrie^ nous avons pu remonter a trois generations et voir chez Taieul, le grand-pere et le pere, la transmission, sans cesse exageree, de ce m^me caractere : c*est ici un cas du meme genre.