PREMIERE SECTION LES OBSESSIONS DB LA HONTB DU COBPS
Nous commengons T^tude d'une nouvelle cat^gorie d'obsessions dont Tint^ret nous semble etre tres grand. Ce sont des idees qui se rapportent au corps, a Tensemble du corps ou a tel organe isolement et qui consistent toujours en des idees de depreciation, de m^contentement, de honte. C*est pourquoi nous proposons de designer ces obsessions si fr^quentes sous le nom d'obsessions de la honte du corps. Nous ne pouvons songer a etudier tons les cas qui se sont pr^sentes. Nous choisissons quelques exemples des principales formes, ils sont interessants pour vous faire remonter au trouble principal qui se dissimule sous ces idees singulieres.
Observations 169 et iGo. — Obsessions de la honte des v6tements et de la honte des mouvements du corps. — Aboulie, sentiment de gene, desir de plaire,
V jeune homme de 20 ans, se plaint de choses qui peuvent
vous scmbler bien insiguifjunles, il se plaint tout simplement
d'etre gen^ par les vetenients qu'il porte et chose bizarre, c'est son tailleur qui nous le renvoie. Les v^tements ne lui vont jamais bien, ils le frottent, le g^nent et ces sensations perp^tuelles deviennent pour lui un veritable tourment. N'en souriez pas, vous ne vous figurez pas qu'on peut arriver au suicide par I'obsession du faux col. II est plus important de se dire que ce jeune homme ne viendrait pas nous consulter pour ce ph^nomene en apparence si pu^ril s'il n'y avait pas quelque chose au-dessous. Le pere est arthritique, obese, original, la mere est d^ja inquiete et pr^dispos6e aux obsessions. Ce malade avait des tics a Tage de II ans, des scrupules religieux a t2 ans, il prit a partir de i8 ans des habitudes de masturbation excessive. Nous ne croyons pas du tout, suivant des theories aujourd'hui a la mode, que ce soit ces masturbations qui aient amene les obsessions. Les tics, les scrupules religieux 6taient du m^me genre et bien ant^rieurs; la masturbation excessive 6tait plutcH un nouvel accident de la maladie en Evolution. Toujours est-il qu*elle Taffaiblit et qu'il eut beaucoup plus qu'auparavant des sentiments d'inqui^tude, de doute, de gene dans les actions.
II prit, dit-il, Fhabitude des actes significatifs pour se convaincre lui-meme. « Si je marche sur tel pave, je dois faire telle chose » : c'est la manie des pactes que vous connaissez bien. II prit une autre manie plus rare et plus interessante : la manie des efibrts. Ces malades sentent bien qu'iU manquent de volonte et d'^nergie, ils veulent se pousser eux-memes et, au lieu des efforts reels de volonte qu'ils ne peuvent pas faire, ils prennent la manie de certains mouvements significatifs qui simulent des efforts. Celui-ci se refugiait aux cabinets et faisait, excusez le mot, a des efforts pour pousser comme s'il allait a la selle, il voulait par la arriver a se convaincre qu'il croyait en Dieu ». II prit aussi des manies de precision, il surveillait ses mouvements et en particulier, il surveillait sa respiration et il s*efforcait de sentir le vaet-vient de Tair. Vous voyez en presence de quel individu nous nous trouvons. C'est a ce moment que certaines choses prirent a ses yeux une valeur symbolique, ainsi il n'osait pas traverser dans la rue Tombre des arbres ; cette ombre symbolisait les genes, les obstacles qu'il rencontrait dans Texistence. Vous avez d6ja vu le fait chez un individu qui avait des hallucinations symboliques.
II en est arrive a la preoccupation actuelle, c'est ainsi que ce sontses propresvfttements qui symholisent ses genes et a propos
desquels s'est d^veloppee cette obsession. Vous vovez bien que le fait foDdamental ce n*est pas rattention qu41 apporte aux v^tements, ni meme commeon le lui adit Texag^ration des sensations subconscientes, c'est la faiblesse de la volont6 et le sentiment d'inquietude et de gene.
Ge jeune homrae de 24 ans, Wye. . . , tres intelligent et tres instruit devient tres malheureux par suite d*une preoccupation tout a fait injustifiee ; il a Tobsession constante des mouvements de ses membres, de leur attitude ; il sent que ses mouvements sont g^n^s, qu'ils manquent de naturel, qu'ils ne sont pas comme ils devraient etre ; il pense que ses bras se balancent d'une maniere gauche, que ses yeux se tournent mal, que ses jambes sont raides. « Mes mouvements sont ankyloses, je ne sais ou mettre mes mains, je marche mecaniquement, on dirait Tours du Jardin des Plantes. » II en resulte des clignements d'yeux, des secousses des bras, des sortes de tics pour essayer de se rendre naturel. Cette idee qu'il est ridicule, que ses mouvements sont gauches, se presente constamment a lui sous toutes les formes : il sait qu'elle est ridicule, mais il la discute et prend des manies d'interrogation sur ce point ; elle (init par gater toute son existence.
Nous retrouvons toujours les memes antecedents : des parents deja nerveux, et surtout mous, sans volonte, une education absurde, qui semble avoir pour but de supprimer toute initiative, puis des tics en particulier, celui d'avaler sa salive, de frotter le bout de salangue, puis des scrupules, la phobic des couteaux, etc. Mais ce n*est pas la le point de depart de son trouble interessantactuel: il a depuis longtemps un sentiment tres remarquable qui joue dans la societe, plus qu'on ne le croit, un role bien curieux, c*est le besoin d'etre aime.
Ce besoin semble bien naturel, et on aura de la peine a faire comprendre que pousse a un certain degre il soit pathologique. C'est cependant dans bien des cas une manifestation evidente de Taboulie et de la faiblesse mentales. Ces malades ont peur de Tisolement, ils ont besoin de se sentir entoures, appuyes; d'autre part, ils sont terrifies a la pensee de la lutte et ils voudraient rencontrer autour d'eux une sympathie universelle. Ce jeune homme est un amoureux perpetuel depuis le college, ce sentiment prend chez lui une forme particuli^re en rapport
avec son inquietude, il lui inspire la preoccupation de plaire. « Je rapporte tout, dit-il, a men effet sur autrui, je suis toujours pr^occup^ de savoir si j'aiplu. » C'est toujours la une mauvaise disposition en r^alit^ pour reussir dans le monde : quelques tehees qui sont survenus ont augmente son inquietude. Avec la disposition qui le pousse a toujours s'accuser lui-merae, il rapporte scs insucces i\ ses manicres, et peu a peu se constitue cette obsession de la honte des mouvements. Elle n'est pas ici, croyez-le, le r^sultat d'angoisses prealables, les angoisses neviennent que plus tard ; elle se rattache par une s^rie de sentiments interra^diaires, tels que le d^sir de plaire, le besoin d'etre aim^, a Tinquietude et a Taboulie fondamentales. Aussi est-il bien probable qu'elle se guerira facileraent, des que ce jeune homme aura pris un peu plus d'energie et aura ^t^ rassur^ sur lui-meme par quelques succes auquel il a droit.
Observations i6i, 162. — Obsessions de la honte des traits du visage. — Depression a la suite de la syphilis ; — caraci^re autoritaire de la merey timidite de la fille, peur de la lutte, obsession des poils sur la figure ; — obsession des convulsions du visage, Vaboulie et Vinerlie, frequence des obsessions de honte relatives au visage,
Ce jeune homme de 24 ans, Tk..., a ete force d'interrompre ses etudes, car il ne pent plus se rendre aux cours. Ce qui Tempeche de s'instruire, comme il le desire, et comme son intelligence le lui permettrait, c'est qu'il est trop honteux de sa personne pour se presenter au milieu de ses camarades. II a imagine tout un ensemble d'id^es sur sa personne qui le g^nent au point qu'il ne pent plus sortir en public, a J'enlaidis de toute maniere, ma figure change, ma machoire surtout me gene, il me semble qu^elle devient enorme, ne remarquez-vous pas comme j'ai une grande machoire ? etc. »
Ce jeune homme, fils de suicide, a toujours ^t^ un faible, avec de grandes inquietudes sur Tavenir. Derni^rement, il a eu le malheur\l'6tre atteint de la syphilis; la maladie a 6te tr^s b^nigne et tout fait esp^rer qu'il en sera quitte a bon compte. Mais cette maladie n'a pas peu contribue a le d^primer et a accroitre sa timidity, Tid^e obsedante exprime ses inquietudes sous, une
forme imagde qui Ta frapp^. La n^vrose semble ici accidentelle et, croyons-nous, gu^rira rapldement.
Vous vous rappelez une petite jeune fille que nous vous avons pr^seut^e il y a deux ans. Ayant des inquietudes sur un mariage, elle avait imaging qu'elle etait trop laide et qu*elle avait des moustaches\ voici une femme de 38 ans, Per..., qui esttourmentee par la meme preoccupation ridicule des moustaches. Cela vous montre combien ces obsessions se r^petent, parce qu'elles sont Texpression des situations et des sentiments et que ceux-ci sont toujours les memes.
Remarquez en passant les antecedents ; la mere etait une abominable autoritaire, qui s'etait prise de passion pour une de ses filles maladive qu'elle avait beaucoup soignee et se montrait d*une exigence insensee avec les autres. Mfere autoritaire, fille scrupuleuse, c'est une association tres frequente, ce qui vous montre une fois de plus que les autoritaires sont des nevropathes presentant la meme faiblesse et la meme aboulie que les scrupuleux.
La jeune fille elevee tres durement et n'ayant d^ailleurs aucune energie fut toujours timide et honteuse d'elle-meme. Elle avait tellement peur des reproches qu'elle a fait trois fois des tentatives pueriles de suicide poury echapper. Elle s'est mariee cependant et tout allait assez bien. La voici qui depuis trois ans a pris en grippe ses voisins, gens desagreables d'ailleurs et tapageurs ; elle s'est inquietee de ce voisinage, elle a peur d'avoir a lutter contre eux, elle les deteste et voudrait cependant leur etre sympathique, c*est Thabitude de nos faibles. Ces sentiments Tont rendne plus timide que jamais, etsurtout timide quand il s'agitde parler aux voisins. Comme toujours la faiblesse s*accentue quand il s'agit de Facte le plus difficile : la timidite n'est pas autre chose que cette manifestation plus grande de Taboulie dans les actes sociaux. Per... a eu besoin de se donner a elle-meme une explication de cette gene qu'elle ressent en pensant a ses voisins; elle ne pent pas dire brutalement a son mari ni s'avouer a elle-meme : « J'ai peur d'avoir a lutter contre mes voisins, je ne me sens pas de force a le faire. » Elle cherche une explication plus avouable, et elle a ete frappee d'une decouverte. Les decouvertes de ce