I. Ibid., p. 63. ii5. i
a. Ibid., p. 65, 75, 85, qS.
retrouve aussi a propos des manies mentales qui accompagnent le d^veloppement de Tobsession, a propos du sentiment d'incompletude qui existe, a ce moment, plus fortement que jamais, a propos des diverses recherches sur les troubles de Tintelligence et de la m^moire, sur le sentiment d*incompl6tude dans la perception personnelle'.
Les id6es obs6dantes, qui pr^sentent tons ces caracteres, sont moins nombreuses qu'on ne le suppose au premier abord. Un premier groupe se d^veloppe de preference chez les sujets qui ont eu des phobies et, en particulier, des algies et des phobies des fonctions corporelles : ce sont des id^es relatives a la maladie des *divers organes du corps et surtout a la mort. II semble que ces obsessions hypocondriaques se d6veloppent particuli^rement chez les sujets a reaction emotive sans grand d^veloppement intellectuel. Nous avons ^tudi^ un grand nombre d'obsessions hypocondriaques, en particulier des obsessions de la mort qui sont tr^s nombreuses et dont nous avons examine diverses vari^t^s.
8*^ Le groupe suivant pourrait etre constitu6 par les obsessions de la honte du corps. U comprend ces individus qui ont des obsessions relatives a la honte de leurs vetements, qui ont la honte des mouvements de leur corps, la honte de leur visage ou de leur parole, et surtout la honte de leur sexe. U comprend un certain nombre de malades qui essayent de modifier leur corps soit par des operations, soit par des refus d*aliments, soit par des regimes insens^s : il a done, en pratique, une grande importance. Ces obsessions se rattachent aux ph^nomenes d*angoisse comme les pr(§cedentes, mais elles dependent d'une maniere plus particulicre des angoisses relatives aux situations sociales : elles constituent un terme de revolution que Ton observe souvent chez les timides, les agoraphobes et surtout chez les ^reutophobes. II faut ajouter que ce groupe contient beaucoup d'individus qui ont eu, dans leurs antecedents, des ruminations et des manies mentales varices. Enfin, ces obsessions de la honte du corps est un des aboutissants de la maladie des tics, lorsqu*elle continue a evoluer et lorsqu'elle ne se borne pas a la pure agitation motrice.
9* Un groupe, tr^s voisin, sera constitu^ par les obsessions dela I. Ibid., p. a8i, 355, 356, 3o5.
JNTRODUGTION XXI
honte de soi ; on verra des exemples typiques des obsessions de rimb^cillit^, de la m^chancet^, de la jalousie, des scrupules de vocation, des obsessions de la folie et des obsessions amoureuses. II est facile de comprendre comment le sentiment d'incompl6tude, le sentiment du besoin de direction, les manies mentales jouent un r61e capital dans revolution des individus de ce groupe.
lo® Les obsessions du crime viennent ensuite, soit sous forme impulsive avec execution en general tr^s incomplete, soit sous forme d*interrogations et de remords. On verra, a ce propos, les obsessions du vol, du mensonge, de Tivresse, des crimes g^nitaux, du suicide, de Thomicide, etc. C'est une des formes les plus fr^quentes de la maladie. Elle se d^veloppe tout naturellement a propos des sentiments d*automatisme, des sentiments de domination, des phobies du contact qui sont des phobies d*acte et de bien des manies mentales, surtout des manies de Textr^me.
II® Nous mettons a part uh groupe en r^alit^ voisin de tous les precedents, celui qui contient les obsessions du sacrilege avec les pseudo-hallucinations ^rotico- mystiques et les pactes avec le demon. Des manies mentales, des manies de Texpiation, du serment, du pacte, jointes aux manies de Textr^me determinent, le plus souvent, chez des individus a education religieuse et a imagination vive, cette forme particuliere. Elle se rattache encore, dans les cas que nous avons etudies, a la maladie des obsessions ; mais il est evident que, par son absurdite plus grande, elle est plus dangereuse et qu'elle se rapproche des delires systematises mystiques, auxquels d*ailleurs elle aboutit quelquefois.
On voit que ces derniers groupes des obsessions de honte, de crime, de sacrilege, pourraientassez justem^nt etre designes sous le nom d'obsessions du scrupule, Le nom de scrupuleux s*appliquerait encore assez bien a la plupart des individus qui out des manies mentales, a quelques-uns de ceux qui ont des phobies sociales ou des phobies du contact, ainsi qu^a beaucoup de sentiments dMncompletude. On peut dire que les trois quarts de nos malades pourraient 6tre designes justement sous le nom de scrupuleux. C*est pourquoi, comnie le mot est connu et fait image, nous I'avons souvent employe pour designer le groupe tout entier. Mais nous reconnaissons volontiers qu^il y a la une petite inexactitude de langage, car une certaine partie de nos sujets, ceux
XXII LES OBSESSIONS ET LA PSYCHASTHfiNIE
qui ont (les agitations motrices ou des angoisses, des tics, des algies, des phobies des fonctions et qui aboutissent purement aux obsessions hypocondriaques ne m^ritent pas justement ce nom. C'est pourquoi, pour la precision du langage scientifique, nous avons souvent remplac6 ce terme du langage vulgaire parle mot plus precis de psychasthiniques.
En r^sum^y le groupe tout entier des psychastheniques nous semble pouvoir etre divis^ suivant le degr^ de Tetat morbide et suivant la vari^te de revolution. Au point de vue du degr^, nous distinguons surtout cinq types de malades : i^ le neurasth^nique simple, avec troubles de depression physique et morale, mais chez qui ces troubles ne d^terminent encore aucun sentiment pathologique ; a** le malade qui soufirede son ^tat de depression, qui le sent d*une mani^re aiguC et qui a, a ce propos, des sentiments d*incompletude Xvhs varies, encore assez justes, mais disposes a s'exagerer et a se generaliser ; 3^ le malade qui ajoute a ces insuflfisances, des agitations diffuses, surtout des agitations emotionnelles et motrices, celui qui a des crises d*agitation ou des angoisses ; 4° celui dont les agitations se systematisent de maniere a reproduire toujours la meme forme de mouvement, d'angoisse, ou le meme travail mental a propos des m^mes evenements, c'est-a-dire le malade qui prescntedes tics, des phobies ou des manies mentales ; 5** celui qui resume tous les troubles precedents par des idees obsedantes de maladie, de honte, de crime, de sacrilege se presentant soit par crises, soit d*une maniere plus ou moins continue, ce qui determinerait encore, bien entendu, des varietes dans la gravite de Tobsession elle-meme.
Au point de vue de la forme que prend revolution, forme qui depend beaucoup du caractere et de Teducation anterieure, nous distinguons surtout trois types suivant que la derivation se fait principalement d'une maniere motrice, emotionnelle ou intellectuelle. Le premier, tant qu'il reste pur, ce qui est rare, serait le moins grave ; il presenterait surtout les agitations motrices el les tics. Le second evoluerait vers les angoisses diffuses, les phobies, principalement sous forme d'algies, de phobies des fonctious, quelquefois de phobies du contact. II aboutirait aux obsessions de la maladie et de la mort ; c'est en somme I'ancien type hypocondriaque dont il faut bien connattre la place au milieu des autrcs psychastheniques, mais qu^il faut aussi savoir en distinguer. Le troisieme,
INTRODUCTION XXIH
partant aussi de la neurasth6nie fondamentale et des sentiments primitifs d'incompl^tude, serait surtoqt un reveur tourinent6 par la rumination mentale, par les manies de Toscillation, de Tau dela, de la reparation ; il aurait quelques phobies, en particulier les phobies soeiales et les phobies des actes, mais le plus souvent avec grande anxiete mentale plutot qu'avec angoisse visc^rale ; il aboutirait aux obsessions de la honte de soi, aux obsessions amoureuses, aux remords de vocation, aux obsessions du crime, aux obsessions du sacrilege : c'est le type de notre scrupuleux. Telles sont les priucipales varidt^s cliniques que la complexity de T^tude psychologique prec^dente dissimulait un peu et que nous sommes heureux de mettre en relief dans ce nouveau travail.
A propos de chaque cas particulier, nous avons insist6 sur les diverses m6thodes de traitement et sur leurs rdsultats. Sans doute, il ne faut pas se faire illusion, ni esp^rer gu^rir completement des ^tats pathologiques qui ont si souvent leur raison d'etre dans Ther^dite et dans la constitution meme de I'individu. Mais il faut essayer, ce qui est presque toujours possible, d*enrayer le developpement d'une maladie qui, abandonn^e a ellememe, est progressive et conduit trop souvent a des troubles mentaux fort dangereux. En effet, nous avons sans cesse insists pour montrer que le psychasthenique n'est pas un ali^n^ proprement dit, qu'il n*a perdu que les operations sup6rieures et qu'il garde intacts la memoire et le jugement ; mais il ne faudrait pas en conclure a une separation absolue entre les diverses maladies de Tesprit, separation qui n'existe jamais dans la nature. Pour bien montrer que, a notre avis, la psychasthenic n'etait pas separee de Talienation par un fosse in franchissable, nous avons termine cet ouvragepar un dernier chapitre, malheureusement un peu court, sur divers cas oil des obsedes nous ont paru presenter, pendant revolution de leur maladie, de veritablesdelires, en particulier des confusions mentales avec stupeur ou excitation et des delires systematises. Ces derniers, surtout le delire de persecution, nous semblent plus voisin qu'on ne le croit de la maladie du scrupule et il est probable que d'autres etudes justifieront ce rapprochement.
II faut toujours se preoccuper de ces dangers possibles pour lutter coptre une predisposition morale, qui, a ses debuts, est souvent faible et pent etre heureusement modifiee. Si lea
maladies mentales se forment lentement, au cours de plusieurs generations, par suite de fautes graves contre Thygi^ne physique et rhygiene mentale, elles peuvent ^galement se modifier heureusement par une patiente et courageuse education. A la decadence des individus et des families que Ton observe trop souvent, il ne faut pas manquer d*opposer I'arr^t dans la degenerescence et meme la restauration que Ton observe chez certains individus et dans certaines families plus souventqu'onnele croit generate ment. A tons les soins inspires par Thygi^ne corporelle, a la regiementation de la nourriture, au souci constant de la lutte contre les auto-intoxications, a toutes les medications, quelquefois utiles, il faut toujours joindre un traitement moral qui reste indispensable. Le changement de milieu, la simplification de la vie, la direction de Tesprit, la gymnastique de la volonte, de Tattention, de remotion meme restent les meilleurs moyens de traitement. On est souvent surpris de voir combien Tesprit de ces malades, en apparence si entete, est, en realite, malleable et modifiable par les procedes psychotherapiques. On pent, non pas toujours sans doute, mais dans les cas les plus frequents, arriver a faire sentir aux malades la vanite de leurs terreurs, les malentendus qui se fondent sur des sentiments pathologiques et Fexageration de ces sentiments eux-memes. Bien des troubles physiques de la digestion, de la circulation disparaissent quand la tension nerveuse et psychologique se relive sous I'influence de la confiance, de la volonte, de I'attention, de Temotion juste et adaptee au present. II y a la des faits frappants qui montrent bien Paction de Tesprit sur le corps et Finfluence morale qui pent transformer des maladies, en apparence si rebelles aux medications.
Paris, 7 d^cembre 1903.