LES MAMES DE L'OSCILLATION
DEUXlfiME SECTION LBS MANIBS DB l'oSCILLATION
Observations ii8 et 119. — Manie mentale de Ph^sitation, de Pinterrogation. — Antecedents he red iia ires, hesitations artistiques, aboulie, scrupules.
Nous reunissons ces deux malades qui presentent une certaine analogic. Ce sont deux types diffi^rents d'une menie grande maladie mentale particulierement interessante quoique encore for.t peu connue.
Malgre des varict^s de details ce sont deux scrupuletises qui ont surtout la manie mentale de Th^sitation. Voyons la forme de la maladie chez chacune, puis nous pourrons ^tablir quelques comparaisons.
Commenqons par cette jeune fille de 26 ans, Tr..., sa mere parait a peu pres raisonnable quoiqu'elle ait eu apr^s une couche une periode d'enervement et de tristesse, peut-etre un peu de confusion mentale. Le pere ^tait fortcment alcoolique, en m^me temps original et bizarre, une de ses cousines serait morte dans un asile : done, antecedents hereditaires assez nets : alcoolisme et nevropathie.
Cependant une enfant, soeur ain6e de la malade, s'est bien d^velopp^e et est raisonnable. Celle-ci pr^senta des son enfance des caracteres particuliers. Elle ^tait sombre, triste et paresseuse. On ne pouvait pas la dire denude d'intelligence, elle comprenait et retenait bien ce qu'elle avait une fois appris, mais il fallait la stimuler continuellement pour lui faire faire quelque chose.
Les regies viennent a i4 ans, d'abord rrregulierement puis d'une mani^re plus nette, Fannee suivante. Or des Tage de 1 5 ans, nous voyons apparaitre des troubles de la conduite.
Tr... travaillait a un joli metier et faisait des fleurs en porcelaine. II lui fallait donner avec le doigtune certaine courbure, un pli aux p^tales. Elle commen^a a h^siter pour donner ce pli ; sansdoute il y a la une petite oeuvre artistique, c'est un peu une question de gout. Nous comprenons bien sans etre du metier que
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l*oa\Tiere cherche, tatonne pour rendre ce pli elegant, mais tout est une question de mesure.
Celle-ci se representait dans sa pens6e deux ou trois formes qu'elle pourrait donner au petale de rose, elle hesitait entre ces trois formes. Sesdoigts avaient figure la premiere, elle mettait le petale fini sur la table. Puis elle se disait que la seconde forme aurait et6 preferable et elle reprenait le petale pour le modifier. A ce moment elle n'etait pas non plus satisfaite et le d^faisait, pour revenir a la troisi^me forme ou a la premiere. Elle oscillait ainsi indefiniment.
Ajoutons que des le d^but Thesitation pr6sentait un caractere pathologique, elle ^tait douloureuse. C'est d'ailleurs un trait commun a tons ces maladesqui ne peuvent pas supporter Tattente, Tincertitude, le doute. Tr... etait angoissee, elle ne pouvait plus respirer et elle avait envie de pleurer. Remarquons un petit detail, c^est que le souvenir de cette hesitation lui ^tait ^galement douloureux. Elle se reprochait d'avoir hesite et elle en soufirait. Ce trouble lui rendait le travail presque impossible, car elle ne faisait presque plus rien dans la journee. Cependant la maladie presenta des oscillations, elle diminua plutot les annees suivantes.
Grande rechute a Tage de 20 ans, nouvelle hesitation pour faire ses fleurs, mais maintenant Tr... prend des manies: pour essayer de se rassurer elle-mcme elle vent reprendre le petale un nombre de fois determine, trois, cinq, dix et elle compte le nombre des fois qu'elle Ta touche. Elle hesite sur ce compte et il faut tout reconimencer. Vous comprenez que de cette facon on n'avance guere. Diminution apparente pendant encore quelques anuses et cette derniere annee, a la suite d'un chagrin d'amour, augmentation enorme des symptomes.
Depuis quelques mois, la maladie s'est generalisee. Voici Tr... qui hesite pour tons les actes, pour se lever, pour s^asseoir sur une chaise, pour parler, pour manger, pour se coucher, etc... Elle n'est jamais ctertaine que Facte soit bien fait, elle se demande s'il ne faut pas faire Facte oppose et alors saus bien savoir pourquoi, mais au fond pour se rassurer, elle refait cet acte oppose, puis le premier, et cela trois fois ou m^me dix fois sans en ^tre jamais satisfaite et toujours avec Tangoisse. II faut la brusquer pour faire terminer certains actes: sans aide, elle n'arriverait jamais a se coucher.
On peut quelquefois constater cette oscillation d'une maniere
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presque experimentale, en lui proposant simpleinent de s'asseoir sur une chaise. Elle s'asseoit, puis se leve, puis se rasseoit, puis se leve, et reste un instant debout. Ce manege s'arrete assez vite, si elle se sent regard6e, mais si on Tobserve a son insu, il dure quelquefois plus d'un quart d'heure. Quand il s'agit de prendre unobjet, ses mouveinents alternatifs pour avancer le bras et pour le reculer determinent un veritable tremblement qui pourrait faire illusion.
Cette oscillation si visible dans les actes et les mouvements existe encore plus dans les pensees, elle devient bien malheureuse quand elle a une petite resolution a prendre : ainsi dernierement un parent lui a fait cadeau d'une petite somme qui devait etre employee a acheter un objet de toilette. Elle est restee des journees entieres assise sur une chaise sans pouvoir bouger, parce qu'elle cherchait quel devait etre Temploi de cet argent, elle oscillait indefiniment entre deux ou trois achats possibles et elle n'a jamais pu parvenir a une decision.
Pour arriver a sortir de cette hesitation fatigante, elle supplie que quelqu*un decide pour elle ct elle a pris Thabitude de consulter sa m^re a propos de tout et de ne plus faire un pas si sa mere n'est pas derri^re elle pour la pousser. Oes que sa m6re s^^Ioigne, elle se d^sespere et elle a de v^ritables crises d'angoisse. Le besoinde direction, comme nOus Favons d^ja observe a propos de Tagoraphobie, vient s'ajouter a la manie d'oscillation.
Vous remarquerez que ce cas est un peu plus complexe que les phcnomenes de phobic d^ja ^tudi^s. A la suite de Taboulie, de rimpuissance a agir, il n'y a pas seulement de Tangoisse avec troubles visc^raux, il y a une certaine agitation mentale, qui ^voque les representations oppos^es et determine Toscillation.
Passons ihaintenant a Tautre malade, Rob... Les parents sem-> blent avoir ete assez normaux, quoiqu'il faille noter que la m^re fut asthmatique. II faut aussi noter un detail curieux : c'est que les parents etaient vieux au moment de la naissance. Le p^re avait plus de 60 ans et la mere 4i- On a souvent note des deg^nerescences chez les enfants de vieux. Cependant nous ne croyons pas que rh^r^dite ait joue ici un grand role ; la jeunesse fut normale, lapuberte n'apporta aucun trouble, le caractere ^tait seulement un peu nerveux, Rob... etait susceptible et pleurait facilement, rien de bien net. La grosscsse et Taccouchement qui sont souvent des
pierres de toucheont eu lieu a 26 ans, sans troubles. Les choses n'ont guere commencd qu'il y a deux ans a la suite d*une atteinte d^influenza.
Rob... tenait la caisse dans sa petite maison de commerce et elle devait rendre de la monnaie sur les pieces donn^es par les clients, elle trouvait ce travail p^nible, difficile : elle avait de la peine a faire les calculs necessaires. Puis elle se mit a h^siter sur la somme a rendre : elle pensait a rendre une somme de monnaie et la tendait a Tacheteur; mais immddiatement elle avait Tidee qu'elle rendait trop ou trop peu et qu'il s'agissait d^une autre somme. Voulait-elle donner cette nouvelle somme, Tesprit revenait a la premiere ; Toscillation Qt Th^sitation devenaicnt interminables. Au d^but elle finissait, press^e par les circonstances, par se decider et rendait la somme d*une maniere tres juste ; mais Toscillation continuait apres Taction : « 11 fallait rendre ceci, disait-elle, non j'ai eu raison de rendre cela,... non j'ai eu tort, il fallait rendre tel autre chiflTre, etc., » Toscillation s'accompagnait de calculs, d'efforts de mdmoire et d'un assez grand travail intellectuel. Remarquons qu'il n'y a pas au fond un veritable sentiment d'erreur : on lui a offert maintes fois de faire une chose tr^s simple, de se rendre a Tadresse du client et de lui dcmander s'il etait satisfait de son compte. Elle s'y refuse absolumeut, sentant bien au fond qu'il n'y a pas d'erreur, mais ne pouvant cependant arreter ce travail inutile de son esprit.
Quel a ete le resultat de cette oscillation ? Elle a amenc^ un resultat bien simple et tres important sur lequel nous ne saurions trop insister. Rob... est devenue completement incapable de rendre la monnaie et, en fait, elle ne la rend plus, puisqu*elle a renonce a son metier de caissiere. Le terme de ce trouble a 6t^ la suppression de Facte, Taboulie complete. Nous pouvons done dire que des le ddbut il y avait diminution de Tacte, aboulie croissante. L*oscillation et Tagitation mentale ont 616 un ph^nomene accompagnant Taboulie incomplete, accompagnant des efforts impuissants pour triompher de cette aboulie ; ce sont de nouveaux ph^nomenes de derivation. Remarquez que chez cette malade comme chez la premiere, les actes qui ont ete supprim^s les premiers sont des actes de la profession. La maladie rentre done dans les aboulies professionnelles, mais elle est compliqu^e par des derivations angoissanteset surtout par des agitations intellectuelles.