‹ Les obsessions et la psychasthénie (volume 2)Chapitre 81 sur 116 · LES MANIES DE LA PERFECTION · texte numérisé non relu

LES MANIES DE LA PERFECTION

Nous avons montr^ autrefois qu'une iDJection de morphine chez une hyst^rique faisait disparaitre ses stigmates; nous avions d'ailleurs observe le meme fait a propos de Tivresse alcoolique. II est tres probable que la morphine comme Talcool doit donner momentan6ment a ces malades une tension plus grande, une perception plus reelle et qu'elle peut supprimer leurs ruminations. Cependant nous h^sitons ^norni^ment a -employer ce traitementy songez done combien ces malades s'accoutument facilement a une excitation et a un soutien, quel besoin terrible ils ont de voir la personne qui les a remontes, de revenir au traitement qui les a momentanement relev6s, et vous comprendrez quel terrain favorable ils ofirent a la morphinomanie. Pouvonsnous, sans scrupule, prendre la responsabilit6 de la d^velopper chez eux presque a coup si!kr ? Nous avons done refus^ a cette malade ce qu'elle demandait. II parait que d'autres n'ont pas eu les memes scrupules et qu'elle a subi pendant quelques mois un traitement par la morphine. Le r^sultat nous dit-on est beau, voici quelques semaines qu'elle est rentr6e chez elle a pen pres d6barrass6e de ses manies. C'est le succes que nous pr^voyions, mais est-elle aussi debarrass6e de la morphine ? On ne nous en parle pas : nous le souhaitons.

Observation 187. — Manie de la perfection appliqu6e k la miction. — Scrupules,

Voici un type d*une nouvelle forme de manie mentale dont nous desirous vous presenter plusieurs exemples, les manies de la perfection. C'est au fond toujours un mecanisme analogue, il y a un sentiment d'incompUtude d^termin^ par un abaissementd'une fonction, puis un effort, une derivation mentale, qui porte ici non pas a faire des recherches, mais a perfcctionner d'une maniere malheureusement absurde la fonction d^faillante. Chez un premier groupe de malades il s'agit de fonctions physiologiques et nous avons a ^tudier de nouveaux troubles psychasth^niques de ces fonctions. En voici un exemple remarquable applique a Facte pourtant bien simple dela miction. Cette femme de45ans, Vor..., cherche simplement a uriner dans la perfection. « II est facheux d'uriner mal, de conserver une partie de Turine dans la vessie, de laisser perdre des gouttes apres Tacte, de s'exposer a un LES 0B8K8810NS. II. — ao

bcsoin intense dans des circonstances facheuses. Pour eviter tout cela, il faut uriner avec perfection, mais cela n'est pas aussi facile qu'on se le fi<^ure : il faut rester sur le vase, bien sentir le passage, r^gler dans tons ses details le coup de piston » (Notez que la pauvrefemme applique a tort et a travers les motsqu'elle a entendus et ignore tout a fait que la femme n'urine pas comme rhonarae). Malgr^ ses ef£orts le r^sultat ne lui semble pas brillant, a peine s'est-elle 6loign6e qu*elle a le sentiment d'un acte incomplet ; le plus simple est alors de recommencer les efforts; elle recommence le meme travail et arrive au meme resultat. Elle va et vient indefiniment de sa chambre au cabinet : le soir au moment de se coucher, elle fait cinquante fois le voyage, .avant de tomber sur son lit transie de froid et de fatigue. A Tepoque des regies, la manie augmente encore et occupe litt^ralement toute la journ6e.

Nous avons deja vu ici m6me des manies de perfection appliqueues a la respiration, a la mastication, nous n'avions pas encore vu cette forme bizarre de la manie de la perfection appliqu^e a Tacte d'uriner. La genese en est bien simple, cette femme a toujours eu la meme disposition, mais elle Tappliquait d*une maniere moins ridicule. Indecise, hesitante, elle n'allait jamais au bout d'une action ni m^me d'une emotion. Il lui semblait toujours qu'elle s*arr6tait avant la fin, il en resultait un sentiment perp^tuel de m^contentement, de scrupule, de remords. Elle avait la manie de chercher a etre consciencieuse en tout, surtout pour les choses futiles ; elle se croirait crimincUe si elle ne lisait pas son journal de la premiere a la derniere ligne, cequi ne Tempeche pas de le lire tres mal et de ne pas savoir ce qu*il y a dedans. A Tage de i8 ans, ses scrupules et ses remords furent assez serieux pour que Charcot, qui la soignait, la fit interner. La crise actuelle a ete d^terminee par une petite maladie, un eczema du p^rin^e qui la forca a prendre des soins de proprete de cette region. On lui fit craindre de mouiller ses panseraents par Turine, elle voulut prendre des precautions en urinant, Tatlention fut attiree sur la miction, on sait le reste.

Le traitement de cette malade a c^te tout a fait comparable a celui de la petite Zo... qui avait la manie des precautions a propos des ^pingles : elle ri^clamait la suggestion hypnotique, qui lui fut appliquec de la meme maniere. L'hypnose, ni la suggestion ne

Page 1