‹ Les obsessions et la psychasthénie (volume 2)Chapitre 75 sur 116 · LES MANIES DE L'OSGILLATIOX · texte numérisé non relu

LES MANIES DE L'OSGILLATIOX

Chez la seconde malade comme chez la premiere apres la suppression des actes professionnels, Taboulie s'est etendue. Rob... a commence par ne plus pouvoir faire aucun commerce et la voici maintenant qui a des oscillations pour mettre une lettre a la poste, pour ouvrir une porte, pour faire son menage. II est vrai que les oscillations sont chez ellcs moins generalis^es, moins longues que dans le cas precedent.

La diff<6rence la plus importante entre les deux malades se trouve dans leur age. La maladie de la premiere a d^but6 nettement a la puberte et existait probablement en germe des Tenfance. La maladie de la seconde n'est arrivde que tardivement a la suite d'une maladie infectieuse, Tinfluenza. Le pronostic est au fond bien meilleur pour la seconde que pour la premiere. Chez la jeune fille, il s'agit surtout d'un trouble general de la volont^, probablement constitutionnel : il sera probablement tr5s difficile d'en modifier revolution.

Nos previsions etaient un peu pessimistes ; actuellement, six mois apres notre pr^cedente lecon sur ces deux malades, elles sont toutes les deux a peu pres gueries. La femme la plus ag^e, comme nous Tesp^rions, a gueri completement etelle apureprendre son service de caissiere. La jeune fille n'est pas aussi heureuse et ne pent refaire un travail s^rieux. Mais apres quelques mois de sejour a Thopital, elle n'a plus d'h^sitation visible dans les actes courants de la vie.

Observation lao. — Manie de rh6sitation d^terminie par le mariage. — Troubles neurasiheniques, aboulie, inquietudes, hesitation pendant les fiangailles, difficulte de V adaptation k une situation nouvelle.

Nous avons souvent etudi6 ensemble Tannic derniere les troubles de la volonte qui nous paraissent jouer un role capital dans la pathologic mentale. Les d^fauts de volonte, les aboulies se presentent d'abord comme symptomes accessoires dans la plupart des nevroses et des psychoses et ils forment le symptome predominant chez une certaine categoric de malades a un tel point que nous avons pu presque isoler le groupe des abouliques qui ont une histoire et une Evolution assez sp^ciale. Nous avons

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ea a etudier chez eux leur etat poor ainsi dire habitael, l*^tat d^aboulie interparoxystique, ce que l*oa peat comparer aax stigmates des hysteriques en dehors des grandes periodes d'accident. Xous avoDS eu Toccasion d'etadier aussi certains paroxysmes qui se pr6sentent au cours de la maladie par exemple, les idees fixes a la suite d*une impression vive, auxquelles ces malades sont tr^s sujets. Xous voudrions vous presenter aujoard*hui un autre de ces accidents, de ces paroxysmes qui surviennent chez les abouliques dans des conditions bien speciales, mais en meme temps bien regnlieres. Le trouble de ce malade peut ^tre consid^re comme un type d^un paroxysme qui se presente toujours dans les memes conditions chez les nevropathes faibles de volonte.

Get homme de 54 ans, Dur..., robuste, intelligent et autrefois assez travailleur comme correcteur d^imprimerie est aujourd^hui tout a fait desempare depuis cinq mois. II presente au premier abord des troubles physiques: il parait fatigue, il a constamment une langue tres mauvaise ; d*ailleurs il digere tres mat avec ces alternatives de constipation et de diarrhee qui sont caract^ristiques. II refuse de manger, il ne dort plus du tout, il souffre de la t^te et se sent comme courbature. C^est ce que Ton peut appeler un dtat neurasthenique. Mais le mot est ici particulierement vague parce que le malade presente en outre des troubles mentaux tout a fait sp^ciaux. II est horriblement inquiet, il ne peut pins attendre le lendemain et croit « que la vie ne continuera pas comme cela ». II a sortout des id^es absolument obsedantes qu*il se r^pcte jour et nuit. II ne peut plus faire attention et devient de plus en plus incapable de travailler.

Ce qn'il est surtout important de noter, c*est le debut et la raison de tons ces accidents. Cette raison est bien simple : il vient de se marier, un pen tard peut-^tre, mais dans des conditions qui n*auraient pas du le d^sesperer. Sa fern me plus jeune que lui, mais d*un age assorli est, parait-il, la meilleure des femmes ; elle est assez bien physiquement, elle est tres bonne ; elle a fait d^ailleurs la conquete de toute la famille de son mari qui la trouve charmante. Lui-meme convieot qu'il n^a absolument rien a lui reprocher. II y aurait quelqne chose qui a notre avis pourrait ennuyer le mari, c*est qu*elle a quelques petits accidents nerveux mais il ne s'en preoccupc pas du tout et ne trouve pas la quelque chose de facheux qui explique une repulsion. D*aiUeurs il n'a aucune repulsion, il Faime m^me beaucoup, si vous voulez. Un

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fait sur ce point est caract^ristique : si on lui parle de se s^parer d*elle, ou si on lui laisse entendre, comme nous IWons fait, qu^elle pourrait bien avoir assez de lui et, au lieu de soigner sa neurasth^nie avec d^vouement comme elle le fait, qu'elle pourrait bien ne plus Taimer et le quitter, il est epouvant^ a cette pensee et supplie sa femme de ne jamais le quitter. Eh bien qu'y a-t-il done dans ce mariage qui I'ait completement trouble et qui Fait rendu si malade depuis six mois? C'est quil ne pent pas s'ha^ bituer a sa femme.

Les fian^ailles furent penibles comme toujours. II pretend que des le premier jour il a eu une impression desagreable causee par le visage de sa femme. Ce visage est, comme nous Tavons dit et comme il le repete lui-meme, plutot agrdable mais il lui trouva quelque chose de froid, de rev^che, en un mot quelque chose qui Timpressionna d^sagr^ablement. Alors, nous direz-vous, il n'avait qu'a ne pas 6pouser cette femme. II se garda bien de prendre une resolution aussi nette : les abouliques ne font pas ce qu'ils veulent, ils ne s*arretent pas plus qu'ils ne commencent. Un peu d'energie ou d'habilete chez les beaux-parents et Ton fait d*un fianc6 aboulique tout ce que Ton veut. Our... se dit qu'il rompra le lendemain^ il se crut trop engage pour pouvoir rompre le lendemain ; il esp^ra qu'il aurait le courage de rompre devant M. le Maire et en definitive il se trouve marie en etant toujours convaincu qu*il ne le serait pas. Puis la c^remonie faite, le voici en presence de ce visage qui a quelque chose de froid, de desagreable. En d'autres termes le voici en presence AUine situation nouvelle qu'il a laiss6e se former, en presence d'une decision a prendre qu'il n'a pas encore prise en realite quoique le mariage soit accompli ; le voici en face d'une femme tout a Theure etrangere avec qui il faut vivre ddsormais, le voici oblige d'organiser sa vie d'une manicre un geu differeute, etc., et il est totalement incapable de faire tons ces actes de volonte et d*ncquerir toutes ces habitudes, c'est la ce qu'il veut dire quand il nous dit en g^missant : u Je ne peux pas m'accoutumer a ma femme. »

C'est la un gros fait bien interessant pour le psychologue. Remarquez que I'intelligence de cet homme ne lui represente pas la situation comme mauvaise. 11 voit que tout est bien, il s'effraye a la pensee que ccla pourrait changer. Ce qu'il sent, sans s'en rendre compte, c'est que la situation est nouvelle et il ne

peut pas prendre son parti d'une situation nouvelle. Cr6er des habitudes, fonder des souvenirs, c^est le fait de Pattention, de m^me que Taboulique prdsente une certaine amnesie pour les choses recentes, de meme il presente un incapacite d'acqu^rir des habitudes r^centes. Ce caract^re est frequent, il est normal chez le vieillard qui n'acquiert ni souvenirs nouveaux, ni habitudes nouvelles et qu^on tue en lui faisant changer ses habitudes ; ce caractere se retrouve exactement semblable chez Faboulique qui a sur ce point une volont^ de vieillard.

Get homme est un nerveux, une de ses tantes a des idees fixes, son p^re ^tait un n^vropathe, une sceur est une obsed^e, luimeme fut toujours tr^s ^motionnable, s'excitant ou se d^primant pour un rien, voyant tout en beau avec exageration ou tout en noir pour le plus l^ger incident. II a d^ja eu a plusieurs reprises des crises d*obsessions a propos de la mort de ses parents, a propos d'une perte d*argent. Ce mariage a un age avanc6 Ta boulevers^ et a provoque un paroxysme plus grave d'aboulie.

Loin de le s^parer de sa femme, il faut le forcer a vivre avec elle et a s'habituer. On peut seulement conseiller quelques precautions pour changer le moins possible sa vie ant^rieure. II faut surtout I'exciter a retourner a son travail, Taider a fixer son attention sur autre chose. Enfin il faudrait si cela 6tait possible prendre quelque influence sur lui et diriger son esprit. II comprend assez bien et ces conseils moraux auront plus d*influence sur lui que les douches que nous lui administrons par surcrott.

Vous voyez que le mariage une fois fait, nous nous efforgons de maintenir cette union, parce que la separation apporterait probablement plus de troubles encore. Mais si nous avions ete consultds avant le mariage, notre r6ponse n'aurait probablement pas ete la meme. Ces crises ^d*aboulie et d'h6sitation survenant pendant les fiancailles sont souvent tr^s dangereuses. II est bien rare que le benefice d'une pareille union soit assez considerable pour compenser ce danger. Le plus souvent il serait plus sage de rompre les fiancailles et de maintenir le malade dans une vie plus simple qui lui convient mieux.

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