‹ Les obsessions et la psychasthénie (volume 2)Chapitre 67 sur 116 · LES TIGS DE CONTRACTION · texte numérisé non relu

LES TIGS DE CONTRACTION

surtout depuis la puberty, cette persoane a pr^sent6 une s^rie d'accidents diff(6rents de celui-ci sans doute, mais int^ressants. Elle a eUy pendant des ann^es, des mouvements involontaires du cou qui ^taient provoqu^s par un sentiment de g^ne. Elle tournait son cou a droite et a gauche comme s'il 6tait gen^ par un col 6troit, puis ce furent, pendant tr^s longtemps, des mouveaients analogues du tronc qui se sentait gen^ par le corset ; de tels mouvements avec de tels sentiments sont bien typiques, ce sont des tics. Les sentiments de gene qui les accompagnent sont tres frequents chez les tiqueurs, ils rentrent dans ce groupe considerable des sentiments qui font croireau sujetque son action est incomplete, insuf&sante, gen^e, que ses sentiments ne vont pas jusqu'au bout, que son intelligence comprend incompletement ; nous les avons souvent baptises d*un nom qui est un barbarisme mais qui fait image, des sentiments d'incomplelude.

Plus tard a T^poque tout justement ou vont commencer, a rhopital Andral, ces singulieres contractions des jambes qui nous embarrassent, la malade avait au plus haut point les sentiments d*incompletude. Elle ne se sentait bien nuUe part, elle voulait toujours changer de place et d'occupation, elle etait constamment tourmentee et inquiete. Ces sentiments eta^ent singulierement aggraves par un tourment serieux, elle avaiiTcomme elle dit, une affection et elle craignait d'etre abandonnec par un ami qui ^tait pour elle un soutien. Nous savons combien ces personnes faibles et inquietes ont besoin de direction morale et sont affbl^es a la pensee d'etre abandonn^es. Chez celle-ci la crainte de Tisolement se compliquait de jalousie, ce qui est frequent et de desir de vengeance. Elle avait beaucoup d'amour pour le personnage et il lui venait malgre elle des id^es tres tristes qui lui faisaient horreur, des tentations de le tuer. Ces regrets et ces tentations se pr^sentaient d'une maniere obs^daqte par crises horriblement p6nibles, aecompagn^es d^angoisse et d'agitation.

Ajoutez les troubles de la sant<^ physique, les troubles neurasth^niques, le rein flottant plus ou moins r^el, la tristesse d'un s6jour a rhopital ou elle n'osait pas exprimer toutes les idees qui la tourmentaient et vous comprendrez que ces crises d'agitation mentale se soient beaucoup aggravees et se soient accompagn^es d*agitation physique comme il arrive tres souvent chez les obsedes.

Plusieurs fois d^ja avant le jour oil elle est tombee par terre.

elle se tordait dans son lit, elle se raidissait de toutes manieres, de mdme qu^autrefois elle tordait le tronc avec le sentiment de la gene du corset. Elle avait des id^es de suicide, et d*homicIde elle se sentait pouss^e par une volont^ ^trangere, elle faisait des efforts pour r^sister etses efforts amenaient Tagltation de tout le corps. Un jour cette crise complete, morale et physique, la prit, quand elle etait debout : elle ne put r^sister, tomba, ou plutot se concha parterre. Les assistants furent frapp^s des contractions de ses jambes, ils ne remarquerent pas assez Tagitation gdn^rale du corps et ne soup^onn^rent pas du tout Tagitation mentale : il est vrai que la malade se garda d'avouer ses obsessions. On parla de contracture des jambes, on fit un traitement local par I'^lectricit^ et le massage. Ce traitement ne fut pas sans action : il r^ussit a distraire un pen la malade de son agitation g6n6rale, a attirer son attention et sa preoccupation sur ses pieds et a donner a la crise une forme plus syst^matique. La crise conserve encore quelques-uns des caract^res g^n^raux : obsession de jalousie, impulsions a tuer, angoisse, mais elle est surtout sch6matis6e par la contraction des jambes, en un mot c*est une crise de tics, ce sont des tics tels qu'ils sont constitu^s, quand Tagitation g^n^rale est remplacee par une agitation syst^matique.

Yous voyez que cette analyse change le diagnostic : ce ne sont pas des contractures hyst^riques, mais des tics psychasthiniques. Au point de vue theorique ce changement de diagnostic a-t-il quelque int^r^t ? Oui, car des contractures hysteriques supposeraient un trouble assez local, une certaine forme d'anesth^sie musculaire, un certain trouble des centres moteurs et des idees fixes etroitement en rapport avec les jambes. Au contraire, s'il s'agit d*un etat psychasthenique, le trouble est beaucoup moins local, il s'agit plut6t d*une faiblesse g^nerale de tout Tesprit avec des obsessions qui n'ont qu'un rapport tres vague avec les jambes. Au point de vue therapeutique cette distinction a aussi quelque int^ret : les douches froides, utiles pour r^veiller Tengourdissement p^riph^rique de Thysterique, n'ont pas un aussi bon effet sur le psychasthenique qu'cUcs agitent ; le bromure qui n*agit guere dans le cas dMiyst6rie agit beaucoup mieux sur les dbsed^s agites ; enfin le traitement local indispensable dans Thysterie oil il faut r^eduquer les mouvements est inutile et nuisible, dans ce cas, car il systematise le tic.

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