‹ Les obsessions et la psychasthénie (volume 2)Chapitre 43 sur 116 · LES ALGIES DU NEZ ET DE LA LANGUE · texte numérisé non relu

LES ALGIES DU NEZ ET DE LA LANGUE

hypocondriaques trouvent une sorte de consolation, de cruelle volupt^, dans un mal qui semble les distraire de leurs chagrins. Le traitement est bien plus dii&cile qu'un traitement chirurgical. Uu chirurgien ne voyant rien proposait delui enlever le sein tout de meme. Cela supprimerait-il la douleur ? L'un de nous a connu h rH6tel-Dieu une femme qui s'est fait couper la jambe quatre fois, les orteils d'abord, puis le pied, puis la jambe au-dessous du genou, puis au-dessus et c'est quand elle venait pour la cinquieme fois qu'on s*est d6cid6a la consid^rer comme folle. La chirurgie ne sert done pas a grand'chose dans ces cas-la. On a voulu pratiquer sur elle Thypnotisme, mais on n'a pas du tout reussi. Cela ne nous 6tonne pas: c'est une obs^d^e mais non une hyst^rique. On pourrait Thypnoliser peut-etre, mais incompletement et apres beaucoup de temps et de patience. En r6alit6, ces essais meme d*hypnotisme rentrent dans un traitement plus general, qui est une education de la sensibility. De m^me qu'on gu^rit des tics par education du mouvement, on gu^rirait ces maladies dans les cas ou Ton pourrait s'y d^vouer en apprenant au sujet a sentir correctement dans son sein, en d^tournant son attention de la maladie, des livres de m^decine, des chirurgiens, en lui creant d'autres preoccupations. C'est toute une education : il faut qu'elle ait le courage de la faire elle-m^me ; mais il est bien dur quand on a v^cu dix ans avec cette illusio*n de renoncer a se croire canc^reuse.

Observation 6i bis, — Algie du nez et algie de la langue.

Voici deux malades qui nous semblent int^ressantes a rapprocher, quoique leur maladie semble au premier abord tres differente : Tune a mal au nez, Tautre a mal a la langue. Eh bien, malgre cette localisation diff6rente, c'est tout a fait la meme chose.

La premiere de ces malades, D..., agee de 38 ans, soufire depuis un an dans son nez. Elle se plaint que le nez rougit et qu'il gonfle, qu'il y a a la racine du nez deux barres rouges transversales comme les marques du lorgnon. Ce gonflement, cette chaleur du nez lui donne des sensations bizarres, a toute sa figure a cet endroit est comme une plaie a vif », ou bien il lui semble qu'il y a des fourmis ou bien encore elle croit ne pas sentir dans cette partie, il lui semble que son nez a disparu, qu'il n'est plus

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a elle et quand elle se gratte sur le nez il lui semble qu'elle gratte dans un trou. Ces impressions bizarres I'^tonnent, Tepouvantent, la font pleurer souvent et la rendent toute angoiss<^e.

L'autrcjeune femme, H..., a 3a ans, et depuis quatre ans elle soufTre de la langue : « Sa langue est completement d^cbir^e ou bien elle est ralde et dure, plus souvent elle est brdl^e ». C'est perpetuellement la sensation d'avoir aval^ du bouillon trop chaud ou d'etre caut^ris^e par un fer rouge, la langue ne semble pas etre naturelle, ne semble pas lui appartenir, ni lui ob^ir, surtout quand elle veut parler. Cette douleur tres p^nible et continuelle r^nerve, la preoccupe, Tempeche de faire son m6tier d'institutrice. Elle y pense tout le temps, ne peut s'en distraire et cela la rend triste et angoissee. Vousvoyezque les sympt6mes ont beaucoup d'analogie chez les deux malades.

Yoici maintenant une seconde ressemblance : non seulement les symptomes exprimes sont a peu prfes les memes, mais Texamen objectif donne chez toutes deux les memes resultats, c'est-a-dire qu'il est completement n^gatif. D... est venue ici pour consulter M. Gelle parcc qu'elle supposait avoir dans la narine gauche une accumulation de pus; malgr^ un examen attentif des fosses nasales, M. Gelle n'a trouv6 ni ulceration, ni pus, et il nous renvoie la maladeen nous ^crivant qu'elle n*a absolument rien d'appr<^ciable. ir est vrai que beaucoup de medecins ont trouv^ des choses tres curieuses sur la langue de H..., puisque pendant des ann^es ils lui out pratique des cauterisations sur les « pointes des papilles ». Quant a nous, nous n'avons pas d*aussi bons yeux et nous ne voyons meme pas les traces de ces absurdes cauterisations. La langue est un peu saburrale, c'est un point sur lequel nous reviendrons, mais il n'y a rien de plus et la bouche ne pr^sente aucune inflammation. Done chez les deux malades: sympt6mes identiques sans aucun signe objectif.

En troisieme lieu les circonstances provocatrices ont 6i^ encore les memes. Chez D... il s'agit, comme nous Tavons vu souvent, d'un abandon. Elle avait un fianc^ (?), parait-il, qui la dominait et la dirigeait tres sev^rement. D'un caractere obeissant et devoue, elle aimait cette autorite ; elle commenca a s'inqui^ter il y a dix-huit mois a la pensee que ce fiance allait se marier avec une autre et quand il la quitta, il y a un an, la maladie fut constitute. Chez I'autre malade, H..., il s'cst pass^ quelque chose d*analogue. Le pere, homme tres dur et violent, s'est fache contre sa fiUe il

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y a quatre ans, Ta mise a la porte et Ta forc^e a se diriger seule dans la vie; il est vrai que depuis cette ^poque elle est rentr^e Q la maison pateruelle, mais son pere lui parle peu et ne s*occupe pas d'elle. Done chez les deux malades le d^but n'est provoque par aucun incident local sur le nez ou sur la langue, mais par des causes emotionnelles g^nerales et surtout par des abandons.

Enfin les antecedents sont du meme genre : peu d^h^r^dit^ nette au moins en apparence, les parents simplement nerveux, le m^me caract^re ant^rieur, triste, inquiet. « Je cherche toutes les raisonspour me tourmenter, » des id^es de suicide, des besoins d'affection, une certaine ^motivit^ sans raison, peu de volont6 ; e'est au fond toujours la m6me chose.

Que sont done en definitive ces maladies du nez et de la langue ? Des obsessions a forme de douleur ou plut6t d'angoisse, c'est-a-dire des algies chez des psychastheniques, Le trouble de la langue a ^te Tobjet d'^tudes interessantes. En i883, Albert, cite par Bernhardt, parle d'une n^vrose particuliere de la langue ; Yerneuil, en 1887, insiste sur les malades qui ont ulcerations imaginaires de la langue, Fournier, Laborde, Hardy, Besnier, Pitres, Magitot ont insists sur ce qu'ils appelaient la glossodynie dont ils donnaient diverses interpretations. Mais Tauteur qui a donne un tableau complet de Taffection est M. Galippe qui Fa etudiee sous ce titre : De Tobsession dentaire\ II decrit les diverses obsessions et algies relatives a la bouche et surtout relatives aux dents. II y a deux ans nous vous avons montre successivement deux malades qui se faisaient arracher toutes les dents quoiqu*elles fussent saines^. Nous n'avions pas eu Toccasion de vous montrer Talgie localis^e a la langue : ce cas est a ajouter a notre collection.

Quant aux algies du nez elles nous semblent avoir ete moins etudiees. En effet, ces rongeurs du bout du nez et ces balafres de la racine donnent lieu d'ordinaire a une autre maladie mentale que cette fois vous connaissez bien : elles determinent d'ordinaire Tereutophobie et les malades n'osent pas se montrer en public en pensant a Tefiet que la rongeur de leur nez produit sur les autres. Celle-ci pense a Tefiet que la rongeur produit sur

I. Galippe, De Tobsession dentaire, Archives de Neurologie, Janvier 1891. • 2. ^'ivroses et idees fixes, II, p. 298.

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son propre nez et elle construit une obsession hypocondriaque au lieu d'une obsession sociale.

Quant au mecanisme de ces algies, il est inutile d'y insister. L'inqui^tude, Tangoisse, les sentiments de bizarrerie, d'engourdissement, d'abaissement de la personnalit^ determine par des Amotions d6pressives ont abouti a une localisation et a une justification appa rente. D... avait le nez rouge des neurastb^niques, il est probable qu'elle s*en pr^occupait deja surtout quand il s'agissait de plaire a son fianc6; quand celui-ci Fa quitt^e, elle a rendu son malheureux nez responsable de son abandon. L*autre malade, a la suite de ses Amotions, a soufTert de Testomac, elle a eu la langue trfes saburrale, peut-etre y a-t-elle eu des aphtes, elle s'est beaucoup preoccupee de sa langue, de Festomac; puis quand celui-ci s'est a peu pr^s gu6ri elle a continue a faire attention a sa langue et a lui attribuer les angoisses et les sentiments d*^trangete qu'elle ressentait.

II y a d*abord un conseil pratique a donner a ces deux malades, c'est de renoncer d^finitivement aux traitements locaux. II est navrant de penser que pendant des ann^es cette pauvre femme a paye de jolies petites cauterisations au galvanocaut^re sur les papilles de sa langue et que Tautre veut essayer toutes sortes de traitements internes dans son nez. Ces traitements ne sont pas seulement inutiles, ils sont dangereux et ils continuent a fixer Fattention sur Torgane que Ton br^le, que Ton rend excitable. Done en premier lieu ne plus jamais toucher ni a la langue ni au nez. Si cependant Ton voulait absolument faire un traitement, le diriger plutot sur Festomac dont le mauvais 6tat joue un role dans les rongeurs de la face et dans Fetat saburral de la langue : suivre un regime severe indispensable a ces neurastheniques, les purger tr^s fr^quemment, ce qui est le meilleur des disinfectants, ajouter Fhydrotherapie, les toniques g^n^raux, si cela est possible une education de Fattention et vous aurez quelques chances s*il n'y a pas trop d'antec^dents her^ditaires de gu6rir le nez et la langue beaucoup mieux qu'avec des cauterisations.

Observation 62. — Algie des yeux. — Obsession de Venfant, algie de la matrice, sentiment d*eirangeie dans la perception,

Cette jeune femme de 26 ans, Ria..., entre avec un grand ban-*

deau sur les yeux et avance comme une aveugle. Si nous lui enlevons son bandeau, elle fait force grimaces et g^mit comme si elle souffrait beaucoup de ses yeux. Elle pretend en effet souffrir cruellement; dans son langage imag^ elle raconte que J^sus- Christ sur la terre n'a pas souffert autant qu'elle. Elle a importune les cliniques d*oculistes et elle nous ^crit maintenant des lettres absolument suppliantes en nous appelant ses bons docteurs.

Quelle est done cette maladie des yeux si terrible ? Quand on insiste sur ce qu'elle 6prouve, on s'^tonne de voir peu de ph^nom^nes douloureux precis ; elle se plaint de voir des ombres sur les objets, de voir les lettres du journal plus longues qu'elles ne sont et un peu bizarres. Elle se plaint surtout de voir danser les objets qu'elle 6xe. Tout cela n'est pas en soi-meme bien douloureux, mais il parait que cette impression de voir danser les objets s'accompagne d^id^es, d'^motions tout a fait horribles. En un mot il y a des angoisses qui s'ajoutent a un ph^nom^ne oculaire : ceci d^ja nous previent que les troubles nerveux doivent etre essentiels. L'examen de la vision confirme cette opinion : quand il s'agit de Texaminer la malade perd toutes ses craintes, d'ailleurs depuis que nous parlons d'elle, vous voyez qu^elle est tr^s int^ress^e et qu^elle a oublie de baisser son bandeau. L'examen des yeux a 6te fait et refait par quatre ou cinq oculistes. II n'y a rien, absolument rien. II n'y a meme pas d^oscillations r^elles du globe oculaire qui pent tres bien fixer les objets. Un oculiste diagnostiquait « une asth^nopie nerveuse », c'est m^me trop dire car iln'y a aucun trouble d'accommodation et il y a une vision parfaite m6me aux extremites du champ visuel. II nous faut done rechercher ailleurs que dans les yeux I'origine de ces souffrances et de ces angoisses.

Cette jeune femme a toujours 6t6 une nerveuse et une inquiete : a Tage de vingt ans, elle est tomb^e entre les mains d'un personnage tr^s enthousiaste d'hypnotisme qui Ta soumise a une serie d'exp^riences principalement pour prendre des photographies pendant les poses cataleptiques. Get hypnotisme constitue dans son histoire un detail assez particulier sur lequel nous reviendrons. A la suite de ces pratiques elle resta plus nerveuse et nous voyons survenir un premier accident, quand elle perdit son petit enfant. Elle est rest^e dix-huit mois obs^d^e par la mort de Fenfant, incapable de travailler, tourment^e par des regrets et des

remords. A 33ans elle se portait beaucoup mieux au moins de ce c6te quand elle a commence a souffrir de Tut^rus, nous ne savons pas quelle etait la nature de cette maladie qui aboutit I'ann^e derniere a une operation chirurgicale. Y avait-il quelque chose de reel? Nous pouvons en douter un peu. Quoi qu'il en soit, cette operation chirurgicale la bouleversa encore et fut le point de depart des troubles actuals.

Obligee de rester 6tendue, elle se mit a lire beaucoup ; d'ailleurs quelque temps apres Top^ration elle ne pouvait rien faire d'autre <^tant devenue tr^s fatigu^e et tres paresseuse : v^ Jen'avais de go6t a rien, je ne pouvais pas travailler, je me trouvais drole, je n'6tais pas maitresse de moi. » Vous voyez ces signes constants de Taboulie, de Tabaissement du niveau mental avec sentiment d'^tranget^.

Comme elle ne faisait que lire des romans, le sentiment de fatigue de Taction, de gene de Fattention et aussi le sentiment d'^trangete de la perception se fixe rent sur la lecture, sur la fonction des yeux. Elle trouva qu'elle ne pouvait pas bien lire, qu'elle ne pouvait pas bien fixer, que les lettres 6taient dr6les, trop Iongues, qu'elles dansaient devant elle. Comprenez notre interpretation et notre hypoth^se, car nous avons souvent a vousparler de ces choses et dans notre premiere le^on de cette ann^e, nous vous pr^sentions un cas semblable. A notre avis il n'y avait pas de trouble des fonctions des yeux, il ne s'agissait pas de ces tics, de ces spasmes des muscles exterieurs ou du cristallin que Ton rencontre si souvent dans Thysterie, il n'y avait m6me pas de nevroses de Tcfiil, pas plus qu'il n'y en a maintenant. Le trouble etait plus general et plus eleve, il etait dans Tattention, dans la perception, dans la volont^, et la malade aurait dd se borner a dire, si elle avait voulu faire un cours de psychologic: « Je n'arrive plus a fixer mon attention, a comprendre en les synthetisant les lignes que je lis, je n'arrive plus a pousser mes perceptions jusqu'au sentiment de la r^alite et c'est pour cela qu*elles me paraissent etranges. » Mais cette femme n'avait pas a faire un cours de psychologic, elle exprimait a sa facon ce qu'elle ressentait et, cherchant surtout a percevoir par la vue, elle disait : « Mes yeux voient mal, ils sont malades ». Vous vous souvenez d'avoir etudie une petite fillette ^pileptique qui eprouvant des sentiments analogues les traduisit en disant qu'elle etait aveugle. L'angoisse qui se pr^sente si facilement dans ces etats de depression^ car elle est

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comme une derivation des efforts qui n'aboutissent pas a la perception, s'associait ainsi chez Ria... avec les fonctions visuelles.

Ajoutez que la pauvre femrae fut au debut tres mal dirigee, comme il arrive presque toujours d'ailleurs. II y a uA an, on lui fit porter successivement des lunettes varices, on lui mit dans Toeil des collvres au sulfate de zinc ; une conimere lui conseilla I'eau sedative sur les tempes, et un pharmacien lui reprocha cette application et Teffraya en lui disant que cette eau etait un caustique. Alors miUe reflexions s'ajouterent a la premiere angoisse : « II y a dans ToBil des nerfs si petits, j'y ai pu faire des trous avec Teau sedative, je me suis abime les petites membranes des yeux )). Bient6t la manie d'interrogation et de rumination vient s'ajouter aux autres troubles. Depuis onze mois elle ne pense qu'a ses yeux et passe son temps ou a les cacher par des bandeaux ^pais ou a les regarder dans une glace.

Le diagnostic n'est plus douteux, ce n'est pas pr^cis^ment de la photophophie, c'est une algie des yeux avec obsession de la cecite. Une petite difiiculte seulement consiste dans Tinterpr^tation des seances d'hypnotisme faites par M. X... quand cette jeune femme avait vingt ans. Get hypnotisme, s'il a 6te reel, indiquerait une forte disposition a Thyst^rie. Tous les accidents cons^cutifs n'ont rien d'hysteriques et I'^tat psychasthenique qu'ils revelent a un mecanisme un peu different. Peut-etrey a-t-il un pen d'association entre les deux nevroses, peut-etre aussi cet hypnotisme n*etait-il pas tres serieux. S'il existe encore, m^me a un faible degre, il servira a la gu^rison.

Observation 63. — Photophobia, algie des yeux. — Hypocondriaque, autoritaire, grande emotion, abaissement de la tension nerveuse.

Voici un petit fait sur lequel on ne peut guere insister longtemps, car nous ignorons encore trop de choses, mais il presentc un probleme assez curieux. Cette dame de 5g ans, Rs..., ne pr<^sente qu'un seul trouble que vous pouvez deviner en voyant sa figure ; elle contracte ses sourcils, ferme ses paupieres convulsivement, met sa main devant ses yeux. Ce petit manege qu'elle fait encore dans la salle serait bien plus considerable si elle ^tait au grand air, en pleine lumiere. En un mot elle ne peut ouvrir

les yeux au grand jour, elle redoute la lumi^re. Celle-ci la fait souffrir et determine cette occlusion spasmodique des paupieres. C'est en un mot un cas de photophobie,

Vous savez que ce symptome est frequent au cours de beaucoup de maladies des yeux et nous ne vous en parlerions pas s'il y avait une lesion du globe de Tceil qui explique cette crainte de la lumi^re. Mais depuis deux ans cette dame a ^t^ voir plusieurs oculistes, M. Chevallereau, M. Galezowski et d'autres. On a soumis ses yeux a Texamen le plus approfondi, jusqu'a present on n'a rien trouve du tout : ses deux yeux sont admirablement sains. Nous-memes nous avons recommence cet examen sommairement et nous ne pouvons dire qu'une chose, c'est que tons les reflexes sont normaux, que le fond de rceil ne pr^sente aucune alteration, que le champ visuel est parfait et ce qui est curieux que Tacuite visuelle est extr^mement forte. A cinq metres, cette dame ag^e lit les plus petites lettres du tableau.

Vous pouvez vous etonner qu'on ait pu faire cet examen puisqu'elle pretend ne pas pouvoir ouvrir les yeux. C'est que, quand on se livre a un examen de ses yeux, elle s'y prete merveilleusement. Les grandes lumieres envoy^es dans TcBil pour Texamen du reflexe sont admirablement support^es. Distraite par Texamen, elle n'a plus en r^alite de photophobie. II en est de meme d'ailleurs quand elle cause avec quelque personne qui Tinteresse^ quand elle mange, quand elle est distraite.

Ces caracteres nous disposent done a songer a quelque habi* tude bizarre. Cette supposition est confirmee par les circonstances dans lesquelles cet accident est survenu. La pauvre femme a dA subir, il y a trois ans, la plus epouvantable des Amotions. On lui a ramene subitement sa fille, agee d'une vingtaine d'ann^es, a demi br6l6e par un incendie. Cette jeune femme vivait encore, on la veilla trois jours et elle mourut.

La pauvre mere fut tres courageuse, parait-il, supporta son malheurstoi'quement et pleura meme fort peu. Autant que possible elle cachait ses angoisses a cause du pere et des autres enfants. C'est deux ou trois mois apres qu'elle commence a se plaindre de la lumiere. Elle avait Thabitude de lire au lit et a dA cesser parce que la lampe lui faisait mal. Bientot le jour lui fit mal, elle tenait les yeux fermes. C*est la que commencent les examens des oculistes, toujours n^gatifs. Aujourd'hui apr^s trois ans, la photophobie est devenue complete.

Ajoutez ce que nous savons sur T^tat ant^rieur du caractere et vous comprendrez mieux Taction de cette terrible Amotion. Rs... a toujours eu un ^tat d'esprit quelque peu janormal, elie ^tait ind^cise, capricieuse et cependant autoritaire d'une mani^re invraisemblable. Elle a rendu tr^s triste la vie de tons les siens par des exigences de tons les instants. II fallait constamment que toutes les personnes environnantes fassent, disent et m^me pensent exactement comme elie. La contradiction ou memela moindre diS(6rence la mettaient dans un ^tat de fureur et de d^sespoir et par tous les moyens, en suppliant et en menagant, elle exigeait que tout le monde agit et pensat comme elle. Vous savez qu'a notre avis ce caractere autoritaire n'est qu'une forme de Taboulie : les malades ne peuvent agir que dans des conditions speciales et la premiere de ces conditions est la simplicity du milieu moral, lis arrivent a la r^aliser en exigeant que tous ceux qui les environnent agissentet pensent comme eux^

Cette dame ^tait en outre depuis longtemps une hypocondriaque : c'^tait un souci perp^tuel de sa sante, des plaintes continuelles a propos de son estomac, de son ventre, de ses genoux, etc. Elle lisait sans cesse des livres de m^decine et ce qui est plus grave elle inventait pour elle des medicaments qu'elle faisait r^allser par un de ses parents pharmacien. Enfin sa m^re avait subi Top^ration de la cataracte ce qui Tavait vivement impressionnee.

Elle se trouvait done dans des conditions tres favorables au d6veloppement d'une phobie quand est arrive son grand malheur. Cette Amotion terrible a encore abaiss^ sa tension nerveuse ; elle est devenue depuis ce moment plus indiffigrente, plus exigeante et plus acariatre encore; elle souffre de maux de tete au front et au vertex. Elle est obs^dee par la pens^e de ses yeux, en parle sans cesse et reclame des traitements invraisemblables. Elle remarque elle-m^me que les excitations lui font du bien ; si elle est un peu amus^e, si elle ressent une l^g^re Amotion, elle oublie sesyeuxet retrouve la force de les ouvrir ; quand elle est engourdie elle y pense beaucoup plus et ne se sent pas capable ni de remuer ses paupi^res, nide tournerles yeux, ni meme de tourner le cou. D'ailleurs depuis qu'elle souffre ainsi des yeux, toutes les autres souffrances ont completement disparu, jamais elle n'a aussi bien dig^r^ et les rhumatismes des genoux n'existent plus, tout au plus

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